L’art palestinien affiche sa nouvelle vitalité

Sabine Gignoux et Agnès Rotivel, jeudi 17 septembre 2009

En mon­trant cette scène dyna­mique, l’Institut du monde arabe s’inscrit dans un mou­vement de recon­nais­sance plus vaste de la création pales­ti­nienne et de tout le Moyen-​​Orient

L’art palestinien affiche sa nouvelle vitalité

En mon­trant cette scène dyna­mique, l’Institut du monde arabe s’inscrit dans un mou­vement de recon­nais­sance plus vaste de la création pales­ti­nienne et de tout le Moyen-​​Orient

PALESTINE, la création dans tous ses états

Institut du monde arabe, Paris

C’est une heu­reuse sur­prise qui attend le visiteur de l’exposition « Palestine ». Pour l’Institut du monde arabe (Ima) qui sem­blait à la traîne des cou­rants de l’art contem­porain, les 19 artistes pales­ti­niens pré­sentés par Mona Kha­zindar semblent marquer une nou­velle étape.

Parmi eux, Mona Hatoum, qui a déjà exposé dans les plus grands musées d’art moderne du monde. Ou Emily Jacir, Lion d’or en 2007 de la Biennale de Venise. Sans oublier des vidéos ou ins­tal­la­tions qui révèlent des créa­teurs, exilés à l’étranger pour les deux tiers d’entre eux, et par­fai­tement au fait des codes inter­na­tionaux de l’art actuel. À l’image de Taysir Batniji.

Un esprit iro­nique irrigue cette expo­sition. Comme si l’humour restait la seule res­source des artistes face à un destin tra­gique. Même déri­soire, le rêve de Larissa Sansour qui se filme en train de planter un drapeau pales­tinien sur la Lune, reste porteur d’espoir.

Des check-​​points transformés en « chic point »

Comme l’installation de Khalil Rabah, mon­trant une salle d’aéroport vide, avec des hor­loges arrêtées et un avion siglé des « United States of Pales­tinian Air­lines »… Sharif Waked trans­forme les fouilles humi­liantes des check-​​points en « chic point » : il filme un défilé de man­ne­quins avec des vête­ments spé­cia­lement conçus pour dénuder le dos ou le ventre.

« Cette expo­sition a été décidée après les événe­ments de Gaza, pour montrer qu’au-delà du sang versé demeurait une vraie vitalité en Palestine et dans la dia­spora, que des créa­teurs réin­ven­taient leur patrie », sou­ligne Badr-​​Eddine Arodaky, directeur général adjoint de l’Ima. Le pré­sident de l’Institut, Domi­nique Baudis, qui s’intéresse depuis long­temps à la cause pales­ti­nienne, aurait per­son­nel­lement insisté pour que ce projet voie le jour en moins de six mois.

Cette ini­tiative s’inscrit dans un mou­vement plus vaste de recon­nais­sance de la scène pales­ti­nienne. En juin, à la 53e Biennale de Venise, une expo­sition spé­ciale, financée par des mécènes privés, lui a été consacrée, dans des condi­tions déli­cates puisqu’elle n’a pu s’afficher comme « pavillon pales­tinien », titre réservé aux expo­si­tions des États reconnus, et que cer­tains termes comme « siège de Gaza » ont été censurés.

"Changement d’attitude des pays occidentaux"

En écho, Mona Hatoum exposait, à la Fon­dation Querini-​​Stampalia de Venise, un riche ensemble d’œuvres dédiées à sa terre meurtrie. Au prin­temps, le col­lec­tionneur bri­tan­nique Charles Saatchi a consacré toute une expo­sition au « New Art from the Middle East » (« Le nouvel art du Moyen-​​Orient ») dont des artistes palestiniens.

Salwa Mikdadi, qui a organisé le pavillon pales­tinien à Venise, note « un chan­gement d’attitude des pays occi­dentaux qui ont pris conscience de l’importance de recon­naître la culture isla­mique, qui concerne une partie de leurs popu­la­tions. Des artistes de la dia­spora ont com­mencé à être reconnus sur la scène inter­na­tionale à partir des années 1990 ».

Sans oublier la « mobi­li­sation des Émirats arabes unis sur le terrain culturel ». La biennale de Chardja, les foires de Dubaï et d’Abou Dhabi, le grand projet d’île des Musées dans ce pays du golfe Per­sique, l’organisation par Christie’s de grandes ventes ont favorisé la visi­bilité d’artistes du Moyen-​​Orient, sou­tenus par des col­lec­tion­neurs locaux. Les Émirats arabes unis avaient cette année, eux aussi, pour la pre­mière fois leur pavillon à Venise. L’histoire ne fait que commencer…