La construction de l’hôpital du camp pales­tinien d’Ain al-​​Hilweh manque de fonds

Irin, jeudi 13 décembre 2007

L’hôpital tant attendu du plus grand camp de réfugiés pales­ti­niens du Liban n’ouvrira pas ses portes à la date prévue, l’organisme qui le finance ne dis­posant plus des fonds néces­saires pour acheter des lits et autres maté­riels médicaux de base.

 [1]D’un montant de cinq mil­lions de dollars, l’hôpital Al-​​Quds d’Ain al-​​Hilweh, situé en dehors de la ville por­tuaire de Sidon, est l’unique inves­tis­sement important consenti au cours des 60 années d’existence du camp.

L’hôpital a été conçu pour prendre en charge de nom­breuses maladies chro­niques, des patho­logies car­diaques, le cancer et des troubles neu­ro­lo­giques dont souffrent bon nombre d’habitants d’Ain al-​​Hilweh. Il doit également être doté d’un pavillon pour enfants et d’une unité de soins intensifs.

Mais Ibrahim Mar­shoud, directeur de l’hôpital, a confié à IRIN qu’il man­quait deux mil­lions de dollars pour achever l’hôpital, après la ces­sation ces der­niers mois des ver­se­ments de dons inter­na­tionaux à la Fon­dation Badr, l’organisation cari­tative pales­ti­nienne qui a financé la construction l’hôpital.

« La fon­dation Badr attend de l’argent. Actuel­lement l’hôpital ne peut prendre en charge que quelques inter­ven­tions chi­rur­gi­cales mineures ; nous avons encore besoin de 36 lits, d’incubateurs, de scanners et de cinq machines à dialyse », a expliqué M. Mar­shoud, un ancien membre de la British Medical Council et ancien conseiller médical de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine.

« Les pro­blèmes sani­taires dans le camp sont liés à la fois à la maladie et à l’environnement. Les rues sont un facteur de maladie envi­ron­ne­mentale, tandis que les maladies chro­niques telles que le diabète, l’hypertension et le cancer sont des maladies très fréquentes ».

Selon l’UNRWA, le camp abrite quelque 46 000 réfugiés, alors que le Fatah, la faction pales­ti­nienne domi­nante au sein du camp, parle de 80 000 per­sonnes entassées dans un camp d’une super­ficie de 1,5 kilo­mètre carré.

Des patients meurent par manque de médicaments

L’UNRWA gère deux cli­niques dans Ain al-​​Hilweh. Selon les sta­tis­tiques de fin décembre 2006, près de 3 500 per­sonnes du camp souffrent de diabète et d’hypertension arté­rielle et se font soigner dans ces cliniques.

D’après les res­pon­sables et des médecins pales­ti­niens, une opé­ration du cœur revient environ à 7 000 dollars, un coût que pra­ti­quement aucun habitant du camp ne peut payer, quand on sait que le chômage touche près de 80 pour cent de la popu­lation. L’objectif de l’hôpital Al-​​Quds est d’offrir des soins gra­tuits pour les maladies cardiaques.

Selon l’UNRWA, Le Liban a le pour­centage le plus élevé de réfugiés pales­ti­niens vivant dans des condi­tions de pau­vreté extrême et les impli­ca­tions les plus graves de cet état de fait se font sentir dans les 12 camps de réfugiés offi­ciels où vit un peu plus de la moitié des 400 00 réfugiés pales­ti­niens recensés dans le pays. « Les malades n’ont pas les moyens de se faire soigner à l’extérieur du camp, et les maigres moyens dont ils dis­posent leur per­mettent à peine de payer les médi­ca­ments dans le camp »

L’hôpital, qui a été construit en quatre ans, est en grande partie une ini­tiative de Mounir Maqdah, le repré­sentant au Sud Liban de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) dont le Fatah est la prin­cipale com­po­sante. M. Maqdah fait partie des res­pon­sables pales­ti­niens d’Ain al-​​Hilweh.

Etant donné qu’il est interdit aux Pales­ti­niens vivant au Liban d’ouvrir leurs propres cli­niques – plus de 70 pro­fes­sions sont inter­dites aux Pales­ti­niens –, et alors que pendant des décennies, les auto­rités liba­naises ont interdit toute impor­tation de pro­duits sus­cep­tibles d’améliorer les condi­tions de vie dans le camp, M. Maqdah a dû user de beaucoup « d’influence » pour faire construire cet hôpital, a expliqué M. Marshoud.

Pour MM. Mar­shoud et Yassein Abu Saleh, un tech­nicien hos­pi­talier, les patients mour­raient parce qu’ils ne rece­vaient de l’UNRWA et des autres asso­cia­tions pales­ti­niennes que la moitié des médi­ca­ments dont ils avaient besoin.

« Les malades n’ont pas les moyens de se faire soigner à l’extérieur du camp », a expliqué M. Saleh, « et les maigres moyens dont ils dis­posent leur per­mettent à peine de payer les médi­ca­ments dans le camp ».

Selon M. Mar­shoud, un enfant d’Ain al-​​Hilweh chez qui une maladie du sang telle que l’anémie hématie fal­ci­forme a été diag­nos­tiquée vivra pendant 20 ans au maximum, contre 60 ans en Occident, tout sim­plement parce que les trai­te­ments médi­ca­menteux et le matériel de trans­fusion san­guine très onéreux ne sont pas dis­po­nibles dans le camp.

Le cas de Wissam Oweid

Alors qu’il était encore un nour­risson, Wissam Oweid avait fait de la fièvre, mais ses parents étaient trop pauvres pour le faire soigner cor­rec­tement, s’est souvenu ce jeune homme aujourd’hui âgé de 26 ans, qui semble avoir un han­dicap lourd, puisqu’il est inca­pable de parler clai­rement ou de contrôler les mou­ve­ments de ses membres.

Selon les habi­tants, dont cer­tains méprisent et tapent M. Oweid, le jeune homme prend chaque jour des com­primés d’Artane payés par le Fatah et son état de santé serait dû à un choc nerveux qu’il a subi lors d’un bom­bar­dement du camp par l’armée israé­lienne pendant la guerre civile, dans les années 1980. L’Artane est un médi­cament utilisé pour soigner les troubles nerveux de la maladie de Parkinson.

« J’ai voulu quitter le camp pour me pro­curer de meilleurs médi­ca­ments, mais je n’ai pas pu » », a expliqué M. Oweid, qui se tordait en faisant l’effort de parler. « Si j’avais pu quitter le camp, peut-​​être que j’aurais été normal ».

Au cours de la confé­rence de presse qu’elle a donnée à Bey­routh au mois de novembre, Karen AbuZayd, la com­mis­saire générale de l’UNRWA, a indiqué que le pro­gramme de recons­truction du camp de l’UNRWA – démarré il y a deux ans à l’initiative du gou­ver­nement du Premier ministre Fouad Siniora, qui a mis fin à une longue poli­tique liba­naise d’obstruction de la réno­vation et de l’extension des 12 camps – ne serait pas oublié.

L’UNRWA a déjà reçu 26 mil­lions de dollars sur les 50 mil­liards sol­li­cités auprès des bailleurs. A ce jour l’agence en a dépensé huit, a-​​t-​​elle expliqué.

[1] Voir dans l’article ori­ginal sur le site d’Irin, le dia­porama des camps de réfugiés pales­ti­niens du Liban