La Croix-Rouge offre des milliers d’arbres à l’agriculture gazaouie ravagée

L’Orient le Jour avec AFP, jeudi 3 mars 2016

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a entamé mercredi la distribution de plusieurs milliers d’amandiers à des cultivateurs de la bande de Gaza dont les terres, le long de la frontière avec Israël, ont été ravagées par la guerre.

Le CICR va à terme fournir "4.000 amandiers de différentes variétés à des agriculteurs vivant le long de la frontière, les plus exposés lors des guerres", explique à l’AFP Mamadou Sow, qui dirige le CICR dans la bande de Gaza.

Marouane Abu Mharreb, l’un des bénéficiaires du projet, raconte les difficultés de ces cultivateurs qui vivent littéralement en première ligne dans l’enclave sous blocus israélien, ravagée depuis 2008 par trois guerres. Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis fin août 2014, des tirs retentissent au loin, faisant s’envoler un nuage de cigognes.

"Nous sommes à 700 ou 800 mètres de la frontière, les patrouilles militaires (israéliennes) passent non loin de nos champs, tous les jours on entend des tirs depuis les zones d’entraînements" israéliennes, de l’autre côté de la barrière de sécurité israélienne, dit-il. "Chaque jour, on met notre vie en danger en allant sur nos terres", poursuit ce Palestinien de 45 ans, qui cultive des aubergines, des courgettes et d’autres légumes sous serres, en plus des terres qu’il a retournées pour y planter les amandiers apportés par le CICR.

L’arrivée des amandiers ne dissipe pas l’inquiétude. "Qui nous dit qu’un avion israélien ne va pas venir tout détruire de nouveau ?", lance l’un des cultivateurs, faisant allusion à des épandages aériens israéliens en bordure de territoire. "Avec la guerre, on perd une récolte avec laquelle on comptait rembourser les dettes", dit Mohammed Abou Mharreb, qui lui aussi a replanté des amandiers grâce au CICR. Après la guerre, "il y a un épandage et on perd encore une récolte. Les dettes s’accumulent. Moi, je dois encore 4.200 dollars à mon fournisseur d’engrais et je ne sais pas comment je vais les payer", dit-il.

Selon les cultivateurs de la localité de Wadi Salqa, dans le centre de la bande de Gaza, ces épandages visent à empêcher les bergers de faire paître leurs animaux le long de la barrière.

Les épandages d’herbicides visent à "empêcher qu’on dissimule des engins explosifs artisanaux dans l’herbe et que la zone serve à des fins hostiles", a dit une porte-parole de l’armée israélienne. "Le produit dispersé ne cause pas de tort à l’environnement", a-t-elle dit.

Selon M. Sow, le CICR et l’armée israélienne mènent des discussions au sujet de ces épandages. "Nous espérons que cela ne se reproduira plus", ajoute-t-il. Selon l’Onu, la moitié des zones cultivables à Gaza et 85% des ressources halieutiques sont inaccessibles, parce qu’elles sont frontalières et font les frais du blocus imposé par Israël depuis dix ans. En 1968, l’agriculture représentait plus de la moitié du PIB palestinien, aujourd’hui elle n’en représente plus que 4 à 5%.