Serge Dumont, lundi 14 juillet 2008
Le premier ministre israélien parle d’une paix proche pour mieux détourner l’attention.
« Nous n’avons jamais été aussi près d’aboutir à un accord comme nous le sommes aujourd’hui. » Au sortir de sa rencontre avec Mahmoud Abbas organisée à Paris dans le cadre du lancement de l’Union pour la Méditerranée, Ehoud Olmert s’est montré optimiste quant à l’avenir des négociations israélo-palestiniennes. En signe de bonne volonté, il a d’ailleurs annoncé la prochaine libération d’un nombre indéterminé de prisonniers palestiniens.
Ces déclarations n’ont pourtant rencontré aucun écho en Israël où la police poursuit ses investigations sur des malversations attribuées au premier ministre. Durant le week-end, le parquet a confirmé que des perquisitions effectuées chez « Rishon Tours », une agence de voyages de la grande banlieue de Tel-Aviv, ont permis de saisir des documents « accablants » pour Olmert. Des fac-similés de factures démontrant que lorsqu’il était maire de Jérusalem (1993−2003), puis ministre de l’industrie (2003−2006), l’intéressé a présenté des factures pour se faire rembourser le même voyage par plusieurs organisations caritatives.
Au moins douze déplacements ont ainsi été payés par l’institut Yad Vashem, par la fondation Akim chargée d’aider les enfants handicapés mentaux, par le Vaad Lemaan Hahayal (une organisation soutenant financièrement les soldats nécessiteux). Chacune de ces organisations ignorait que la facture était présentée à d’autres puisque leurs responsables croyaient qu’Olmert se rendait à l’étranger pour plaider leur cause auprès des philanthropes de la diaspora. Montant de l’opération ? Un peu plus de 110000 dollars qui auraient, selon les enquêteurs, servi à financer les vacances de la famille Olmert en Europe et aux Etats-Unis.
« J’ai été abasourdi lorsque les enquêteurs m’ont montré les documents démontrant que j’ai été grugé », a déclaré Meïr Shalev, le président de Yad Vashem interviewé par Kol Israël. Quant au secrétaire général de la fondation Akim, il a affirmé « attendre le retour de Paris du premier ministre pour lui dire ses quatre vérités en face ».
Il ne sera sans doute pas le seul puisque la presse israélienne s’est déchaînée. Barrant sa première page de lettres grasses, le quotidien populaire Yediot Aharonot promettait dimanche des révélations sur le « Olmert Tours ». Quant au quotidien Haaretz, il a publié la copie des factures saisies par la police. Enfin, l’éditorialiste Dan Margalit a estimé qu’Israël « s’est transformé en république bananière ».
A Jérusalem, l’entourage d’Olmert dénonce « les fuites policières » et accuse le parquet de « participer à une liquidation politique ». Mais ces protestations n’éveillent pas beaucoup de compassion. « L’opinion est choquée. Le premier ministre ne dispose plus d’aucun crédit puisque les dossiers judiciaires le concernant s’accumulent et qu’une affaire semblable avait déjà été classée sans suite en 1991 », explique le chroniqueur Raviv Drucker. « Quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, Olmert n’est plus crédible. Il est cuit. S’il ne s’en va pas maintenant, ce sera en septembre au plus tard. » [1]
[1] voir aussi le Monde du 12 juillet :
Ehoud Olmert soupçonné d’avoir escroqué l’Etat israélien dans une affaire de billets d’avion
Le dossier judiciaire déjà chargé du premier ministre israélien, Ehoud Olmert, s’est à nouveau alourdi, vendredi 11 juillet, à la suite d’un interrogatoire de la police. Après avoir été accusé d’avoir reçu des enveloppes d’argent d’un montant de 150 000 dollars destinées, semble-t-il, à financer des campagnes électorales, le successeur d’Ariel Sharon est désormais soupçonné d’escroquerie.
A l’issue d’un interrogatoire de deux heures, la police et le ministère de la justice ont publié un communiqué d’où il ressort que M. Olmert est soupçonné de s’être fait payer plusieurs fois le même voyage par diverses institutions de l’Etat lorsqu’il occupait les fonctions de maire de Jérusalem puis de ministre et d’avoir fait verser sur un compte à son nom les sommes correspondant à ces billets fictifs. Cet argent aurait ensuite été utilisé pour financer des voyages privés de M. Olmert et de sa famille.
Son entourage a répliqué indiquant qu’il ne s’agissait que d’un compte de "points de voyage", a accusé la police de mener "une campagne personnelle" à l’encontre du premier ministre en organisant des "fuites tendancieuses". Pour la presse israélienne, il ne fait pas de doute qu’une inculpation sera prononcée. Selon une source policière citée par le quotidien Haaretz, "un citoyen ordinaire aurait déjà été arrêté et inculpé". Cette nouvelle affaire survient alors qu’un contre-interrogatoire de Morris Talansky doit être effectué le 17 juillet afin d’examiner de près le témoignage de cet homme d’affaires américain qui, le 27 mai, avait reconnu avoir donné au moins 150 000 dollars en argent liquide à M. Olmert. Ce dernier avait répliqué en affirmant qu’il n’avait jamais "mis un centime dans sa poche" et que s’il était inculpé, il démissionnerait aussitôt.
Ce rebondissement se produit également au moment où le parti de M. Olmert, Kadima (En avant) se prépare pour des primaires afin de désigner son chef de file pour d’éventuelles élections anticipées. Ces primaires doivent intervenir au plus tard le 25 septembre. Tzipi Livni, ministre des affaires étrangères, apparaît comme favorite. Si les soupçons d’escroquerie sont confirmés, le sort de M. Olmert sera, sans aucun doute, scellé.
Michel Bôle-Richard
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/07/12/ehoud-olmert-soupconne-d-avoir-escroque-l-etat-israelien-dans-une-affaire-de-billets-d-avion_1072790_3218.html#ens_id=1072749 ou encore le Figaro : http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/14/01003-20080714ARTFIG00020-olmert-mise-sur-la-relance-du-processus-de-paix-pour-survivre-.php