La création de la première colonie israélienne en Cisjordanie depuis 1991 vivement critiquée

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres exprime sa "déception" et se déclare "alarmé".

L’Orient le Jour avec AFP, vendredi 31 mars 2017

Des Israéliens se préparent à évacuer la colonie d'Amona en Cisjordanie, le 9 décembre 2016. Photo d'archives REUTERS/Amir Cohen

Israël a déclenché de vives critiques des Palestiniens, de l’ONU et d’une ONG israélienne en annonçant jeudi la création d’une colonie en plein cœur de la Cisjordanie occupée, la première établie par un gouvernement israélien depuis plus 25 ans.

Le cabinet israélien a pris cette initiative malgré la réprobation internationale et l’appel de l’administration Trump à la retenue dans la colonisation. Il s’agit de la première annonce par un gouvernement israélien d’une nouvelle colonie depuis 1991, donc avant les accords d’Olso conclus avec les Palestiniens deux ans plus tard, a déploré La Paix maintenant, une ONG israélienne opposée à la colonisation.

Cette colonie, surnommée Geulat Tzion, doit permettre de reloger une quarantaine de familles juives de la colonie d’Amona, en Cisjordanie occupée, démolie en février sur décision de la justice israélienne.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son gouvernement de coalition extrémiste et raciste persistent dans leurs politiques systématiques de colonialisme, d’apartheid et de nettoyage ethnique en affichant un mépris flagrant pour les droits de l’Homme, l’indépendance et la dignité des Palestiniens", a réagi Hanane Achraoui, une dirigeante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Israël est plus intéressé par les gages à donner aux colons que par la recherche de la paix, a-t-elle estimé dans un communiqué.

La création de la colonie a d’ailleurs été saluée par Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et membre du Foyer juif un parti nationaliste religieux fervent partisan de la colonisation. "Cette décision a va permettre le développement de la Judée-Samarie (la Cisjordanie)", s’est-il félicité sur la radio publique.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a pour sa part exprimé sa "déception" et s’est déclaré "alarmé".

M. Guterres "a constamment souligné qu’il n’existait pas de plan B pour les Israéliens et les Palestiniens pour vivre ensemble en sécurité. Il a condamné les actions unilatérales qui menacent la paix et minent la solution de deux Etats", a ajouté son porte-parole dans un communiqué. "Les activités de colonisation sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la paix", selon lui.

’Otage des colons’

Pour La Paix Maintenant, "M. Netanyahu est l’otage des colons et place sa survie politique au-dessus des intérêts de l’Etat d’Israël. En cédant aux pressions des colons, Netanyahu conduit Israéliens et Palestiniens tout droit à une réalité à un seul Etat, synonyme d’apartheid".

"Le lobby des colons est très puissant dans la majorité actuelle mais aussi au sein même du Likoud", le parti de droite de M. Netanyahu à la tête du gouvernement considéré comme le plus à droite de l’histoire du pays, a précisé à l’AFP Anat Ben Nun, une des responsables de l’ONG.

La nouvelle colonie sera construite dans le secteur de Shilo, une colonie existante située près de l’ancien site d’Amona au nord de Ramallah, a précisé le bureau du Premier ministre.

Le cabinet a également approuvé la mise en vente de 2.000 logements dans des colonies de Cisjordanie, sur les 5.700 logements dont la construction avait été approuvée il y a deux mois.

Selon la Paix Maintenant, la nouvelle colonie est située dans un lieu "stratégique qui va fragmenter la Cisjordanie en assurant une continuité géographique d’une série de colonies avec pour objectif d’empêcher la création d’un Etat palestinien viable".

La Paix Maintenant a également affirmé que la décision du cabinet de déclarer domaniales 90 hectares de terres va permettre de légaliser a posteriori trois colonies construites sans les autorisations des autorités israéliennes.

Dans la foulée de l’investiture de Donald Trump, considéré comme plus favorable aux positions israéliennes que son prédécesseur Barack Obama, Israël a procédé à cinq annonces d’extension de colonies portant sur plus de 6.000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées.

La Maison Blanche, qui cherche les moyens de relancer l’effort de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens, a fini par appeler Israël à la retenue.

Le gouvernement israélien cherche à créer les conditions pour continuer à construire dans les territoires palestiniens sans braquer l’administration américaine.