« L’appel palestinien au boycott d’Israël devient de plus en plus populaire »

Omar Barghouti, mercredi 3 juin 2009

Puisque la com­mu­nauté inter­na­tionale n’a pas été capable de demander des comptes à Israël sur ses vio­la­tions de la loi inter­na­tionale et des droits de l’homme, nous appelons la société civile inter­na­tionale à prendre ses responsabilités

BOYCOTT, DÉSINVESTISSEMENT, SANCTIONS (BDS)

Les Pales­ti­niens en Cis­jor­danie et à Gaza sous occu­pation israé­lienne sont une minorité du peuple pales­tinien. La grande majorité du peuple pales­tinien sont des réfugiés, qui sont en exil, vic­times du net­toyage eth­nique d’Israël en 1948 et depuis 1948.

Ce que dit l’appel BDS c’est que, puisque la com­mu­nauté inter­na­tionale n’a pas été capable de demander des comptes à Israël sur ses vio­la­tions de la loi inter­na­tionale et des droits de l’homme, nous appelons la société civile inter­na­tionale à prendre ses res­pon­sa­bi­lités pour qu’elle montre sa res­pon­sa­bilité morale, pour qu’elle demande des comptes à Israël en mettant en oeuvre le Boycott, le Dés­in­ves­tis­sement et les Sanctions.

A quoi appelons-​​nous exac­tement ? Nous appelons à mettre fin à trois injus­tices fon­da­men­tales qu’Israël commet contre le peuple pales­tinien : l’occupation, la colo­ni­sation, le système de dis­cri­mi­nation raciale contre les Pales­ti­niens à l’intérieur d’Israël, qui est une forme spé­ci­fique israé­lienne d’Apartheid ainsi que la négation des droits des réfugiés pales­ti­niens. Les réfugiés pales­ti­niens ont droit au retour dans leurs foyers en accord avec les réso­lu­tions de l’ONU et Israël leur refuse ce droit. L’appel BDS est basé sur le droit, pas sur la recherche d’une solution. Il se concentre sur les trois droits fon­da­mentaux et légi­times des Pales­ti­niens. Nous appelons le monde à boy­cotter Israël, et dés­in­vestir d’Israël et des com­pa­gnies qui sou­tiennent Israël jusqu’à ce qu’Israël accepte de se plier au droit inter­na­tional et nous accorde nos droits fondamentaux.

ISRAËL EST UN PROJET COLONIAL

Depuis 1948, Israël a été créé sur la des­truction de la société pales­ti­nienne. Donc ils ont détruit la société pales­ti­nienne et expulsé la plupart des Pales­ti­niens – entre 750.000 et 850.000 Pales­ti­niens ont été expulsés, ont été vic­times d’un net­toyage eth­nique de fin 1947 à 1949, la majorité des Pales­ti­niens a été expulsée pour faire "de la place" aux immi­grants juifs venant d’Europe pour fuir l’Holocauste. C’était un projet colonial dès le début avec l’intention de briser la société pales­ti­nienne, pour empêcher les Pales­ti­niens de se réor­ga­niser en tant que société. Les Pales­ti­niens ont été immé­dia­tement seg­mentés entre les Pales­ti­niens de l’intérieur de ce qui est devenu Israël, les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de Gaza ainsi que les Pales­ti­niens réfugiés. Cette seg­men­tation continue.

Donc Israël très len­tement, mais de façon très per­sis­tante ne se contente pas d’un net­toyage eth­nique des Pales­ti­niens, mais détruit la pos­si­bilité du déve­lop­pement d’une société pales­ti­nienne à l’intérieur de la Palestine historique.

ENTREPRISES PALESTINIENNES DÉTRUITES

Depuis qu’Israël a occupé la Cis­jor­danie et Gaza en 1967, depuis 42 ans et jusqu’à main­tenant, Israël a sys­té­ma­ti­quement et très volon­tai­rement détruit les entre­prises pales­ti­niennes. Israël a détruit la pos­si­bilité d’une économie pales­ti­nienne indé­pen­dante et d’une industrie pales­ti­nienne indé­pen­dante. Nous avons très peu d’industries et la plupart sont très petites. Israël contrôle toutes les fron­tières, contrôle l’importation et l’exportation, donc nous sommes un marché captif pour Israël. Ils veulent vendre leurs pro­duits et la meilleure méthode est de détruire notre capacité à pro­duire nos propres produits.

Les colonies sont illé­gales aux yeux de la loi inter­na­tionale. Selon la 4ème convention de Genève, déplacer des parties de la popu­lation du pays occupant vers le pays occupé constitue un crime de guerre. Mais Israël les construit fon­da­men­ta­lement pour aider au net­toyage eth­nique des Palestiniens.

