L’imminente explosion de Gaza

Elias Akleh, vendredi 13 juin 2008

La Bande de Gaza est devenue un champ de mort, où la mort est un incident quotidien.

Gaza est devenue une bombe à retar­dement, prête à exploser n’importe quel jour. Cela a com­mencé avec la conspi­ration du trio USA/​Israël/​Abbas, révélée par le magazine Vanity Fair, pour ren­verser le gou­ver­nement pales­tinien démo­cra­ti­quement élu et dirigé par le Hamas, qui a abouti à la division pales­ti­nienne et l’isolement de la Bande de Gaza.

Pour en finir avec le lea­dership du Hamas, Israël a emprunté aux tac­tiques de siège nazi du Ghetto de Var­sovie, et a appliqué une version plus stricte de celui-​​ci sur la Bande de Gaza. Israël a gra­duel­lement diminué les impor­ta­tions de toutes les pro­duits vitaux à Gaza et, depuis juin 2007, a com­plè­tement bouclé ses cinq car­re­fours fron­ta­liers, laissant 1,5 mil­lions de Pales­ti­niens mourir de faim, de soif, de la pol­lution et du manque de médi­ca­ments. Israël a coupé tous les appro­vi­sion­ne­ments en fuel à Gaza, y compris aux agences des Nations Unies, telle l’UNRWA, qui se consacre à la four­niture de soins de santé, d’éducation et de nour­riture aux familles pauvres.

Sans fuel pour générer l’électricité, les 32 puits de Gaza ont cessé de pomper l’eau potable, 4.000 autres puits ont cessé de pomper l’eau des­tinée à l’agriculture, pro­vo­quant l’assèchement des prin­ci­pales récoltes.

Les pompes de trai­tement des eaux usées ont arrêté de fonc­tionner, pro­vo­quant la dis­persion des égouts dans la mer et une pol­lution côtière.

Les pêcheurs ne peuvent pas sortir, et ceux qui l’ont fait ont été coulés par les navires de guerre israé­liens. Aucune mar­chandise ou nour­riture ne sont auto­risées à entrer dans Gaza. La popu­lation n’est pas auto­risée à en sortir, par quelque moyen que ce soit. 75% des familles vivent sous le seuil de pau­vreté. Sous blocus israélien total, Gaza est devenue la plus grande prison concen­tra­tion­naire de toute l’histoire de l’humanité.

Le mot "blocus" n’est plus per­tinent pour décrire la situation à Gaza, car Israël a mis en route un génocide pro­gressif contre les Gazans. Non content de trans­former Gaza en plus grand camp de concen­tration jamais vu, Israël a envoyé son armée ter­ro­riser les Pales­ti­niens, a sys­té­ma­ti­quement fait des incur­sions dans les villes de Gaza, détruit les maisons des civils, rasé les terres agri­coles fer­tiles, assassiné les citoyens et kid­nappé les jeunes.

Le dernier raid a eu lieu le mardi 3 juin, lorsque 7 chars israé­liens et un bull­dozer mili­taire ont tra­versé la fron­tière nord de Gaza, attaqué les fer­miers et rasé leurs terres.

Le dimanche 1er juin, 10 chars israé­liens et 5 bull­dozers mili­taires, cou­verts par des héli­co­ptères Apache, ont bom­bardé la ville de Khan Younis, rasé de grands pans de terres agri­coles, détruit les cultures, et se sont retirés après des affron­te­ments avec les com­bat­tants de la résis­tance palestinienne.

Le 30 mai, 15 chars israé­liens et 2 bull­dozers mili­taires ont envahi le quartier Furta, à Beit Hanoun, rasé les terres, détruit les récoltes ; les troupes ont parqué les hommes entre 16 et 60 ans dans le centre ville et raflé au moins 60 d’entre eux. L’armée ter­ro­riste israé­lienne, ses flottes aérienne et navale bom­bardent quo­ti­dien­nement les villes de Gaza. Pendant le seul mois de mai, les forces ter­ro­ristes israé­liennes ont assassiné 45 Gazans, pour la plupart des enfants de moins de 18 ans.

La jeu­nesse de Gaza, qui repré­sente près de 51% de la popu­lation, souffre le plus. Elle souffre de mal­nu­trition, d’anémie et autres maladies incu­rables. Les hôpitaux sont pleins et manquent de toutes sortes de médi­ca­ments. Sans élec­tricité, les hôpitaux ne peuvent pas faire fonc­tionner les cou­veuses et autres appa­reils, ce qui pro­voque la mort évitable de beaucoup de nouveaux-​​nés et d’autres malades.

