La Cisjordanie, nouveau « Far Est » du capitalisme israélien

Gadi Algazi., vendredi 6 octobre 2006

Dans le Monde diplo­ma­tique d’août 2006 Gadi Algazi analyse l’"Alliance entre l’Etat, les pro­mo­teurs immo­bi­liers et les colons extrémistes".

Le gou­ver­nement israélien poursuit son offensive mili­taire contre le Liban et Gaza ; il inten­sifie la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie, avec un seul objectif : repousser tou­jours plus loin ses fron­tières. Les Pales­ti­niens voient leurs terres confis­quées et de puis­sants intérêts écono­miques s’allient à l’Etat et aux colons extré­mistes pour attirer une popu­lation juive « non idéo­lo­gique », qui sert de main d’œuvre mal­léable et soumise.

Modi’in Illit est une colonie juive impor­tante en Cis­jor­danie, qui occupe les terres de cinq vil­lages pales­ti­niens : Ni’lin, Kharbata, Saffa, Bil’in et Dir Qadis. C’est l’implantation qui se déve­loppe le plus vite ; elle devrait même se voir bientôt accorder le statut de ville : le ministère israélien du logement prévoit qu’elle passera de 30 000 habi­tants à 150 000 en 2020. Elle fait partie de ces « blocs de colonies » que les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs ont étendu et entendent annexer. Elle illustre aussi le lien entre le mur de sépa­ration et l’extension des colonies : le déve­lop­pement de Modi’in Illit a entraîné la ruine des agri­cul­teurs pales­ti­niens de Bil’in, un petit village de 1 700 habi­tants, que la construction du mur a dépouillé de la moitié des terres qui leur res­taient : environ 2 000 dounams (1).

Depuis février 2005, les habi­tants de Bil’in sont engagés dans une lutte non vio­lente contre le mur. Aux côtés de mili­tants israé­liens pour la paix et de volon­taires inter­na­tionaux, ils mani­festent tous les ven­dredis, main dans la main, face aux bull­dozers et aux soldats. Leur mobi­li­sation converge avec celle d’autres vil­lages pales­ti­niens qui mènent, depuis quatre ans, une dif­ficile cam­pagne de résis­tance. Ces actions, dont on ne sait qua­siment rien hors de Palestine, souvent coor­données par des comités popu­laires contre le mur, ont obtenu des résultats modestes, mais appré­ciables : elle ont permis de stopper ou de ralentir la construction des clô­tures qui privent les habi­tants de leurs terres et les condamnent à vivre dans des enclaves. A Budrus et à Deir Ballut, les comités sont même par­venus à en faire dévier le tracé, et à récu­pérer ainsi une partie des vignes, des champs et des sources d’approvisionnement en eau confisqués.

Ces modestes acquis prennent tout leur sens quand on songe à la supé­riorité mili­taire incon­testée d’Israël. Grâce à sa force mili­taire comme au soutien des Etats-​​Unis, et récoltant les fruits du plan de désen­ga­gement de M. Ariel Sharon, l’Etat hébreu gagne du terrain face à des Pales­ti­niens chaque jour plus isolés et dia­bo­lisés. A l’étranger, on accepte de plus en plus, même si c’est parfois à contrecœur, la poli­tique uni­la­térale d’Israël.

L’importance de cette « Intifada du mur » tient surtout à son influence à long terme. Les expé­riences de pro­tes­tation de masse non vio­lentes, fra­giles et à petite échelle, qui avaient joué un rôle mar­ginal au début de la seconde Intifada, semblent s’enraciner et com­mencer à porter des fruits. A mesure que les chances d’une paix juste en Palestine s’amenuisent et que les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie s’habituent à vivre dans des enclaves (2) entre bar­rières et murs, les mani­fes­ta­tions paci­fiques fraient de nou­velles voies pour l’avenir. Et elles sèment, de part et d’autre, les graines de futurs combats communs. Misère sociale et profits rapides

Au total, 200 per­sonnes ont été blessées à Bil’in lors de la dis­persion vio­lente de mani­fes­ta­tions, et de nom­breuses autres ont été arrêtées sous divers pré­textes. L’armée israé­lienne, les gardes-​​frontières, la police ainsi que des sociétés privées de sécurité ont été mobi­lisés contre des mani­fes­tants aux mains nues. Matraques, bombes lacry­mo­gènes, balles en caou­tchouc et tirs à balles réelles firent de nom­breuses vic­times (3). Du côté israélien, on admet que des agents pro­vo­ca­teurs, issus de forces spé­ciales (appar­tenant à l’unité Massada), se sont infiltrés, se faisant passer pour des Arabes, dans ces mani­fes­ta­tions paci­fiques afin d’inciter leurs par­ti­ci­pants à recourir à la force (4). Seule la déter­mi­nation des membres du comité popu­laire a empêché que ces pro­vo­ca­tions ne conduisent à une escalade incon­trô­lable. En réalité, le mur a besoin d’une pro­tection ren­forcée - contre l’opposition paci­fique des vil­la­geois pales­ti­niens et de leurs alliés. Car il est là pour per­mettre un grand projet colonial : Modi’in Illit.

