Pierre Barbancey, samedi 20 décembre 2008
L’ONU vote une énième résolution pour la paix au Proche-Orient, alors que le faucon Benjamin Netanyahou est reçu à bras ouverts par Nicolas Sarkozy.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mardi une résolution russo-américaine réaffirmant son soutien au processus de paix au Proche-Orient. Une résolution creuse - voire inquiétante pour les Palestiniens, en ce qu’elle souligne l’inanité de ces résolutions et donc de leur finalité - qui ne visait qu’à persuader l’opinion publique internationale de l’importance de la conférence d’Annapolis. Celle-ci, qui s’est tenue il y a un an aux États-Unis, annonçait la création d’un État palestinien pour la fin 2008.
« Israël et le monde arabe doivent vivre en paix »
« Cette réunion est très importante pour la paix au Proche-Orient », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. « L’occupation commencée en 1967 doit se terminer, Israël et le monde arabe doivent vivre en paix », a-t-il ajouté. « L’adoption de la résolution n’est pas une garantie absolue », a estimé pour sa part Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. « Beaucoup dépendra de la capacité d’Israël et des Palestiniens à appliquer leurs engagements (…), notamment dans le domaine de la sécurité », a-t-il précisé. Condoleezza Rice avait également tenu à faire le déplacement pour cette réunion de l’ONU, organisme si souvent ridiculisé par l’administration américaine. Pour la secrétaire d’Etat, la situation « aujourd’hui est bien différente de ce qu’elle était en 2001, lors de l’accession du président George W. Bush » à la Maison-Blanche. « Il n’y a pas d’autre voie que le processus d’Annapolis (…), pas d’autre solution que celle de deux États vivant côte à côte et en paix », a-t-elle encore déclaré sans rire.
Au Proche-Orient la situation est loin d’évoluer dans ce sens. Israël poursuit son blocus meurtrier contre la bande de Gaza. Et l’approche des élections législatives, programmées pour le 10 février 2009, renforce le camp des faucons. Les sondages donnent le Likoud de Benjamin Netanyahou gagnant. Un Netanyahou qui n’a d’yeux que pour Nicolas Sarkozy, qu’il a rencontré hier à Paris. Un nouvel ami pour le président français, qui n’a jamais caché sa sympathie pour Israël malgré l’occupation et le non-respect du droit international [1]. Au même moment, le Figaro, qui a ses entrées à l’Élysée, révélait l’existence d’un « plan français pour la paix au Proche-Orient », centré sur Jérusalem. Bizzarement, et si l’on en croit le quotidien, « Paris veut également renforcer la présence palestinienne à Jérusalem-est », ce qui signifie tout simplement l’acceptation des colonies d’implantation juive existantes dans la Vieille Ville, en contravention avec toutes les résolutions de l’ONU.
rencontre entre le Fatah et le Hamas annulée
De son côté, le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé mardi qu’il convoquerait « très prochainement » de nouvelles élections dans les territoires palestiniens. Un dialogue de réconciliation entre le Fatah et le Hamas devait se tenir au Caire le 10 novembre mais a été annulé après la décision du mouvement islamiste de le boycotter. Le Hamas refuse la tenue de nouvelles législatives avant janvier 2010, date de la fin du mandat du Parlement actuel - qu’il domine. Il exige en revanche un scrutin présidentiel, faisant valoir que le mandat d’Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne s’achève normalement le 8 janvier 2009, ce que le Fatah conteste.
[1] voir dans al-Ahram hebdo :
Menace
L’entrée en force de l’extrême droite à la direction du Likoud, toujours favori pour les législatives israéliennes du 10 février, menace de bloquer un processus de paix qui peine à reprendre.Les primaires du Likoud, tenues la semaine dernière, ont largement favorisé le camp des faucons du parti, ceux qui n’ont pas renoncé au mythe d’un « Grand Israël » englobant toute la Cisjordanie, au cœur de l’idéologie de la droite israélienne durant des décennies. Le numéro un du Likoud, l’ancien premier ministre Benyamin Netanyahu, n’est pas parvenu à ancrer plus au centre son parti. Tout au contraire, la liste électorale du Likoud est dominée par des opposants à des compromis territoriaux, ceux-là mêmes qui avaient dénoncé le retrait de la bande de Gaza en 2005 et excluent la création d’un Etat palestinien indépendant au côté d’Israël.
Avant les primaires, M. Netanyahu avait exprimé sa crainte qu’un Likoud encore plus marqué à droite ne s’aliène une partie de l’opinion, en prêtant le flanc aux accusations d’extrémisme que lui portent ses rivaux du parti centriste Kadima au pouvoir et les Travaillistes. A ce stade, rien ne prouve cependant que les résultats des primaires amorcent un renversement de tendance et arrêtent la montée spectaculaire dans les sondages du parti, qui pourrait tripler sa représentation parlementaire le 10 février, après s’être effondré aux législatives de 2006 (12 sièges sur 120). L’opinion publique en Israël penche à droite car elle est convaincue qu’un accord de paix avec les Palestiniens n’est pas à l’ordre du jour. De sorte que la radicalisation du Likoud ne devrait pas le priver d’une victoire électorale.
La vraie question est de savoir si Netanyahu pourra gouverner avec un tel parti. Il ne le pourra probablement que si le processus de paix est au point mort. Dans le cas contraire, il se retrouvera dans la position intenable qu’il a connue quand il était premier ministre entre 1996 et 1999, pris entre des pressions internationales en faveur d’un compromis et celles de son aile dure. Netanyahu s’est toujours opposé à la création d’un Etat palestinien qui disposerait des attributs réels de la souveraineté. Pour le reste, il maintient un certain flou sur ses options politiques. Si la montée de l’extrême droite au sein du Likoud ne devrait pas entamer de façon significative la popularité du parti, elle risque en revanche d’avoir des conséquences graves le jour où Netanyahu formera le prochain gouvernement. Le chef du Likoud avait annoncé son intention de constituer un gouvernement d’union nationale avec le Kadima et les Travaillistes. S’il n’y parvient pas, il devra s’allier à des partis religieux et d’extrême droite. Dans ce cas, aucun progrès n’est à prévoir dans le processus de paix avec les Palestiniens.http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/12/17/opin0.htm