La crise entre Washington et Tel-​​Aviv confirmée

M. A. Boumendil, dimanche 14 mars 2010

La crise larvée entre l’Administration Obama et le gou­ver­nement Neta­nyahu a été quasi per­ma­nente. Aujourd’hui elle est ouverte et inquiète les médias israéliens [1]

Après le vice-​​président amé­ricain Joe Biden qui a “condamné” l’attitude de l’État hébreu et son projet immo­bilier à Jérusalem-​​Est [2] , au cours de sa visite dans la région, c’est au tour de la secré­taire d’État Hillary Clinton d’interpeller le Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu, usant de termes crus et évoquant une dété­rio­ration des rela­tions bila­té­rales. Elle l’a appelé au télé­phone ven­dredi pour lui reprocher durement le com­por­tement de son gou­ver­nement, “pro­fon­dément négatif” envers Washington.

Visi­blement très irritée, elle a signifié au Premier ministre que l’annonce de nou­velles construc­tions juives à Jérusalem-​​Est était “un signal pro­fon­dément négatif quant à l’approche par Israël de la relation bila­térale”. Elle a ainsi tancé son inter­lo­cuteur à propos de l’initiative du ministre israélien de l’Intérieur “contraire à l’esprit du voyage de vice-​​président” Joe Biden. Elle s’est dite étonnée et révoltée que cela ait “pu se pro­duire, en par­ti­culier sachant le grand intérêt des États-​​Unis pour Israël”. Joe Biden, mais surtout Hillary Clinton ont tous deux usé d’un voca­bu­laire par­ti­cu­liè­rement sévère et qua­siment inédit dans les rela­tions entre les deux alliés.

Ces rela­tions se sont avérées dif­fi­ciles dès l’investiture, le 1er avril 2009, du gou­ver­nement Neta­nyahu dans lequel l’extrême droite et les ultra­con­ser­va­teurs figurent en bonne place avec des por­te­feuilles sen­sibles et stra­té­giques comme celui de l’Intérieur, à qui échoit la gestion des colonies, et celui des Affaires étrangères.

On se rap­pelle le premier voyage de Ben­jamin Neta­nyahu et son tête-​​à-​​tête avec Barack Obama, qui a tourné au dia­logue de sourds, le Premier ministre israélien évoquant la menace nucléaire ira­nienne quand le pré­sident amé­ricain lui demandait de geler la colo­ni­sation en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​Est. On se sou­vient aussi de l’image d’Hillary Clinton rac­com­pa­gnant son homo­logue israélien Avigdor Lie­berman sur le perron de son bureau, le visage fermé, sans l’esquisse du moindre sourire, visi­blement agacée par la pré­sence de son encom­brant interlocuteur.

La crise larvée entre l’Administration Obama et le gou­ver­nement Neta­nyahu a été quasi per­ma­nente, à l’image de l’émissaire spécial George Mit­chell, qui a annulé des entre­tiens en Europe prévus avec le Premier ministre israélien, après avoir déclaré qu’une telle ren­contre était inutile au regard de l’inflexibilité du gou­ver­nement israélien sur la question du gel de la colo­ni­sation, clé de la relance du pro­cessus de paix.

L’envoyé spécial de Barack Obama a même envisagé de renoncer à sa mission, devenue impos­sible avec le manque d’entrain mani­feste de l’État hébreu à coopérer. Entre-​​temps, l’Administration Obama a reculé, renonçant au gel total de la colo­ni­sation comme préa­lable à la reprise des négo­cia­tions entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne, au grand dam de cette der­nière. Après plu­sieurs mois de travail sou­terrain assidu, les Amé­ri­cains ont tou­tefois réussi à arracher le principe de négo­cia­tions indi­rectes, avec George Mit­chell comme intermédiaire.

La visite du vice-​​président Joe Biden en Israël et en Cis­jor­danie était censée offi­cia­liser l’accord des deux parties pour donner le coup d’envoi des négo­cia­tions indi­rectes dès cette semaine, à l’occasion de la venue attendue de l’envoyé spécial de Barack Obama. L’attitude du gou­ver­nement israélien, qui a affiché avec osten­tation sa volonté de continuer la colo­ni­sation de Jérusalem-​​Est, apparaît alors non seulement comme un coup de poi­gnard porté aux ten­ta­tives de relance du pro­cessus de paix, mais aussi comme un camouflet atten­ta­toire à la per­sonne du vice-​​président amé­ricain en par­ti­culier et à l’Administration Obama en général. Les regrets très cal­culés exprimés par Neta­nyahu ne semblent pas avoir réussi à calmer l’irritation des Américains.

C’est que, cette fois, l’État hébreu ne s’est pas suffi d’agresser la dignité du peuple pales­tinien et son droit à un État libre et sou­verain sur ses terres ; il a écla­bousse l’orgueil de son tout-​​puissant allié amé­ricain. Et cela, bien sûr, est inac­cep­table pour Washington.