On évoque souvent l’occupation israé­lienne dans des termes empruntés aux conflits inter­éta­tiques (et la création de l’Autorité pales­ti­nienne n’a fait que ren­forcer cette ten­dance). Pourtant, il s’agit, au fond, d’un conflit colonial. Les gestes sym­bo­liques, les ini­tia­tives diplo­ma­tiques et les décla­ra­tions publiques s’évanouissent sur le terrain devant les faits bruts : puits et oli­ve­raies, bâti­ments et routes, émigration et implan­tation. C’est le paysage même qui se trouve radi­ca­lement bou­le­versé, et non les seules fron­tières poli­tiques. Le contrôle mili­taire exercé par Israël depuis 1967 a créé un cadre favo­rable au ren­for­cement de ce méca­nisme colonial. Implan­ta­tions, clô­tures et routes en sont les signes les plus fla­grants - les colonies consti­tuant l’obstacle le plus sérieux à la création d’un Etat pales­tinien viable, véri­ta­blement indé­pendant. De 1967 à 2006, on estime que l’Etat hébreu a fait construire environ 40 000 loge­ments en Cis­jor­danie pour un coût de 4,3 mil­liards de dollars. Et, en janvier, le nombre de colons implantés dans les ter­ri­toires occupés - hors Jéru­salem -, dont le Golan, dépassait les 250 000 (5).

Géné­ra­lement condamnées, les colonies israé­liennes dans les ter­ri­toires occupés sont rarement étudiées. Pour savoir à qui profite le projet colonial et pourquoi les gens ordi­naires s’y ral­lient, il fau­drait pourtant regarder de plus près leur com­po­sition et leur économie. Modi’in Illit est un cas révé­lateur à plu­sieurs égards. C’est d’abord une entre­prise menée, non par des colons mes­sia­niques et leurs repré­sen­tants poli­tiques, mais par une alliance hété­rogène entre pro­mo­teurs immo­bi­liers inté­ressés par les ter­rains, inves­tis­seurs capi­ta­listes à l’affût de profits et poli­ti­ciens favo­rables à la colo­ni­sation. C’est l’une des rares implan­ta­tions qui a continué de s’étendre pendant la seconde Intifada. Elle n’abrite pas des natio­na­listes purs et durs, mais essen­tiel­lement des familles nom­breuses ultraor­tho­doxes, qui, peu concernées par le sio­nisme poli­tique et même par Israël, recherchent avant tout de meilleures condi­tions de vie. Y convergent misère sociale, profits rapides et dépos­session impitoyable.

Modi’in Illit, qui s’appelait à l’origine Kiryat Sefer, ne doit pas sa création (1996), comme la plupart des colonies, à une alliance entre auto­rités gou­ver­ne­men­tales, orga­ni­sa­tions sio­nistes et mou­ve­ments de colons extré­mistes : l’initiative vint d’entrepreneurs privés, après les accords d’Oslo de 1993 et à un moment où la pri­va­ti­sation de l’économie s’intensifiait en Israël. C’est l’exemple type d’un nouveau style d’implantation colo­niale, dirigée par des capitaux privés et sou­tenue par l’Etat. Le conseil local a accordé - indiquent les rap­ports de la Cour des comptes - un trai­tement de faveur aux pro­mo­teurs immo­bi­liers : avan­tages spé­ciaux, dis­penses en matière de régle­men­ta­tions de la construction, réduc­tions d’impôts, etc. Des mil­liers de loge­ments ont été bâtis en vio­lation mani­feste de la loi, avec l’approbation post facto du conseil local, qui a blanchi ces construc­tions illé­gales en réajustant rétro­ac­ti­vement le plan d’urbanisme (6). Dans le « Far Est » israélien, l’urgence poli­tique de la colo­ni­sation va de pair avec des profits rapides pour les investisseurs.

