La Nakba et le droit au retour

COHRE et BADIL, vendredi 20 mai 2005

Une semaine de prise de conscience au sujet de la Nakba pales­ti­nienne et du droit au retour.
Selon un nouveau rapport de COHRE-​​BADIL sur la Poli­tique Ter­ri­to­riale d’Israël et leur confé­rence de presse à Genève, les saisies de terres et d’habitats par Israël ont rendu impos­sible la solution de deux états.

Un groupe inter­na­tional sur les droits humains a averti que la solution de deux états pour mettre fin au conflit israélo-​​palestinien qui dure depuis 57 ans, est devenu pra­ti­quement impos­sible à cause des expro­pria­tions conti­nuelles par Israël de pro­priétés pales­ti­niennes et de son refus de donner aux Pales­ti­niens le droit de récu­pérer leurs maisons d’origine et leurs terres.

C’est une des prin­ci­pales conclu­sions de « Ruling Palestine : A history of the legally sanc­tioned Jewish-​​Israeli seizure of land and housing in Palestine », dans un rapport publié par le Centre sur le Droit au Logement et les Expul­sions (COHRE) basé à Genève et BADIL, le Centre de Res­sources pour le Logement Pales­tinien et les Droits des Réfugiés.

Ce rapport révèle en détail comment les diri­geants sio­nistes et plus tard les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs ont manipulé les lois otto­manes et bri­tan­niques les plus impor­tantes ainsi que le système légal israélien afin d’exproprier les Pales­ti­niens de leurs terres et de leurs pro­priétés. Le rapport docu­mente clai­rement comment Israël a construit un cadre légal interne qui cherche à légi­timer ce qui est clai­rement une poli­tique de la terre et d’habitat discriminatoire.

Si les confis­ca­tions de terres conti­nuent et si ce qu’Israël considère comme étant une « bar­rière de sécurité » est achevé comme prévu, les terres pales­ti­niennes à l’intérieur de la Cis­jor­danie occupée et de la Bande de Gaza se réduiront à moins de 8% du ter­ri­toire à l’époque du mandat britannique.

Lors de l’établissement de l’état d’Israël en 1948, la popu­lation juive pos­sédait moins de 10% de la terre. Aujourd’hui, ces chiffres sont presque inversés, Israël ayant un contrôle mili­taire sur tout le ter­ri­toire de la Palestine de l’époque du Mandat et pos­sédant, uti­lisant ou contrôlant près de 90% des terres que ce soit en Israël ou dans les ter­ri­toires occupés.

Le directeur de COHRE, Scott Leckie dit : « Notre recherche révèle que la loi israé­lienne, loin de fournir une pro­tection impar­tiale et un trai­tement égal à toutes les per­sonnes concernées, a été capitale pour l’expropriation des terres des Pales­ti­niens et de leur pro­priétés depuis que l’état d’Israël é été pro­clamé uni­la­té­ra­lement en 1948. Les lois israé­liennes per­mettent de reven­diquer léga­lement les terres et pro­priétés des « absents » (un euphé­misme israélien qui désigne les réfugiés pales­ti­niens déplacés de force) elles ont permis la confis­cation de terres pales­ti­niennes et leur transfert sur une grande échelle sous contrôle israélien. »

« Pendant la période 1948-​​49, l’établissement de l’état d’Israël a été suivi par plus de 30 opé­ra­tions mili­taires dif­fé­rentes par les forces juives-​​israéliennes, opé­ra­tions qui ont a conduit à la fuite ou l’expulsion de plus de 800.000 Pales­ti­niens et à la des­truction de 531 villes et vil­lages pales­ti­niens. Ce vol calculé de terres pales­ti­niennes par des moyens légaux et par des agres­sions mili­taires ainsi que les démo­li­tions lar­gement répandues de maisons et l’imposition de lois proches de l’apartheid par Israël, sont dif­fi­ciles à consi­dérer autrement qu’étant une forme cruelle de net­toyage eth­nique » a dit Leckie.

Aujourd’hui plus de 5 mil­lions de réfugiés pales­ti­niens conti­nuent à être empêchés de retourner dans leurs foyers et de récu­pérer leurs terres et leurs pro­priétés. Malgré le fait que des mil­lions de réfugiés de par le monde aient pu revenir dans leurs foyers d’origine ces der­nières années, comme c’est le cas en Bosnie-​​Herzégovine, Afgha­nistan, Afrique du Sud, Mozam­bique et au Kosovo, Israël reste fer­mement opposé aux reven­di­ca­tions des réfugiés pales­ti­niens pour que leurs droits à la terre, au logement et à la res­ti­tution de leurs pro­priétés soient reconnus.

« Para­doxa­lement, si Israël était prêt à rendre les terres confis­quées aux réfugiés, un pro­cessus com­pa­ra­ti­vement simple en contraste avec d’autres pro­grammes de res­ti­tution ailleurs, pourrait prendre place. La majeure partie de ces terres reste sous le contrôle public de l’état d’Israël et n’a pas été trans­férée à des pro­prié­taires privés. Des grandes sur­faces de terres confis­quées depuis 1948 restent vides et pra­ti­quement toutes les familles pales­ti­niennes conservent leurs titres de pro­priété d’origine ainsi que des registres prouvant leurs droits de pro­prié­taire » dit Leckie.

