La conférence de Paris renouvelle l’espoir des Palestiniens pour la paix

Saeb Erekat, Le Monde, jeudi 2 juin 2016

L’année prochaine, cela fera cinquante ans qu’Israël occupe la bande de Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Cela fera cinquante ans qu’Israël poursuit une politique de colonisation qui suscite la condamnation internationale.

Mais l’année prochaine marquera aussi cinquante ans d’immobilisme, au point que la culture israélienne de l’impunité fait croire à beaucoup que la solution négociée à deux Etats n’est plus possible. Nous autres Palestiniens demandons au monde de ne plus se contenter de nous adresser des paroles aimables, mais de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à l’occupation israélienne de la Palestine et faire enfin respecter les droits piétinés des Palestiniens.

L’ancienne formule des négociations « bilatérales » a échoué en raison de l’intransigeance israélienne sur la poursuite et l’expansion de son entreprise de colonisation. En dépit du fait que le nombre de colons israéliens transférés dans les territoires palestiniens occupés a presque quadruplé depuis le début du « processus de paix », Israël n’a subi aucune sanction de la part de la communauté internationale.

Faire appliquer le droit international

Les Etats-Unis, au lieu d’agir en médiateur honnête, continuent à le soustraire à l’application du droit tout en ne parvenant pas à convaincre le gouvernement israélien de respecter ses obligations juridiques à l’égard des Palestiniens, et de la communauté internationale dans son ensemble.

Il est aujourd’hui essentiel de passer de la voie bilatérale entre occupant et occupé à un cadre multilatéral permettant à la communauté internationale d’assumer la responsabilité qui lui incombe de faire appliquer le droit international en Palestine. La conférence internationale doit être considérée comme une occasion de créer un environnement de négociation dans lequel les forces sont mises à égalité et où prévalent les droits humains. La conférence ne devrait pas chercher comment accorder l’impunité aux crimes israéliens, mais plutôt la façon de faire respecter les principes de la charte des Nations unies et des pays qui aiment la paix et respectent le droit.

La Palestine veut envoyer un message de paix. Nous continuons d’accepter le compromis historique douloureux par lequel nous avons reconnu la présence d’Israël sur 78 % de notre patrie historique. Nous soutenons l’initiative française avec pour objectif de protéger notre liberté face à l’agressive occupation israélienne, et ainsi d’assurer l’indépendance de l’Etat de Palestine, y compris dans sa capitale, Jérusalem-Est.

Nous demandons seulement que toutes les questions du statut final des deux Etats – dont la question des réfugiés – soient réglées dans le cadre du droit international et dans le respect des principes d’égalité, de justice et de liberté.

Vivre côte à côte dans la sécurité

La solution à notre problème colonial n’est pas de « réorganiser » l’occupation israélienne, mais d’y « mettre un terme ». Seule une entière souveraineté palestinienne, sans la moindre ingérence israélienne dans l’Etat indépendant de Palestine, pourra nous apporter la paix juste et durable que nous recherchons. Le peuple palestinien attend depuis bien trop longtemps que la communauté internationale redresse les torts qu’il a subis par le passé et demande des comptes pour les torts présents, qui, à chaque instant, se perpétuent dans le futur. Nous souhaitons un horizon de paix, de liberté et de justice.

La conférence de Paris renouvelle nos espoirs de voir nos droits juridiques reconnus, respectés, et ces aspirations fondamentales satisfaites. Nous envisageons un avenir dans lequel deux Etats souverains et démocratiques pourront vivre côte à côte dans la coopération, la paix et la sécurité – deux Etats qui garantiront des droits égaux à tous leurs citoyens et n’en discrimineront aucun pour des raisons religieuses. Nous demandons à la conférence de dégager une voie claire vers cet objectif.

Comme l’a dit le poète Mahmoud Darwich : « Je viens de là-bas et j’ai des souvenirs… Je suis né comme tout mortel. » Tel est le sentiment simple et fortement enraciné que chaque Palestinien éprouve pour la Palestine.

Quel que soit le nombre d’années d’exil ou d’emprisonnement, quel que soit le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants tués ou blessés, le nombre de maisons démolies et le nombre de colonies construites sur ses terres occupées, le peuple palestinien reste attaché à son foyer, à ses droits et à son histoire.

Il est de la responsabilité du monde de faire en sorte qu’Israël ne puisse plus priver tout un peuple de ses droits les plus fondamentaux et les plus précieux, dont celui d’être libre. Faisons en sorte que l’année prochaine devienne un anniversaire que l’on célébrera plutôt qu’un nouveau jalon de l’échec collectif et international à libérer la Palestine.

Par Saeb Erekat

Secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)