L’intensification du système israélien d’apartheid au centre de La Journée inter­na­tionale contre le racisme.

Mustafa Barghouthi, dimanche 23 mars 2008

Ce 21 mars 2008 marque la Journée inter­na­tionale pour l’élimination de toutes les formes de dis­cri­mi­nation raciale, mais pour les Pales­ti­niens, il n’y a pas grand-​​chose à célébrer à cet égard.

Dans un contexte où l’occupation israé­lienne, tou­jours pré­sente, se mue pro­gres­si­vement en un système d’apartheid, le texte de la Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid n’a jamais été aussi per­tinent, hors du cas de l’ancien régime d’apartheid d’Afrique du Sud.

« Les Pales­ti­niens sous occu­pation sont aujourd’hui confrontés à un système d’apartheid arrivé à maturité et carac­térisé par une dis­cri­mi­nation sys­té­ma­tique » déclare le secré­taire général de l’Initiative nationale pales­ti­nienne, le Dr Mustafa Bar­ghouthi, député.

« Trouvez-​​moi un autre cas dans le monde où les routes sont réservées sur un critère eth­nique ? Où une popu­lation de colons implantée en toute illé­galité consomme 48 fois plus d’eau par habitant et par an que la popu­lation locale ? Où un peuple occupé paie deux fois plus cher le prix des ser­vices publics - tels que l’eau et l’électricité - que ceux qui les occupent ? Où un peuple est, comme le sont les Pales­ti­niens, obligé d’acheter la nour­riture au même prix du marché que l’occupant (les Israé­liens) - dont le revenu par habitant est 30 fois supé­rieur - et est empêché de construire sa propre économie indé­pen­dante ? Où les malades souf­frant d’affections chro­niques n’ont aucun accès aux soins à cause de leur natio­nalité et n’ont donc plus qu’à mourir. »

« Ce sont là des mani­fes­ta­tions concrètes de l’apartheid à un degré jamais connu, pas même au plus fort du régime d’apartheid d’Afrique du Sud » ajoute le Dr Barghouthi.

L’existence d’un système d’apartheid en Palestine a été signalée par le rap­porteur spécial aux Nations unies sur la situation des Droits de l’homme dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés depuis 1967, le pro­fesseur John Dugard, lui-​​même sud-​​africain. Dans son rapport de janvier 2007 au Conseil des Droits de l’homme, Dugard écrit : « Les lois et pra­tiques d’Israël dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés res­semblent, de façon cer­taine, à l’apartheid […] et tombent pro­ba­blement dans le champ d’application de la Convention inter­na­tionale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid ».

Par ailleurs, la Convention inter­na­tionale sur l’élimination de toutes les formes de dis­cri­mi­nation raciale (dont Israël est signa­taire) stipule que « la dis­cri­mi­nation entre les être humains pour des motifs fondés sur la race, la couleur ou l’origine eth­nique est un obs­tacle aux rela­tions ami­cales et paci­fiques entre les nations et est sus­cep­tible de troubler la paix et la sécurité entre les peuples ainsi que la coexis­tence har­mo­nieuse des per­sonnes au sein d’un même Etat. »

« Le gou­ver­nement Olmert s’est pré­senté lui-​​même comme apportant la paix dans la région à travers le pro­cessus d’Annapollis » remarque le Dr Bar­ghouthi. « Mais c’est ce même gou­ver­nement qui continue de construire le Mur d’apartheid ; qui a récemment donné le feu vert à l’expansion de plu­sieurs colonies ; qui fait tout pour frag­menter les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés depuis 1967 ; qui assure l’impunité à son armée et à ses colons dans leur vio­lence contre les Pales­ti­niens ; qui a imposé des puni­tions col­lec­tives à un niveau jamais égalé contre le peuple de la bande de Gaza ; et qui a laissé mourir des Pales­ti­niens malades, sur sa fron­tière, sim­plement parce que c’était des Palestiniens. »

« Jusqu’à ce que la com­mu­nauté inter­na­tionale ôte l’impunité à Israël pour ses vio­la­tions per­ma­nentes des droits humains, indi­vi­duels et col­lectifs, des Pales­ti­niens, et jusqu’à ce qu’elle tienne res­pon­sable Israël devant la loi inter­na­tionale, l’intensification crois­sante du racisme et de l’apartheid repré­sente le seul avenir auquel les Pales­ti­niens doivent s’attendre » conclut le Dr Barghouthi.

Contexte

La Journée inter­na­tionale pour l’élimination de la dis­cri­mi­nation raciale est célébrée chaque année le 21 mars. C’est le jour où, en 1960, la police a ouvert le feu et tué 69 per­sonnes dans une mani­fes­tation non vio­lente à Shar­pe­ville, en Afrique du Sud, contre les « lois sur les laissez-​​passer ». En pro­clamant cette Journée en 1966, l’Assemblée générale appelait la com­mu­nauté inter­na­tionale à redoubler d’efforts pour éliminer la dis­cri­mi­nation raciale sous toutes ses formes.

La Convention inter­na­tionale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 30 novembre 1973 et est entrée en vigueur le 18 juillet 1976.

Israël a signé (le 3 janvier 1979) la Convention inter­na­tionale sur l’élimination de toutes les formes de dis­cri­mi­nation raciale du 7 mars 1966 (réso­lution 2106 A du 21 décembre 1965), entrée en vigueur le 4 janvier 1969.