L’armée israélienne rejette les accusations de crime de guerre à Gaza

Rémy Maucourt, samedi 28 mars 2009

L’armée israé­lienne a rejeté, jeudi 26 mars, les accu­sa­tions de crimes de guerre émises par Human Rights Watch (HRW), une orga­ni­sation de défense des droits de l’homme. Un rapport d’HRW conclut en effet que l’usage de muni­tions au phos­phore blanc à Gaza, durant l’opération "Plomb durci" du 27 décembre au 18 janvier, peut être assimilé à un crime de guerre. Les res­pon­sables de l’association espèrent l’ouverture d’une enquête internationale.

Les muni­tions au phos­phore blanc ne sont inter­dites par aucun traité inter­na­tional, mais ses dif­fé­rentes uti­li­sa­tions sont régle­mentées. Il est autorisé de les employer comme fumi­gènes, afin de créer un écran de fumée, mais, tirées direc­tement sur une cible, elles sont consi­dérées comme des bombes incen­diaires, dont l’emploi est régle­menté par le pro­tocole III de la convention sur les armes clas­siques de 1980 "sur l’interdiction ou la limi­tation des armes incen­diaires", qu’Israël n’a pas ratifiée.

De graves brûlures chimiques

Selon Fred Abrahams, cher­cheur de la division urgence d’HRW et coauteur du rapport, l’armée israé­lienne "a tiré des obus au phos­phore blanc de manière répétée sur des zones den­sément peu­plées, même lorsque ses troupes n’étaient pas pré­sentes dans la zone (…). Des civils ont souffert inuti­lement et cer­tains ont été tués".

L’armée israé­lienne a affirmé dans un com­mu­niqué que "ces obus ont été uti­lisés pour répondre uni­quement à des besoins opé­ra­tionnels spé­ci­fiques, confor­mément au droit inter­na­tional. Les affir­ma­tions selon les­quelles ces obus ont été uti­lisés de façon indis­cri­minée ou pour menacer la popu­lation civile sont sans fondement".

Cet argument est réfuté par Jean-​​Marie Fardeau, directeur du bureau de Paris d’HRW : "Notre enquête prouve qu’il n’y avait pas d’armée israé­lienne à proximité des bom­bar­de­ments au phos­phore. Or l’utilisation d’écrans de fumée ne se jus­tifie que pour sou­tenir une offensive ter­restre. Lors des attaques sur les bâti­ments de l’UNRWA [l’agence des Nations unies pour les réfugiés pales­ti­niens] et sur l’école des Nations unies à Beit-​​Lahya, des obus au phos­phore ont été uti­lisés alors que l’armée israé­lienne n’était pas à proximité."

Ces obus répandent du phos­phore, qui s’enflamme au contact de l’oxygène contenu dans l’air et brûle à plus de 800 °C. La com­bustion se poursuit jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de phos­phore, ou que celui-​​ci ne soit plus exposé à l’oxygène. Les brû­lures pro­vo­quées sont d’autant plus graves qu’il est très dif­ficile d’éteindre ce type de flamme.