L’économie palestinienne subit de plein fouet les restrictions israéliennes

Le Monde et dépêches, lundi 28 avril 2008

La banque mon­diale a prédit, dimanche 27 avril, que, malgré des pro­messes d’aide inter­na­tionale de plus de 7 mil­liards de dollars (4,5 mil­liards d’euros) , la crois­sance écono­mique dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens serait nulle en 2008 en raison des res­tric­tions imposées par Israel.

"Le renouveau du secteur privé néces­saire pour atteindre un cercle de crois­sance ver­tueux n’a pas eu lieu à cause du maintien des res­tric­tions (israé­liennes) à la liberté de mou­vement", explique la Banque dans un rapport. Selon le document, il n’y a eu aucune crois­sance du produit inté­rieur brut (PIB) en 2007.

Abbas pessimiste sur un accord de paix en 2008

"Les diver­gences entre nous et Israël sur les ques­tions du statut final sont pro­fondes. Parviendrons-​​nous à un accord d’ici la fin de l’année ? Je ne sais pas, nous verrons". Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas s’est montré pes­si­miste, dimanche 27 avril, dans un entretien accordé à l’agence Reuters. "Mais mon choix est de négocier. Je conti­nuerai à négocier jusqu’à la fin", a-​​t-​​il ajouté. Selon lui, un accord ne sera pos­sible que si Israël adopte des "posi­tions plus réa­listes" dans les pour­parlers. Mahmoud Abbas a également sou­ligné qu’il n’accepterait qu’un accord ayant des chances d’être approuvé par réfé­rendum. (Reuters)

La Banque mon­diale prévoit une crois­sance limitée à 3 % cette année, mais compte tenu de la crois­sance démo­gra­phique, "les revenus par per­sonne res­teront stables ou seront infé­rieurs par rapport à ceux de l’année précédente".

Lors d’une confé­rence des pays dona­teurs qui s’est tenue à Paris en décembre 2007, 84 Etats avaient promis 7,7 mil­liards de dollars pour sou­tenir un pro­gramme de réformes écono­miques de deux ans conçu par le premier ministre pales­tinien Salam Fayyad, lui même ancien res­pon­sable de la Banque mon­diale et du Fonds moné­taire international.

Plus d’entraves aux mouvements qu’en 2005

Le rapport men­tionne que son pro­gramme a "posé de nom­breux jalons" mais a été freiné par les cen­taines de bar­rages rou­tiers qu’Israël a ins­tallés en Cis­jor­danie occupée. "Les entraves au mou­vement en Cis­jor­danie demeurent signi­fi­ca­ti­vement plus impor­tantes qu’en 2005", affirme le rapport, citant des sta­tis­tiques publiées par les Nations unies.

Le porte-​​parole du premier ministre Ehoud Olmert a jus­tifié pour sa part le maintien d’une mul­titude de bar­rages mili­taires pour des raisons de sécurité, tout en affirmant qu’Israël était désireux d’améliorer la vie quo­ti­dienne des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie. "En levant des bar­rages nous amé­lio­re­rions pro­ba­blement notre image dans les médias mais, un ou deux jours après, nous ris­que­rions de faire face à des attaques sui­cides" a déclaré Mark Regev à l’AFP.

Israël a levé 44 "obs­tacles" en Cis­jor­danie en avril sur les 61 qu’il s’était engagé à sup­primer pour amé­liorer le dépla­cement des Pales­ti­niens mais la plupart n’ont que peu ou pas d’importance, selon un rapport de l’ONU. L’Office de coor­di­nation des affaires huma­ni­taires des Nations unies (Ocha) dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, précise qu’Israël a procédé à "17 dépla­ce­ments de rem­blais de terre qui n’ont eu aucune inci­dence" et a sup­primé "neuf bar­rages ayant un effet minimum".

Le rapport de la Banque mon­diale ajoute que le taux de chômage s’élève à 23 % en Cis­jor­danie et à 33 % dans la bande de Gaza. Le taux de chômage dans la bande de Gaza "devrait aug­menter car les licen­cie­ments dans le secteur indus­triel sont défi­nitifs", note le rapport, ajoutant que le pour­centage des habi­tants du ter­ri­toire vivant dans une "grande pau­vreté" a dépassé les 35 %.

"Si l’on exclut les ver­se­ments des membres de la famille à l’étranger et l’aide ali­men­taire, et que l’on prend en compte la pau­vreté en fonction du revenu des ménages uni­quement, le taux de pau­vreté dans la bande de Gaza s’élève à presque 67 %", précise la Banque mondiale.