LE MUR SÉPARE LES PALESTINIENS DE LEURS TERRES

Israël veut les meilleures terres, les meilleures terres agri­coles et les points d’eau, les réserves d’eau pour que les Pales­ti­niens ne puissent pas vivre en Palestine. Ca a tou­jours été la poli­tique israé­lienne. Tous les gou­ver­ne­ments, de gauche, de droite et de centre, ont tous gardé ce principe : faire tout ce qu’il faut pour rendre la vie invi­vable à une majorité des Pales­ti­niens pour qu’ils s’en aillent. Ca a marché jusqu’à un certain point. Beaucoup de Pales­ti­niens sont partis parce qu’ils ne peuvent pas gagner leur vie en Palestine. Quand un fermier ou une fer­mière perd sa terre parce que le mur lui a pris sa terre, ils n’ont plus les moyens de vivre. Ils ne peuvent plus continuer, s’ils ont des enfants, ils ne peuvent plus assurer le bien-​​être de leurs enfants. Et donc souvent ils pensent à partir, à aller ailleurs, où ils peuvent, pour nourrir leurs familles. Donc Israël a fait cela de façon très consis­tante. Le mur a été le dernier cha­pitre dans ce pro­cessus de colo­ni­sation. Ca va très bien avec la construction des colonies, construire le mur pour confisquer les meilleures terres agri­coles et les sources. Beaucoup de gens disent : "C’est un mur de sépa­ration." Eh bien, il sépare les Pales­ti­niens de leurs terres. L’intention n’est pas seulement de séparer les Pales­ti­niens des Israé­liens. C’est une fausse façon de voir les choses. Il sépare les Pales­ti­niens de leurs moyens d’existence : de leurs terres, de leurs centre-​​villes, de leurs hôpitaux, de leurs écoles. C’est ça le but prin­cipal du mur. Rendre la vie invi­vable aux Palestiniens.

NETTOYAGE ETHNIQUE PRÉMÉDITÉ

Depuis qu’Israël a été créé, c’est connu, les his­to­riens ont des docu­ments là-​​dessus, il a été créé sur la Nakba, le net­toyage eth­nique massif et sys­té­ma­tique qui a été pré­médité. Il a été très bien pla­nifié par Ben Gourion et les autres diri­geants israé­liens des années avant le plan de par­tition, donc ce n’était pas une réaction à quoi que ce soit, contrai­rement à ce qu’Israël dit main­tenant. C’était un plan pré­médité pour se débar­rasser de la majorité des Pales­ti­niens. Depuis cette époque, les Israé­liens dans l’ensemble ont nié la Nakba, ils nient le net­toyage eth­nique des Pales­ti­niens qu’ils ont réalisé. Et ce déni n’est pas très dif­férent du déni de l’Holocauste en fait. Sans parler des dif­fé­rences – et il y a d’énormes dif­fé­rences entre l’Holocauste et la Nakba, dont je ne vais pas parler main­tenant, il n’y a pas de com­pa­raison entre les deux injus­tices – mais les juifs israé­liens ont majo­ri­tai­rement nié leur par­ti­ci­pation, leur rôle dans la Nakba, et c’est très proche de la négation de l’Holocauste.

Jusqu’à main­tenant, une grande majorité des partis poli­tiques israé­liens, tous les partis sio­nistes, de gauche, de droite et du centre, ont nié la Nakba. Donc ils le jus­ti­fient parce que leurs super vic­times, les vic­times de l’Holocauste, ont des droits supé­rieurs plus impor­tants que les indi­gènes pales­ti­niens, musulmans, chré­tiens et juifs – les indi­gènes pales­ti­niens incluent des juifs aussi. Ce dis­cours pro­fon­dément raciste, qui considère la popu­lation indigène comme des sous humains, ce n’est pas quelque chose de nouveau que les Israé­liens ont inventé. Les Français en Algérie ont fait la même chose, au Vietnam, et les Bri­tan­niques et les Hol­landais, les Euro­péens ont l’habitude de ce principe colonial qui consiste à consi­dérer les indi­gènes comme des sous humains, si tant est que ce soit des humains.

BOYCOTT DES INSTITUTIONS ISRAÉLIENNES

Les ins­ti­tu­tions israé­liennes, et par­ti­cu­liè­rement les uni­ver­sités, les ins­ti­tu­tions cultu­relles, écono­miques, spor­tives sont toutes com­plices. La com­plicité n’est pas seulement par le silence, ce n’est pas seulement qu’ils ne condamnent pas l’occupation, ce qui est un fait. Aucune uni­versité israé­lienne n’a jamais condamné l’occupation. Aucun syn­dicat d’enseignants israé­liens n’a jamais condamné l’occupation ni appelé à mettre fin à cette occu­pation. Aucun, jamais. Le nombre total des uni­ver­si­taires israé­liens qui a ouver­tement appelé à mettre fin à l’occupation est de quelques cen­taines sur un nombre de 9000. Donc les uni­ver­si­taires israé­liens sont comme tout le monde en Israël, très com­plices dans l’oppression. Malgré cela, le but de notre appel au boycott n’est pas les indi­vidus, il s’adresse aux ins­ti­tu­tions et c’est très important. Un boycott ins­ti­tu­tionnel appelle à boy­cotter les ins­ti­tu­tions à cause de leur complicité.

