L’expression démocratique des Palestiniens doit être respectée.

Communiqué de l’AFPS, lundi 20 février 2006

Au len­demain des élec­tions légis­la­tives pales­ti­niennes du 25 janvier, la com­mu­nauté inter­na­tionale a una­ni­mement salué leur bon dérou­lement dans le respect de la démo­cratie et de la trans­pa­rence. Aujourd’hui, les diri­geants israé­liens non seulement réaf­firment la péren­ni­sation de l’occupation illégale, mais de plus entendent à la fois étouffer le peuple pales­tinien par le détour­nement de sommes dues à son autorité nationale et empêcher le fonc­tion­nement démo­cra­tique de ses ins­ti­tu­tions. C’est ainsi que l’armée d’occupation a empêché Ismaël Hanyeh, nouveau Premier ministre pales­tinien, de sortir de la bande de Gaza pour se rendre en Cis­jor­danie occupée. C’est le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, qui a dû se rendre à Gaza pour élaborer avec lui la com­po­sition du futur gou­ver­nement palestinien.

Cette décision poli­tique et mili­taire israé­lienne constitue en premier lieu une nou­velle vio­lation du droit inter­na­tional. Les accords d’Oslo, que la com­mu­nauté inter­na­tionale somme le mou­vement de la résis­tance isla­mique Hamas -vain­queur des élections-​​ de res­pecter, pré­voient la conti­nuité du ter­ri­toire pales­tinien et le respect d’une voie de passage sûr entre la Cis­jor­danie et la bande de Gaza, ce que les forces d’occupation israé­liennes refusent d’appliquer.

Ce rejet israélien per­manent de l’application des accords signés trans­forme de facto ces deux enclaves du ter­ri­toire pales­tinien en prisons à ciel ouvert. La bande de Gaza débar­rassée des colons et soldats israé­liens à l’intérieur est sous blocus israélien de fait, la Cis­jor­danie demeure soumise à une colo­ni­sation à outrance. Les deux subissent l’insécurité quo­ti­dienne de la vio­lence israé­lienne armée et, en par­ti­culier, des assas­sinats ciblés, alors qu’Israël est en train de fixer uni­la­té­ra­lement des fron­tières en érigeant le Mur d’annexion et en annexant la Vallée du Jourdain.

Cette décision illégale constitue en second lieu une entrave inad­mis­sible au fonc­tion­nement démo­cra­tique des ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes issues des urnes.

Dans la même logique, les auto­rités israé­liennes ont décidé, également en vio­lation du droit inter­na­tional, de ne pas res­tituer à l’Autorité pales­ti­nienne les sommes qu’elles lui doivent, en par­ti­culier en gelant le rem­bour­sement israélien à la Palestine des droits de douane et de TVA - soit environ 45 mil­lions d’euros par mois.

Le non ver­sement par Israël des sommes dues aux Pales­ti­niens du fait de la situation d’occupation est un vol et équivaut à ren­forcer l’utilisation de « l’arme de la faim » contre des popu­la­tions civiles.

Un vol qui rend impos­sible le paiement des salaires de quelque 140.000 fonc­tion­naires pales­ti­niens qui per­mettent la survie écono­mique d’environ un million de Pales­ti­niens. Alors que l’occupation réduit au chômage plus de la moitié de la popu­lation active pales­ti­nienne et contraint deux tiers de la popu­lation à vivre en deçà du seuil de pau­vreté, Israël tire pri­vilège de sa situation de puis­sance occu­pante pour affamer davantage le peuple pales­tinien et, très offi­ciel­lement, le mettre « à la diète » (sic), afin de le punir de son choix électoral.

Une telle situation appelle une réaction ferme de la com­mu­nauté inter­na­tionale. L’AFPS demande à la France d’intervenir auprès de ses par­te­naires euro­péens et au sein du quar­tette pour obtenir d’une part que l’aide à l’Autorité pales­ti­nienne ne soit pas inter­rompue, ce qui aurait pour effet de péna­liser l’ensemble du peuple, et d’autre part que des sanc­tions notamment écono­miques soient prises à l’égard d’Israël tant que celui-​​ci ne se conformera pas à ses obli­ga­tions internationales.

La même com­mu­nauté inter­na­tionale, pour péren­niser son aide écono­mique au peuple pales­tinien à travers ses ins­ti­tu­tions légi­ti­mement issues des urnes, a exigé du Hamas de res­pecter trois condi­tions : la recon­nais­sance de l’Etat d’Israël dans les fron­tières de 1967, le respect des accords signés et l’arrêt de la violence.

Cette exi­gence pourrait être accep­table si les mêmes condi­tions avaient été et étaient imposées à Israël, qui continue en toute impunité à ne pas recon­naître le droit du peuple pales­tinien à l’autodétermination et à un Etat indé­pendant dans les fron­tières de 1967, à violer tous les accords signés, et à user de la vio­lence et de la terreur d’Etat comme moyen de chantage sur la popu­lation civile palestinienne.

Cette poli­tique de deux poids et deux mesures de la com­mu­nauté inter­na­tionale - et en par­ti­culier des Etats-​​Unis et de l’Union euro­péenne - serait déjà inac­cep­table si elle s’appliquait à deux parties égales : or ici l’une des parties, Israël, continue à occuper l’autre, la Palestine.

Tenter de ren­verser arti­fi­ciel­lement l’équation ne change rien à la réalité de la situation, et ne peut que contribuer à trans­mettre aux deux sociétés, israé­lienne et pales­ti­nienne, le pire des mes­sages : celui du non enga­gement de la com­mu­nauté inter­na­tionale en faveur d’une solution au conflit fondée sur le droit, celui du mépris de la démo­cratie pourtant vantée dans les dis­cours officiels.

Au moment où le mou­vement de la résis­tance isla­mique Hamas intègre le système poli­tique pales­tinien, au momen où le Par­lement pales­tinien va élire comme pré­sident Aziz Doweik, diri­geant du Hamas qui s’est de longue date déclaré hostile aux attentats sui­cides contre des civils israé­liens et au moment où le Hamas se dit prêt à mettre un terme à la lutte armée si Israël se retire de l’ensemble des Ter­ri­toires Occupés pales­ti­niens, ce que les diri­geants israé­liens conti­nuent à rejeter, il faut que la com­mu­nauté inter­na­tionale, que le quar­tette, que l’Europe, que la France, prennent leurs res­pon­sa­bi­lités poli­tiques pour un règlement du conflit fondé sur la négo­ciation et le droit international.