La Bande de Gaza est devenue un champ de mort, où la mort est un incident quotidien.

Amnesty Inter­na­tional a exprimé ses graves pré­oc­cu­pa­tions sur la situation dra­ma­tique de Gaza, où les familles vivent avec un dollar par jour, et a condamné la punition col­lective d’Israël contre le peuple de Gaza.

La Com­mis­saire pour les rela­tions exté­rieures de l’Union Euro­péenne, Benita Ferrero-​​Waldner, a pro­testé offi­ciel­lement "contre cette punition col­lective du peuple de Gaza". Javier Solana, le prin­cipal res­pon­sable de la poli­tique étrangère de l’Union Euro­péenne, a agréé, dans une lettre à Elec­tronic Intifada, l’usage du terme "punition col­lective" pour décrire les actions d’Israël.

D’autres res­pon­sables inter­na­tionaux tel John Dugard, Rap­porteur spécial aux Nations Unies pour les droits de l’homme dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés, a affirmé que les actions d’Israël, dont le meurtre et les bles­sures des civils pales­ti­niens, et le siège de Gaza, consti­tuaient des vio­la­tions sérieuses des lois inter­na­tio­nales. Décrivant la situation à Gaza, l’ancien Pré­sident des Etats-​​Unis Jimmy Carter a dit : "La punition per­pétrée sur la popu­lation de Gaza est une atrocité. C’est un crime… Je pense que le fait que cela continue est une abo­mi­nation." Il a décrit le blocus israélien de Gaza comme "l’un des plus grands crimes humains ayant jamais existé sur terre."

Lors de sa mission d’enquête à Gaza, l’Archevêque Desmond Tutu, qui a, en de nom­breuses occa­sions, comparé les poli­tiques israé­liennes avec celles de l’apartheid en Afrique du Sud, a lui aussi qua­lifié le blocus d’Israël sur Gaza d’ "abo­mi­nation". Il a condamné le silence de la com­mu­nauté inter­na­tionale sur les crimes d’Israël, disant : "Mon message à la com­mu­nauté inter­na­tionale est que notre silence et notre com­plicité, en par­ti­culier sur la situation à Gaza, est une honte pour nous tous."

Iro­ni­quement, cette abo­mi­nation, ce blocus géno­ci­daire, ce très grand crime a été aidé, dirigé et géré par ces mêmes pays euro­péens hypo­crites qui prêchent la liberté et la pro­tection des droits de l’homme, et qui ont envoyé en toute hâte des troupes au Darfour pour pro­téger son peuple des mas­sacres, envahi l’Afghanistan pour libérer son peuple des ter­ro­ristes reli­gieux extré­mistes Taliban, envahi l’Irak et mas­sacré 2 mil­lions de sa popu­lation sous le pré­texte de la libérer d’un dic­tateur, condamné la Chine pour son occu­pation du Tibet, et appelé à un Kosovo indépendant.

Pourtant, ils ne lèvent pas le petit doigt ni ne pro­noncent un mot contre la terreur israé­lienne contre les Pales­ti­niens. Au contraire, ils jus­ti­fient ses crimes d’Israël et sou­tiennent son ter­ro­risme, le décrivant comme "la lumière parmi les nations".

Pour eux, les Israé­liens, "le peuple élu de Dieu", sont au-​​dessus de toutes les lois. Si les Euro­péens consi­dèrent leur soutien aux crimes israé­liens comme une repen­tance pour leur propre holo­causte contre leur popu­lation juive, alors il leur appar­tient de com­prendre qu’un tel soutien injus­tifié et honteux facilite la per­pé­tration par Israël d’un autre holo­causte contre le peuple innocent de Palestine.

Les pays euro­péens oublient le fait qu’Israël, avec la 3ème plus puis­sante armée du monde, est l’agresseur et l’occupant de la Palestine, et reprochent aux com­bat­tants pales­ti­niens pour la liberté leur résis­tance légitime. Ils citent les roquettes rudi­men­taires, tirées depuis Gaza en légitime défense contre les occu­pants israé­liens, comme jus­ti­fi­cation du génocide d’Israël des 1,6 mil­lions d’habitants de Gaza. Leur logique biaisée prétend que le Hamas est un groupe ter­ro­riste déterminé à détruire Israël, qui se défend.

Si tel est le cas, alors pourquoi Israël impose-​​t-​​il des blocus contre de nom­breuses villes de Cis­jor­danie, alors que cela fait des décennies qu’aucune roquette n’a été lancée contre Israël depuis la Cisjordanie ?

