La FIFA inflige un carton jaune à Israël

Benjamin Barthe, Le Monde​.fr, jeudi 14 juin 2012

Bien que le onze israélien ne se soit pas qua­lifié pour l’Euro 2012 de football actuel­lement disputé en Ukraine et en Pologne, la Fédé­ration inter­na­tionale de football (FIFA) a mis en garde l’Etat juif pour jeu dangereux.

Dans un com­mu­niqué publié mardi 12 juin, le pré­sident de la FIFA, Joseph Blatter, a exhorté la fédé­ration israé­lienne à inter­venir en faveur de joueurs pales­ti­niens "détenus en vio­lation appa­rente des droits de l’homme et de leur inté­grité et appa­remment sans droit à un procès".

Le pape du ballon rond faisait prin­ci­pa­lement réfé­rence à Mahmoud Sarsak, un joueur de 25 ans, empri­sonné depuis trois ans, sans motif ni jugement et en grève de la faim depuis bientôt 90 jours, pré­cisant qu’il est "dans un état de santé très délicat".

Espoir du foot pales­tinien, sélec­tionné en équipe nationale, Sarsak qui est ori­gi­naire de Rafah, dans la bande de Gaza, a été arrêté le 22 juillet 2009, au point de passage d’Erez, à la fron­tière entre la langue de sable et l’Etat d’Israël. Il se rendait alors à Balata, en Cis­jor­danie, un camp de réfugiés dont le club de foot, l’un des meilleurs des ter­ri­toires pales­ti­niens, venait de le recruter.

Le fait que toutes les for­ma­lités admi­nis­tra­tives et sécu­ri­taires requises pour son transfert aient été rem­plies par son futur employeur n’a visi­blement pas impres­sionné les ser­vices de sécurité israé­liens. Consi­dérant que le sportif est un "com­battant ennemi", ils ont obtenu qu’il soit incarcéré au titre de la détention administrative.

Ce dis­po­sitif d’exception, hérité du mandat bri­tan­nique, permet d’emprisonner un simple suspect pour des périodes de six mois renou­ve­lables indé­fi­niment, sans que la moindre charge ne soit pro­noncée contre lui. "Une pra­tique marquée par le secret et l’injustice", selon l’organisation Amnesty International.

Ému, Eric Cantona interpelle le Président de l’UEFA

Le 23 mars, Sarsak se met en grève de la faim, comme 2000 de ses com­pa­triotes, qui exigent une amé­lio­ration de leurs condi­tions d’incarcération et notamment la fin du recours à la détention admi­nis­trative. Ce mou­vement col­lectif s’achève le 14 mai, sur une demi-​​victoire. Les pri­son­niers ont obtenu le réta­blis­sement de cer­tains de leurs droits, comme les visites fami­liales et les études par cor­res­pon­dance, mais Israël s’est abstenu de toute pro­messe sur le cha­pitre de la détention administrative.

Tout juste comprend-​​on que cer­tains d’entre eux seront libérés à l’issue de leur période de six mois. Ce n’est pas suf­fisant pour le foot­balleur qui main­tient son refus de s’alimenter. Il veut avoir l’assurance que sa peine, qui vient à échéance en juillet, ne sera pas renou­velée une nou­velle fois.

Son sort a ému Eric Cantona, l’ex-buteur fan­tasque de Man­chester United, qui dans une lettre ouverte, a sommé Michel Platini, le pré­sident de l’UEFA, de prendre position. "Il est temps de mettre fin à l’impunité d’Israël et d’insister sur les mêmes cri­tères d’égalité, de justice et de respect de la légis­lation inter­na­tionale que nous exi­geons des autres Etats", écrit l’ancien enfant ter­rible du football français.

Depuis fin mai, Sarsak le tenace absorbe du glucose et des vita­mines, mais le jeune homme, qui a perdu près d’un tiers de son poids, peut mourir d’un moment à l’autre. Sa demande de libé­ration doit être exa­minée jeudi 14 juin par le Shin Bet, le service de sécurité inté­rieure israélien. Sa famille espère que l’Etat juif aura le bon goût de ne pas jouer les prolongations.