La Palestine de Netanyahu ou le couteau de Lichtenberg

Brahim Senouci, mardi 16 juin 2009

POINT DE VUE :
Qui a dit que les meilleures plaisanteries étaient les plus courtes ?

Ce n’est appa­remment pas l’avis des Israé­liens. Ils trouvent la farce qu’ils racontent au monde depuis 61 ans tel­lement à leur goût qu’ils ne se lassent pas de la resservir.

Tout le monde a connu ou connait ces pré­tendus boute-​​en-​​train qui res­sassent les mêmes his­toires dont ils sont les seuls à rire et que finissent par fuir les plus indul­gents des audi­toires. Il y a tou­tefois une dif­fé­rence entre ces mauvais plai­sants et Israël. C’est que, au contraire des pre­miers, Israël béné­ficie d’un public attentif, prêt, non à rire, mais à approuver de manière sen­ten­cieuse les éter­nelles resucées d’une même vieille blague.

Un Etat Pales­tinien, mais comment donc ! A condition d’accepter des contraintes mineures telles que :
- Pas de défi­nition des fron­tières qui seront de toutes façons gardées par Israël
- Pas de contrôle de l’espace aérien
- Maintien et extension des colonies
- Pas de com­promis sur Jéru­salem, "capitale éter­nelle et indi­vi­sible d’Israël"
- Inter­diction de vous doter d’une armée pour vous défendre (mais qui donc pourrait vous vouloir du mal ?),
- Ne pro­noncez jamais le mot obscène de "réfugiés".
- Pas d’alliance avec des pays étrangers autres que ceux agréés par Israël.

Seront négociés la paie des can­ton­niers, les règles de priorité pour la cir­cu­lation auto­mobile, le droit de battre monnaie… Vous ne voulez pas ? C’est bien la preuve que vous êtes des ter­ro­ristes et que vous ne com­prenez que le langage de la force.

Le dis­cours de Neta­nyahu ne constitue certes pas une sur­prise. Il aurait fallu être d’une extrême naïveté pour attendre de son inter­vention une avancée vers la paix par le droit. En fait, on attendait surtout l’attitude des sponsors habi­tuels d’Israël et on en escomptait vaguement une réaction musclée. Saluer ce dis­cours comme un "progrès", comme l’ont fait d’une même voix les Etats-​​Unis et l’Europe, jette une ombre sur l’espoir soulevé par le dis­cours du Caire du Pré­sident Obama et la faveur avec laquelle il avait été accueilli en Occident et dans les pays arabo-​​musulmans. Cette attitude montre que rien n’a changé au fond. Il ne faut certes pas dénier au Pré­sident Obama d’avoir montré une réelle com­passion envers les Pales­ti­niens. La com­passion ne peut tou­tefois tenir lieu de poli­tique. Ce qu’il faut, c’est rétablir les Pales­ti­niens dans la plé­nitude de leurs droits. Si l’Occident, notamment le Pré­sident Obama, veut réel­lement ins­taurer un nouveau climat dans les rela­tions inter­na­tio­nales, il doit rompre avec cette étrange man­suétude qui lui tient lieu de langage poli­tique avec Israël. S’il veut réel­lement assécher le lit du ter­ro­risme, il doit mettre fin aux situa­tions d’injustice qu’il a lui-​​même créées et qu’il contribue à per­pétuer. S’il veut montrer son désir d’en finir, non seulement avec la colo­ni­sation mais avec la matrice intel­lec­tuelle qui l’a pro­duite, il faut qu’il cesse de presser les popu­la­tions vic­times d’accepter d’être les dindons de la farce de l’éternel marché de dupes. Le moins qu’on puisse dire est qu’on n’en prend pas le chemin.

Reste bien sûr le plus important. Plutôt que de concéder l’avenir de la planète à des leaders aussi esti­mables soient-​​ils, il faut continuer de militer contre l’injustice et sou­tenir la lutte des peuples qui l’endurent. Et le couteau de Lich­tenberg ? Lich­tenberg avait défini le chef-d’œuvre dia­lec­tique de l’objet. Il décrivait ainsi quelque chose qui n’avait pas d’existence : Un couteau sans manche, auquel il manque la lame. La Palestine vue par Neta­nyahu res­semble fort à ce couteau.