Selon une enquête menée en 1998, l’ensemble du domaine de Bra­chfeld, par exemple, sur les terres de Bil’in, a été érigé sans permis de construire - et pourtant aucune maison n’a été démolie ensuite. Une grande partie des eaux usées se déverse dans la rivière Modi’in, pol­luant les res­sources aqui­fères locales. Cela ne résulte pas de la cor­ruption ou d’une mau­vaise gestion, mais d’une dimension struc­tu­relle de la fron­tière colo­niale : l’implantation non régle­mentée offre la pos­si­bilité de vastes profits aux dépens de l’environnement.

Les habi­tants pales­ti­niens de Bil’in font face à une puis­sante alliance entre intérêts poli­tiques et écono­miques. Deux quar­tiers doivent être construits sur les terres qui leur ont été confis­quées. L’un d’eux, Green Park, a été confié à Dania Cebus, une filiale de l’Africa Israel Group, pro­priété d’un des hommes d’affaires les plus influents d’Israël, M. Lev Leviev (7) : ce projet colossal de 230 mil­lions de dollars prévoit la construction de 5 800 appar­te­ments. Or les béné­fices d’exploitation réa­lisés par l’Africa Israel ont enre­gistré une hausse de 129 % au cours des trois pre­miers tri­mestres de 2005 (8). D’autres grandes entre­prises du bâtiment ont rejoint M. Leviev. Autant d’investissements qui dépendent du tracé du mur, censé couper les vil­la­geois de Bil’in de leurs terres et assurer la « sécurité » des nou­veaux quar­tiers. Comme dans de nom­breuses autres colonies ins­tallées entre la « ligne verte » (la fron­tière israé­lienne d’avant 1967) et la « clôture de sécurité », cette implan­tation com­plète le pro­cessus d’annexion et valorise les inves­tis­se­ments immobiliers.

Le Cus­todian of Absentee Pro­perty (Conser­vateur des biens des absents) et le Land Redemption Fund (Fonds de rachat des terres) se pré­tendent les pro­prié­taires légaux des terres sur les­quelles se construit l’un de ces quar­tiers. Orga­nisme gou­ver­ne­mental chargé de gérer les « terres des absents », le Cus­todian sert en réalité à acca­parer les terres pales­ti­niennes appar­tenant à des réfugiés en Israël et, plus récemment, dans les ter­ri­toires occupés. Des orga­ni­sa­tions israé­liennes de défense des droits humains ont découvert qu’il sert de prête-​​nom au fonds des colons lors de « tran­sac­tions tour­nantes ». Quant au Land Redemption Fund, créé il y a une ving­taine d’années, il se spé­cialise dans le rachat de terres dans des zones d’extension de colonies. Au nombre de ses fon­da­teurs figure M. Era Rapaport, l’un des orga­ni­sa­teurs du réseau ter­ro­riste opérant dans les ter­ri­toires occupés au début des années 1980 - il a passé plu­sieurs années en prison pour la ten­tative d’assassinat dans laquelle le maire de Naplouse, M. Bassam Chakaa, perdit ses deux jambes (9).

Deux jour­na­listes israé­liens ont enquêté minu­tieu­sement sur les méthodes d’acquisition de ce fonds, dont « le réseau de ren­sei­gnement se compose d’anciens col­la­bo­ra­teurs [pales­ti­niens] qui sont retournés dans leur village après avoir été grillés, d’agents israé­liens des ser­vices de sécurité générale à la retraite, qui four­nissent des ren­sei­gne­ments moyennant rétri­bution (…) et d’anciens gou­ver­neurs mili­taires [qui uti­lisent leurs connexions dans les vil­lages ». Des hommes de paille arabes servent d’intermédiaires : ils se font passer pour des ache­teurs, alors que les terres sont acquises grâce à « des fonds pro­venant de mil­lion­naires juifs de droite comme Lev Leviev et le magnat suisse Nissan Khak­shouri (10) ». Attirer des colons « non idéologiques »

Des méthodes sem­blables ont été employées pour confisquer les terres de Bil’in (11). Ainsi, le plan colonial mêle inex­tri­ca­blement économie et poli­tique. Parmi les dona­teurs du Fonds, on retrouve les capi­ta­listes qui se chargent de la construction et de la pro­motion immo­bi­lière dans d’autres colonies. Ceux-​​ci versent des sommes consi­dé­rables aux colons extré­mistes, par conviction poli­tique mais aussi dans l’attente de gros profits.