[Le rapport]« Ruling Palestine » montre que dès 1949, Israël avait saisi quelque 20.500 km2 de terres dans la Palestine du Mandat en uti­lisant des lois conçues pour légi­timer la « natio­na­li­sation » pro­gressive de la terre et de la pro­priété. Les Pales­ti­niens étaient col­lec­ti­vement ou indi­vi­duel­lement pro­prié­taires de ces terres à 90% (près de 18.850 km2) dont environ 85% (quelque 16.000 km2) avaient appartenu aux vil­lages pales­ti­niens dépeuplés suite aux événements.

« Malgré le fait que les USA sou­tiennent cou­ramment les droits des réfugiés dans le monde pour qu’ils récu­pèrent leurs terres, maisons et pro­priétés, ils refusent de recon­naître que les réfugiés pales­ti­niens aient la pos­si­bilité de goûter aux droits légi­times de pro­priété. L’hypocrisie de l’attitude des USA qui nient expli­ci­tement les droits de pro­priété aux réfugiés pales­ti­niens est fla­grante et injus­ti­fiable si les termes de droits humains et de règles de droit doivent avoir une appli­cation uni­ver­selle » a ajouté Leckie.

L’étude montre comment Israël a utilisé la loi « pré­vention d’infiltration » (offenses et juri­diction) de 1954 pour expulser les « réfugiés de l’intérieur » (des Pales­ti­niens déclarés absents de leur vil­lages au moment de la création de l’état d’Israël, mais qui sont restés en Israël). Ces « absents » ont en effet été définis comme ‘infiltrés’ et, lorsqu’ils ont été pris, ont été exclus non seulement de leurs vil­lages mais aussi de leur propre pays. Plus récemment, les confis­ca­tions de terres pales­ti­niennes qui se sont pro­duites entre sep­tembre 2000 et mai 2003 sont estimées à plus de 848 km2. Actuel­lement, le 1.2 million de Pales­ti­niens ayant une citoyenneté israé­lienne (appelés aussi des ‘arabes israé­liens’) et qui consti­tuent un cin­quième de la popu­lation d’Israël, possède moins de 3% des terres.

Le rapport révèle aussi que le gou­ver­nement israélien a décrété des lois sur la terre et la pro­priété en Cis­jor­danie et dans la Bande de Gaza, lois qui lui per­mettent de prendre le contrôle de 4.700 km2 de terres en plus dans ces régions. La construction par Israël d’un mur de sécurité (prévu pour encercler toute la Cis­jor­danie) a sévè­rement affecté les villes comme Qal­qilya, Tul­karem, Jénine et les vil­lages avoi­si­nants. Une fois terminé, les terres confis­quées à cause de la construction du mur réduiront la surface de la Cis­jor­danie de 15%.

« Ces der­nières années, Israël a de nouveau utilisé ses lois internes ren­forcées par la puis­sance mili­taire afin d’expulser illé­ga­lement de grandes sur­faces de terres pales­ti­niennes et de pro­priétés res­tantes. En faisant cela, Israël a violé de nom­breux prin­cipes inter­na­tionaux. Malgré une condam­nation presque uni­ver­selle de la com­mu­nauté inter­na­tionale, Israël continue a accomplir des pra­tiques et des poli­tiques de terres, loge­ments et pro­priétés dis­cri­mi­na­toires rendant pra­ti­quement impos­sible toute paix juste et durable future » a dit Leckie.

Le rapport démontre que, même si un accord final pouvait être négocié, un état pales­tinien viable ne serait pas fai­sable étant donné l’insuffisance de terres dis­po­nibles et d’infrastructures ainsi que l’absence de conti­guïté ter­ri­to­riale. Ces pro­blèmes sont com­pliqués par l’ omni­pré­sence per­tur­ba­trice de cen­taines de colonies juives situées de façon stra­té­gique surtout en Cis­jor­danie, le bastion ter­ri­torial dans Jéru­salem Est et le découpage de la Cis­jor­danie en des enclaves Nord/​Sud non connectées.

Selon le Plan E-​​1 contro­versé, l’énorme colonie de Ma’ale Adumim doit être agrandie et intégrée dans la Jéru­salem Métro­po­li­taine. Cela va sceller l’isolation et le contrôle de Jéru­salem Est par Israël et enfoncer un coin au cœur de la Palestine en créant un cor­ridor israélien inin­ter­rompu de Tel Aviv jusqu’à la Mer Morte.

Leckie pré­vient : « Cette nou­velle étude conclut que le peu qui reste du foyer pales­tinien est en train de dis­pa­raître devant nos yeux. C’est comme si Israël était en train d’effacer déli­bé­rément la Palestine de la carte ».

« COHRE et BADIL tra­vaillent avec un groupe d’Israéliens qui ont com­mencé la dif­ficile tâche de recon­naître l’histoire des abus sur les droits de la terre par Israël et de la dépos­session pales­ti­nienne qui en résulte. Comme avec la fin de tous les conflits immuables, la paix durable entre les Israé­liens et les Pales­ti­niens ne sera pos­sible que lorsque des Israé­liens ordi­naires recon­naî­tront leurs torts passés, qu’ils pren­dront à bras-​​le-​​corps le pro­cessus de récon­ci­liation et sur­mon­teront leur peur vis-​​à-​​vis de leurs voisins his­to­riques. Nous attendons avec impa­tience le jour où les deux côtés bou­geront au-​​delà de l’impasse actuelle du « nous contre eux » vers un futur mutuel et équi­table où les droits de deux peuples seront plei­nement res­pectés » a dit Leckie.