Israël construit son mur-​​prison autour des grandes villes pales­ti­niennes, a érigé plus de 600 check­points mili­taires entre les villes pales­ti­nienne, et attaque régu­liè­rement les maisons pales­ti­niennes en Cisjordanie.

Lors d’une mission d’enquête dans les villes de Cis­jor­danie, David Ham­mer­stein, membre du Par­lement Européen, a condamné, le 1er juin, la situation des villes pales­ti­niennes, en par­ti­culier à Al-​​Khalil (Hébron) comme barbare, ajoutant qu’elles vivent sous les formes les plus affreuses de l’occupation israélienne.

La vérité toute nue est qu’Israël lui-​​même, et non pas les Arabes ou le Hamas, est déterminé à détruire la Palestine et son peuple. Israël a rayé la Palestine de la carte, a tota­lement rayé plus de 500 vil­lages pales­ti­niens de l’existence, détruit conti­nuel­lement les demeures et les orga­ni­sa­tions civiles pales­ti­niennes, rase les terres agri­coles, usurpe la terre pales­ti­nienne pour y construire des colonies illé­gales, et a rejeté tous les accords de paix pro­posés par les Arabes, y compris l’Initiative de Paix Arabe qui recon­naissait à Israël le droit d’exister en paix à l’intérieur de fron­tières reconnues.

Israël ne veut pas la paix. Ces gou­ver­ne­ments suc­cessifs ne veulent pas démordre du rêve sio­niste ultime d’un "Grand Israël" et l’Initiative Arabe de Paix détruirait ce rêve.

Depuis son élection démo­cra­tique, le gou­ver­nement Hamas a offert à Israël de mul­tiples accords de cessez-​​le-​​feu à long terme, mais Israël a rejeté toutes ces offres, et a continué à attaquer Gaza. Hamas a fait de nom­breuses ten­ta­tives de récon­ci­liation avec l’Autorité Pales­ti­nienne Fatah de Ramallah, à travers la médiation d’autres pays arabes, mais le gou­ver­nement appointé d’Abbas a posé des condi­tions inacceptables.

Hamas a plaidé auprès du Pré­sident égyptien Mubarak pour la réou­verture du ter­minal de Rafah, entre Gaza et l’Egypte. Lorsque l’Egypte a ignoré cet appel, les Gazans ont ouvert à l’explosif des brèches dans la grille et se sont pré­ci­pités en Egypte pour acheter de la nour­riture et des fournitures.

L’Egypte a répondu par une aug­men­tation du nombre de gardes fron­tières, a appelé les entre­prises amé­ri­caines pour qu’elles construisent un mur ren­forcé à la fron­tière, et beaucoup de leurs res­pon­sables et organes média­tiques porte-​​parole ont accusé les Gazans de menacer la sécurité égyp­tienne et ont promis de casser les jambes de chacun des "infiltrés".

Comme le pré­sident égyptien, les autres diri­geants arabes se sont ralliés au blocus contre Gaza. Leur objectif prin­cipal est de main­tenir leurs propres citoyens dans la sou­mission et l’obéissance. Ils ne veulent surtout pas qu’un mou­vement national vienne réveiller leurs citoyens endormis. Ils consi­dèrent leurs frères pales­ti­niens comme les citoyens d’un autre pays. Cer­tains de ces diri­geants manquent de la volonté poli­tique d’aider, d’autres sont à la merci des pres­sions étran­gères hos­tiles, et d’autres sont juste aussi sio­nistes que le gou­ver­nement israélien.

Hamas a orchestré des pro­tes­ta­tions et des marches en direction des pas­sages fron­ta­liers pour demander la fin du blocus, mais l’armée israé­lienne a accueilli les mar­cheurs paci­fiques à coup de balles réelles et de gaz lacry­mo­gènes, tuant et blessant des dizaines d’entre eux.

Pire que la mort elle-​​même est de voir vos jeunes enfants, vos vieux parents et vos frères et sœurs mourir de faim, de manque de médi­ca­ments, et de la main de l’armée ter­ro­riste israélienne.

Aban­donnés et poussés à mourir dans leur coin sans aucune alter­native, les Pales­ti­niens de Gaza ne res­teront pas silen­cieux. Ils pré­fèrent mourir en luttant pour leurs droits et pour leur liberté. C’est le seul choix qui leur est laissé. Nous avons vu der­niè­rement quelques opé­ra­tions mili­taires contre les forces israé­liennes d’occupation, aux car­re­fours fron­ta­liers. Bientôt, chacun à Gaza les rejoindra et nous serons les témoins d’un Intifada armé.

L’explosion immi­nente de Gaza est proche, et ses effets tou­cheront tout le monde, les Israé­liens, les Arabes et les Internationaux.