La Palestine s’invite dans la campagne électorale

Olivier Vilain, lundi 15 mars 2010

Les élec­tions régio­nales, c’est aussi débattre de soli­darité inter­na­tionale. A Paris, le 11 mars, des can­didats d’Europe Eco­logie, du Front de gauche, du NPA et du Modem ont assuré vouloir être actifs dans la soli­darité et la coopé­ration décen­tra­lisée vis-​​à-​​vis de la Palestine. Quitte à impliquer les col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales dans l’actuelle cam­pagne de boycott de pro­duits israé­liens fabriqués dans les ter­ri­toires occupés.

La Palestine a fait une dis­crète appa­rition dans la cam­pagne des régio­nales en Ile-​​de-​​France. A l’appel du Col­lectif pour une paix juste et durable entre Pales­ti­niens et Israé­liens, les dif­fé­rentes listes en com­pé­tition (à l’exception de celles d’extrême-droite) étaient invitées, le jeudi 11 mars au centre culturel La Clé dans le 5ème arron­dis­sement de Paris, à pré­senter leur position sur le conflit israélo-​​palestinien.

Ce téles­copage entre col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales et poli­tique inter­na­tionale peut sembler, au premier abord, étrange. « Au contraire, toutes les par­celles de pou­voirs, y compris au niveau local, doivent être uti­lisées afin d’exercer une pression maximum. Israël doit res­pecter les fron­tières de 1967 », rétorque Yann Brossat, jeune conseiller muni­cipal com­mu­niste de Paris, qui repré­sente le Front de gauche. A ses côtés sont pré­sents Alain Cosset pour le Modem et Vanina Gui­di­celli du Nouveau parti anti­ca­pi­ta­liste (NPA). La liste Europe Eco­logie est venue en force avec notamment Robert Lion, tête de liste à Paris, Fran­çoise Diehlmann, can­didate dans les Hauts-​​de-​​Seine et, en guest star, Sté­phane Hessel, qui recueille les applau­dis­se­ments - de très loin - les plus nourris. Parmi les absents les plus remarqués : le PS.

« Si nous sommes réunis ce soir, c’est qu’il est important que les partis de gauche aient la force d’adopter une attitude claire face aux vio­la­tions impunies de la part d’Israël au détriment des Pales­ti­niens, sou­ligne du haut de ses 92 ans l’ancien résistant. « Nous devons donc convaincre nos amis du PS - j’ai été socia­liste durant des décennies et j’y compte de nom­breux amis - de ne pas consi­dérer le gou­ver­nement israélien actuel, qui est le plus xéno­phobe et le plus radi­ca­lement sio­niste, comme un inter­lo­cuteur comme les autres », poursuit-​​il avec son énergie coutumière.

Ecouter les Palestiniens

L’intervention de l’ambassadeur et ancien déporté sou­ligne cruel­lement l’absence lors du débat de tout repré­sentant du PS, ainsi que de l’UMP. Les can­didats déplorent quant à eux les carences en matière d’actions de soli­darité de l’Ile-de-France avec la Palestine. « La Région a même failli avoir un par­te­nariat avec le grand Jéru­salem. Une pro­po­sition de l’UMP que le PS s’apprêtait à voter », rap­pelle Fran­çoise Diehlmann. Les débats sur ce sujet ont été vifs au sein du Conseil régional. Cela n’a cependant pas empêché quelques petites ini­tia­tives de soli­darité de voir le jour. La région a ainsi soutenu finan­ciè­rement une journée de la Plate-​​forme des ONG fran­çaises pour la Palestine, com­mé­morant les 60 ans de la Nakba [2], en mai 2008, ainsi qu’un « projet citoyen » porté par Géné­ration Palestine.

Les par­ti­ci­pants affichent un relatif consensus pour, s’ils sont élus, aller bien plus loin sur les ques­tions de l’occupation de la Palestine, de la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie et du blocus imposé à Gaza. Même si le repré­sentant du Modem, qui a tra­vaillé à la Banque Mon­diale, peine à for­muler des pro­po­si­tions concrètes : « C’est à l’Union euro­péenne de jouer son rôle dans le cadre de l’ONU. Dans ce schéma, les Régions ont un rôle à jouer » ; « il faut surtout écouter les Pales­ti­niens nous expliquer leurs besoins, car nos budgets sont limités. » Ecouter les Pales­ti­niens, c’est peut-​​être faire jouer un rôle actif aux col­lec­ti­vités ter­ri­to­riales dans la cam­pagne qu’ils ont lancé : la cam­pagne de boycott, de dés­in­ves­tis­se­ments et de sanc­tions (BDS) à l’égard des colonies israé­liennes implantées dans les ter­ri­toires occupés.

Coopération décentralisée sur la gestion de l’eau

« Une Région doit par­ti­ciper à la cam­pagne BDS, explique Vanina Gui­di­celli du NPA. Il s’agit, par exemple de s’assurer que les can­tines ne servent pas de pro­duits israé­liens, mais aussi de refuser toute sub­vention à des entre­prises israé­lienne, comme Agrexco », qui com­mer­cia­lisent des pro­duits venant des ter­ri­toires occupés, en infraction avec la légis­lation de la Cours de justice euro­péenne. De même, il s’agit de s’opposer à tout rehaus­sement des rela­tions entre les col­lec­ti­vités locales et l’Etat d’Israël, tant que celui-​​ci ne res­pectera pas les droits des Pales­ti­niens, garantis - du moins théo­ri­quement - par la légis­lation inter­na­tionale. L’Etat d’Israël commet de graves vio­la­tions des droits de l’Homme. « Là-​​dessus le rapport Gold­stone (adopté par l’ONU) est incon­tes­table (…). Des sanc­tions doivent être prises », demande Sté­phane Hessel.

Au-​​delà des mesures de pression, les inter­ve­nants pro­posent tous des actions de soli­darité inter­na­tionale. Les repré­sen­tants d’Europe Eco­logie plaident notamment pour la mise en place de ’’maisons citoyennes’’ auprès des Pales­ti­niens afin d’assurer la for­mation de leurs futurs res­pon­sables nationaux. Yann Brossat, pour le Front de Gauche, fait part de sa volonté de déve­lopper les accords de coopé­ration décen­tra­lisée, qui pour­raient se concré­tiser à Bethléem autour de la gestion de l’eau, par exemple. Il aimerait consacrer à ces par­te­na­riats 1% du budget de l’Ile-de-France. Un enga­gement assez fort : l’Île-de-France dispose du premier budget régional avec 4 mil­liards d’euros, la totalité des Régions ayant un budget global de 30 milliards.