La conséquence logique d’une politique qui a fait faillite.

Ghassan Khatib, mercredi 28 juin 2006

La spec­ta­cu­laire attaque pales­ti­nienne contre un poste mili­taire israélien à la fron­tière avec la bande de Gaza n’est apparue comme une sur­prise à personne.

Au contraire, elle repré­sentait bien l’escalade de vio­lence gra­duelle et impor­tante que l’on observe depuis le retrait uni­la­téral de la bande de Gaza et le siège qui s’en est suivi, imposé aux Gazaouis.

Alors que comme d’habitude les deux côtés se ren­voient la res­pon­sa­bilité, c’est à la porte d’Israël que se trouve le poids énorme de la res­pon­sa­bilité. La vio­lence israé­lienne, pas seulement dans la bande de Gaza mais en Cis­jor­danie aussi, a aug­menté régu­liè­rement. Les assas­sinats et les arres­ta­tions qui se ter­minent souvent en meurtres, souvent de civils, s’intensifient et cela fait un mois qu’une cam­pagne de tirs d’artillerie inces­sants empoi­sonne la vie des Gazaouis.

Cette vio­lence se déroule en parallèle avec un siège mené par Israël qui a coupé Gaza du monde exté­rieur de façon quasi her­mé­tique et fermé la porte à tous les espoirs que l’on pouvait avoir que la une vie et les moyens de sub­sis­tance seraient meilleurs après le retrait.

Au contraire, d’après toutes les agences inter­na­tio­nales com­pé­tentes, par­ti­cu­liè­rement la Banque mon­diale, le siège a entraîné une dété­rio­ration très forte de la situation écono­mique et en consé­quence la pau­vreté et le chômage ont consi­dé­ra­blement aug­menté. De plus le siège est imposé en contra­vention directe des accords bila­téraux qui cher­chaient jus­tement à éviter une telle éventualité.

Israël voulait avoir son gâteau et pouvoir le manger. Depuis l’époque de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, Israël n’a jamais voulu continuer à mettre en pra­tique le pro­cessus de paix et Israël n’a pas montré depuis le moindre intérêt pour des négo­cia­tions bila­té­rales sur la base de la légalité internationale.

A la place les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs ont appliqué une stra­tégie uni­la­térale, pour réa­liser les intérêts israé­liens sans tenir compte de la légalité inter­na­tionale et cer­tai­nement pas de la partie pales­ti­nienne. Dans le même temps , Israël attendait de l’autre côté qu’il se plie aux règles d’un jeu créé par le pro­cessus de paix.

C’est cette position israé­lienne -s’éloigner du pro­cessus bila­téral et de ses accords légaux-​​ et l’attitude qui en découle, qui encou­ragent, et aux yeux de nom­breux Pales­ti­niens jus­ti­fient, l’activité mili­taire des Palestiniens.

Mais on peut aussi observer ces déve­lop­pe­ments à la lumière de la situation pales­ti­nienne interne.

Il existe deux motifs pos­sibles à la reprise par le Hamas de son impli­cation dans des acti­vités mili­taires contre Israël. La pre­mière, c’est que la retenue dont fait preuve le Hamas face aux attaques israé­liennes inces­santes a eu un effet négatif sur sa position publique solide.

La position rela­ti­vement modérée du Hamas qu’a entraîné la res­pon­sa­bilité d’avoir à former un gou­ver­nement, a créé un vide qu’ont rempli d’autres éléments extré­mistes de la société pales­ti­nienne, qui tentent de répondre au désir du public que les attaques israé­liennes inces­santes et le siège soient vengés.

L’autre motif pos­sible est la volonté d’échapper aux res­pon­sa­bi­lités gou­ver­ne­men­tales. Le Hamas, qui a gagné les élec­tions légis­la­tives, n’a pas su remplir ses obli­ga­tions de gou­vernant. Le groupe est inca­pable de l’admettre ou d’aller vers un gou­ver­nement alter­natif tel qu’une coa­lition gou­ver­ne­mentale, parce que cela impli­querait que le mou­vement a échoué.

Récemment, de nom­breuses per­son­na­lités poli­tiques et des ana­lystes ont prévenu que la conti­nuation de ce vide poli­tique encou­ra­gerait inévi­ta­blement la vio­lence et l’augmenterait . Dans ce contexte nous devons tirer des leçons des occa­sions ratées du passé récent. La période post-​​électorale en Palestine et en Israël a été l’occasion que les ini­tia­tives d’une tierce partie relancent le pro­cessus poli­tique, comme dans la période où le Pré­sident Mahmoud Abbas a succédé au défunt Yasser Arafat.

Dans les deux cas la com­mu­nauté inter­na­tionale n’a pas su saisir l’opportunité. Ceci a encouragé d’autres éléments, israé­liens comme pales­ti­niens, a tenté de remplir ce vide par des ini­tia­tives alter­na­tives et des pro­grammes tels que ceux qui sont res­pon­sables de la dété­rio­ration actuelle.

Il fau­drait une ini­tiative auda­cieuse de la part d’une tierce partie en direction d’ une poli­tique basée sur le droit inter­na­tional plutôt que sur l’équilibre du pouvoir et l’usage de la force pour ramener l’espoir d’une solution civi­lisée et non-​​violente pour sortir de la situation actuelle.