Jonathan Lisv, jeudi 15 juillet 2010
Par 34 voix pour et 16 contre, la Knesset a approuvé le dessaisissement de Zuabi de trois des ses privilèges parlementaires suite à sa participation à la flottille pour Gaza. Zuabi : « La Knesset me punit par vengeance ».
La Knesset a voté mardi le retrait de trois privilèges parlementaires à la députée arabe Hanin Zuabi (parti Balad) en raison de sa participation à la flottille humanitaire qui avait appareillé pour Gaza en mai dernier.
Trente-quatre députés ont voté pour le retrait des privilèges de Zuabi et seize contre, après un débat animé, où Zuabi a accusé ses collègues députés de la punir par vengeance.
Zuabi a répondu au vote de la Knesset en disant, « Il n’est pas surprenant qu’un pays qui ôte leurs droits fondamentaux à ses citoyens arabes veuille retirer les privilèges d’un membre de la Knesset qui représente loyalement son électorat. »
Zubi a poursuivi en disant que ce vote constituait un dangereux précédent pour les citoyens arabes d’Israël et un message hostile à son égard. Elle accuse les parlementaires israéliens d’appliquer des lois racistes afin de réprimer leurs homologues arabes.
« Dans un pays civilisé, les gens qui incitent et lancent des menaces contre la députée Zuabi seraient punis et des sanctions leur seraient infligées, » dit la députée.
Zuabi dit qu’elle cherchera un soutien juridique et international afin de freiner les tendances vengeresses de la majorité automatique à la Knesset.
La Commission de la Knesset avait, la semaine dernière, recommandée la révocation des privilèges de Zuabi suite à sa participation à la flottille humanitaire pour Gaza, qui avait abouti à un raid des forces armées israéliennes où neuf militants ont été tués.
« Vous me punissez par vengeance, » a dit Zuabi à ses collègues parlementaires durant la séance. « Quand vous menacez les députés arabes et les défenseurs des Arabes, vous menacez la démocratie et la coexistence entre les juifs et les Arabes. »
« J’ai des droits et le devoir de me battre pour mes droits et mes valeurs, » a-t-elle poursuivi, ajoutant, « Mes positions sont souvent différentes de celles du Likoud, du Kadima et de la plupart des députés. C’est pourquoi je ne représente pas le Kadima, ni le Parti travailliste ni le Likoud, mais ceux qui ont voté pour moi, et dans mon cas, je représente le consensus des députés arabes. »
« Vous n’avez pas la liberté de choix quand il s’agit des règles de la démocratie, » a ajouté Zuabi. « Il y a des règles qui sont fixées et qui ne changent pas selon votre gré. Vous ne devez pas protéger la démocratie, mais vous devez me protéger par égard pour la démocratie ».
La semaine dernière, la Commission de la Knesset avait recommandé la révocation de trois privilèges de Zuabi, l’un étant de sortir du pays – retrait qui signifie que Zoabi est empêchée de fuir Israël par exemple dans le cas où elle aurait commis un crime ou fait des dettes en Israël.
Un autre privilège qui sera annulé est le droit d’avoir un passeport diplomatique, privilège, selon le conseil juridique de la Knesset, qui n’assure pas l’immunité diplomatique, par conséquent son retrait n’entraînera pas de nouvelles difficultés pour Zuabi dans l’exercice de son mandat.
Le troisième privilège est le droit à l’assistance judiciaire de la Knesset pour les parlementaires qui sont parties à une procédure.
Le député Yariv Levin (Likoud), président de la Commission de la Knesset qui a voté la recommandation de la évocation de ses privilèges, a dit à Zuabi qu’elle n’appartenait pas à la Knesset.
« Vous n’avez pas votre place dans la Knesset israélienne, vous êtes indigne d’avoir une carte d’identité israélienne et vous embarrassez les citoyens d’Israël, la Knesset, la population arabe et votre famille, » a-t-il dit encore.
Pendant ce temps, la députée Anastassia Michaeli (Israel Beiteinu [1]) sortait sous escorte de l’hémicycle après avoir présenté à Zuabi un passeport imitant un passeport iranien, avec sa photographie, lui disant qu’il lui servirait pour ses voyages diplomatiques d’incitation (contre Israël).
« Dans tout pays civilisé, une membre du parlement qui franchit la ligne rouge et s’identifie à l’ennemi qui s’arme avec des armes de destruction massive destinées à détruire les bases nationales de son pays, ne trouvera pas dans sa poche un passeport diplomatique du pays qu’elle cherche à détruire, » a lancé Michaeli.
« Madame Zuabi, je prends au sérieux votre loyauté à l’égard de l’Iran et je propose que vous contactiez (le président iranien Mahmoud) Ahmadinejad et lui demandiez de vous donner un passeport diplomatique iranien qui vous aidera dans tous vos déplacements diplomatiques d’incitation, parce que votre passeport israélien vous sera retiré dès ce soir, » a-t-elle ajouté, remettant à Zuabi un passeport, sosie d’un passeport iranien, qu’elle avait fabriqué pour elle.
Le président de la Knesset, Reuven Rivlin (Likoud) avait interrompu le président de la Commission, Yariv Levin, lors de son intervention, pour dire que le plénum (session plénière) de la Knesset n’était pas une tribune pour exprimer ses sentiments personnels mais pour débattre de la décision à prendre par la Commission.
Rivlin : « Je n’apprécie pas les actions de Hanin Zuabi, mais si elle a enfreint une loi israélienne, c’est au procureur général, qui en a reçu explicitement le pouvoir, d’en décider, d’intervenir et d’engager des poursuites contre elle. »
« Nous, en tant que membres de la Knesset, avons été choisis pour nos convictions. Aujourd’hui, nous avons gain de cause, mais demain, peut-être pas ; il y une lutte idéologique complexe entre ce qui fut autrefois la gauche et la droite », a dit Rivlin, ajoutant : « Je crois que chacun a le droit d’exprimer ses opinions, même si ce qu’il dit me fait mal. »
La décision de la Commission de la Knesset la semaine dernière pour recommander la révocation des privilèges de Zuabi avait été votée par sept voix contre une, celle du député Ilan Gilon, du parti Meretz de l’opposition. (Cette décision de la Knesset en session plénière retire les privilèges de Zuabi par 34 voix pour et 16 contre).
Le parti Balad a condamné la décision de la Knesset, la qualifiant de « raciste et d’antidémocratique ».
« Les députés qui incitent contre Zuabi versent son sang : ils appellent l’opinion à lui nuire, et après cette décision, sa vie est désormais menacée, » estime le Balad dans une déclaration. « Ces députés seront responsables de tout dommage qui pourrait lui être causé. »
http://www.haaretz.com/news/nationa… traduction : JPP pour l’AFPS
[1] parti d’extrême droite de Liebermann