Les sec­teurs où le Fonds choisit de se concentrer ont également leur impor­tance : son projet prin­cipal est de « brouiller la “ligne verte” en reliant les implan­ta­tions [en Cis­jor­danie] aux com­mu­nautés à l’intérieur de la ligne et en étendant ces com­mu­nautés en direction des ter­ri­toires [occupés] » afin d’« établir des faits sur le terrain (12) ». Cela s’inscrit dans une opé­ration plus vaste encore, conçue ori­gi­nel­lement par M. Sharon, qui est en cours depuis les années 1980 pour dis­soudre la « ligne verte » en créant des implan­ta­tions des­tinées à des colons « non idéo­lo­giques » à proximité des centres écono­miques d’Israël. Bloqué par la seconde Intifada, ce projet a repris pro­gres­si­vement en 2003, avec l’achèvement de cer­taines parties du mur, qui a conduit à l’annexion de facto de zones se trouvant entre la clôture et Israël. En faisant dis­pa­raître des com­mu­nautés der­rière le mur, on peut pro­mettre aux inves­tis­seurs comme aux colons un niveau de vie plus élevé dans un espace sécurisé. Le net­toyage eth­nique n’est pas néces­sai­rement spectaculaire…

Les colonies israé­liennes adja­centes au mur de sépa­ration revêtent une impor­tance stra­té­gique. Elles com­plètent le système de clô­tures et de bar­rières prévu par Israël pour annexer cer­taines parties de la Cis­jor­danie. Mais elles consti­tuent également le lieu stra­té­gique où prend forme une puis­sante alliance poli­tique et écono­mique entre capitaux, groupes de colons hété­ro­gènes et hommes poli­tiques au pouvoir.

La « coa­lition du mur » qui dirige actuel­lement Israël ne date pas des der­nières élec­tions. Ras­semblée autour de l’héritage de M. Sharon, elle regroupe les adeptes de l’annexion pro­gressive (« Israël doit garder les blocs de colonies ») et ceux d’une expansion colo­niale « rai­son­nable » (qui n’ont pas de mal à faire bonne figure à côté des « méchants » colons idéo­lo­giques dés­in­hibés). Placée sous le double drapeau de la sépa­ration eth­nique et de la pri­va­ti­sation de l’économie, cette alliance ne promet pas la paix aux Israé­liens, mais une paci­fi­cation uni­la­térale liée à une annexion par­tielle qui démem­brera la Cis­jor­danie et en divisera le reste en trois enclaves clôturées.

Si cette alliance s’est formée récemment dans l’arène poli­tique (ses par­tisans n’appartiennent pas seulement à Kadima, le parti de MM. Sharon et d’Ehoud Olmert), elle a construit ses fon­de­ments écono­miques et sociaux bien avant sur les col­lines de Cis­jor­danie. Elle regroupe les colons, les orga­nismes d’Etat qui financent les clô­tures, des sociétés immo­bi­lières et des entre­prises high-​​tech - la vieille économie et la nou­velle. Les implan­ta­tions actuel­lement bâties ou étendues à l’ombre du mur en sont l’expression.

C’est pré­ci­sément parce qu’elles ne reposent pas seulement sur la ferveur mes­sia­nique de colons fana­tiques, mais répondent aussi à des besoins sociaux - qualité de vie pour la bour­geoisie, emplois et loge­ments sub­ven­tionnés pour les défa­vo­risés - que ces implan­ta­tions élar­gissent la base sociale du mou­vement de colo­ni­sation et y ral­lient d’autres intérêts : véri­tables pro­fi­teurs du mur, entre­pre­neurs, capi­ta­listes et colons des classes supé­rieures à la recherche d’une meilleure qualité de vie dans de nou­veaux ghettos dorés, loin des pauvres, et pro­tégés des Pales­ti­niens (13).

Les colonies juives n’ont cessé de grossir durant les années qui ont suivi les accords d’Oslo : le nombre de leurs habi­tants a plus que doublé entre 1993 et 2000. Mais, à y regarder de plus près, cette crois­sance a eu pour prin­cipal théâtre quelques implan­ta­tions impor­tantes où vivent des colons « non idéo­lo­giques » : immigrés de Russie et d’Ethiopie ins­tallés là par les auto­rités, habi­tants de ban­lieues pauvres aspirant à vivre mieux et familles nom­breuses ultraor­tho­doxes à la recherche de loge­ments sub­ven­tionnés. Ces gens n’ont rallié le projet colonial qu’à la fin des années 1990, à contrecœur, poussés par les pri­va­ti­sa­tions et le déman­tè­lement rapide de l’Etat-providence en Israël. Modi’in Illit et Betar Illit com­prennent à elles seules plus du quart des colons de Cis­jor­danie, essen­tiel­lement des juifs ultraor­tho­doxes. Alors que les autres colonies dis­posent d’un statut socio-​​économique supé­rieur à la moyenne israé­lienne, ces deux-​​là sont les plus pauvres com­mu­nautés juives (14).

Comme un spé­cia­liste l’expliquait à un jour­na­liste en sep­tembre 2003, c’est la crise du logement en Israël qui a incité ces familles à venir s’installer là : « Leur situation était si déses­pérée qu’elles étaient prêtes à aller n’importe où. » Et le porte-​​parole du conseil des colons de Modi’in Illit de confier : « Même si elles ne sont pas venues ici pour des raisons idéo­lo­giques, elles ne renon­ceront pas à leur maison si faci­lement (15). » Voilà comment on trans­forme des gens en colons malgré eux. Le maire de Betar Illit a avoué au même jour­na­liste qu’on envoyait les ultraor­tho­doxes dans les ter­ri­toires occupés contre leur volonté pour en faire de la « chair à canon ». Main­tenant que le mur approche, les colons de Modi’in Illit et de Betar Illit pour­raient placer leurs espoirs en lui - ils en attendent la sécurité et s’identifient du coup à l’entreprise de dépos­session des Palestiniens.

Mais, si l’extension des colonies se nourrit de l’érosion des droits sociaux en Israël, les conflits sociaux dans l’Etat hébreu ont des consé­quences directes sur l’avenir de l’occupation car ils mettent en évidence le lien sous-​​jacent entre la lutte anti­co­lo­niale - contre le vol des terres pales­ti­niennes et l’implantation de nou­velles colonies - et la lutte pour la justice sociale au sein même des fron­tières d’Israël.

(1) Un dounam égale un dixième d’hectare, soit 1 000 mètres carrés.

(2) Amira Hass, « Israeli res­tric­tions create iso­lated enclaves in West Bank », et « Four types of enclaves in the West Bank », Haaretz, Tel-​​Aviv, 24 mars 2006.

(3) Meron Rapoport, « Symbol of struggle », Haaretz, 10 septembre 2005.

(4) Meron Rapoport, « Bil’in resi­dents : under­cover troops pro­voked stone-​​throwing », Haaretz, 14 octobre 2005 ; David Ratner, « Bil’in pro­testers say bean bags are latest riot-​​control weapon », Haaretz, 21 octobre 2005.

(5) Haaretz, 8 janvier 2006.

(6) Cf. « Israel’s State comptroller’s report », no 51 A (2000), Israel Government Printing Office, Jéru­salem, p. 201-​​218.

(7) M. Leviev a bâti sa fortune sur l’exploitation des dia­mants d’Afrique du Sud et en uti­lisant son appar­te­nance à la secte ultraor­thodoxe des Lou­ba­vitch. Sa com­pagnie se vante d’avoir été « pion­nière dans l’établissement de ghettos dorés » en Israël. Elle gère par ailleurs des centres com­mer­ciaux et s’apprête à réa­liser la pre­mière prison privée en Israël. Cf. Aryeh Dayan, « Leviev pro­mises to treat his pri­soners nicely », Haaretz, 28 novembre 2005.

(8) Données récentes : http://​maariv​.biz​portal​.co​.il

(9) Shalom Yeru­shalmi, « Every prime minister who gave away Eretz Israel was hurt » (interview d’Era Rapaport), Maariv, Tel-​​Aviv, 5 avril 2002.

(10) Shosh Mula et Ofer Petersburg, « The Settler National Fund », Yedioth Aha­ronoth, Tel-​​Aviv, 27 janvier 2005 (tra­duction anglaise : www​.pea​cenow​.org/​h​o​t​.​a​s​p​ ?​c​i​d=247).

(11) Akiva Eldar, « Docu­ments reveal West Bank set­tlement Modi’in Illit built illegaly », Haaretz, 3 janvier 2006 ; et « State mulls cri­minal probe into illegal set­tlement construction », Haaretz, 8 janvier 2006.

(12) Shosh Mula et Ofer Petersburg, op. cit.

(13) Oren Yif­tachel, « Set­tle­ments as reflex action », dans Rafi Segal et Eyal Weizman (sous la dir. de), A Civilian Occu­pation : The Politics of Israeli Archi­tecture, Babel, Tel-​​Aviv, et Verso, Londres et New York, 2003, p. 32-​​38.

(14) The Israel Central Bureau of Sta­tistics, « Cha­rac­te­rizing local councils and ranking them according to the socio-​​economic position of their popu­lation », février 2004. Les Arabes d’Israël sont les plus pauvres des citoyens. Et, parmi les dix com­mu­nautés les plus pauvres du pays, figurent huit vil­lages bédouins et deux com­mu­nautés juives : Modi’in Illit et Betar Illit.

(15) Tamar Rotem, « The price is right », Haaretz, 26 septembre 2003.