Les ins­ti­tu­tions cultu­relles et uni­ver­si­taires jouent un rôle extrê­mement important dans la jus­ti­fi­cation de tout le système de l’oppression. L’oppression n’existe pas seulement par l’intermédiaire des tanks et des avions, elle existe par de nom­breux petits ambas­sa­deurs qui sortent du pays et pré­sentent une fausse image et qui jus­ti­fient tous les crimes que les Israé­liens com­mettent. Tout à fait récemment, les mas­sacres israé­liens à Gaza, des crimes de guerre massifs ont été commis par l’armée israé­lienne à Gaza, ce n’est pas seulement l’armée israé­lienne qui est cou­pable de ce mas­sacre et des graves vio­la­tions de la loi inter­na­tionale, c’est tout l’establishment israélien, y compris les ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires, cultu­relles et autres. Pas seulement parce qu’ils n’ont rien dit contre les mas­sacres – bien sûr ils sont restés silen­cieux, il n’y a pas eu de condam­nation – ils les ont com­plè­tement sou­tenus. Ils sont apparus en soutien complet aux mas­sacres en les jus­ti­fiant "pour com­battre la terreur pales­ti­nienne, c’est une riposte" et en donnant toutes les raisons pos­sibles pour que le monde croie que c’était un type d’action qui relevait de l’autodéfense et pas un crime de guerre. Donc ils ont joué un rôle essentiel dans la jus­ti­fi­cation des crimes de guerre. Bien sûr ils doivent être boy­cottés. Le deuxième argument est l’Afrique du Sud.

COMME EN AFRIQUE DU SUD

Des gens qui disent main­tenant que nous ne devrions pas boy­cotter les uni­ver­sités israé­liennes, qu’est-ce qu’ils ont fait dans les années 80 ? Est-​​ce qu’ils n’ont pas eux-​​mêmes boy­cotté les ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires sud-​​africaines ? En fait le boycott sud-​​africain était un boycott total contre toute chose et toute per­sonne d’Afrique du Sud, pas seulement les ins­ti­tu­tions. Le boycott pales­tinien est contre les ins­ti­tu­tions. Les mêmes per­sonnes qui dans les années 80 ont rejoint un boycott total contre tout ce qui était sud-​​africain et l’Apartheid sud-​​africain sont les mêmes per­sonnes qui disent hypo­cri­tement main­tenant que nous ne devrions pas boy­cotter Israël. C’est de l’hypocrisie, c’est deux poids deux mesures et c’est traiter Israël comme une exception.

BOYCOTT SPORTIF, ARTISTIQUE, ACADÉMIQUE

C’est la même chose pour les équipes spor­tives, pour les groupes musicaux, il n’y a pas de dif­fé­rence. Ils sont com­plices de la jus­ti­fi­cation des crimes de guerre israé­liens. Ils vont en Europe et jouent de la musique, jouent des com­pé­ti­tions spor­tives comme si Israël était un Etat comme les autres et pas un Etat colo­ni­sateur, un Etat d’Apartheid. Ils aident à main­tenir cette fausse image d’Israël en tant qu’Etat démo­cra­tique éclairé entouré d’une mer d’Arabes bar­bares. Cette image n’a pas été cultivée seulement par le ministère des affaires étran­gères israé­liens ou par l’armée. Elle a été prin­ci­pa­lement cultivée par les ins­ti­tu­tions cultu­relles, par les ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires et leurs par­ti­ci­pa­tions dans des événe­ments dans le monde entier. Donc bien sûr, les équipes spor­tives doivent être boy­cottées comme les équipes spor­tives sud-​​africaines l’ont été. Donc encore une fois, nous ne sommes pas en train de réin­venter la roue.

L’appel pales­tinien au boycott a com­mencé en 2004-​​2005. Quelques années plus tard, nous avons déjà un soutien important de la part de syn­dicats impor­tants, même en Europe, même au Canada et ça com­mence aux Etats-​​Unis aussi. Ce n’est pas un mou­vement mar­ginal, ça devient de plus en plus popu­laire, soutenu par des gens de poids comme John Burger et des artistes impor­tants dans le monde entier sou­tiennent le boycott, Naomi Klein au Canada etc. C’est un mou­vement qui prend de l’ampleur. En com­pa­raison, l’appel au boycott de l’Afrique du Sud a com­mencé à la fin des années 50 et la société civile inter­na­tionale a com­mencé à réagir dans les années 80. Les actions les plus impor­tantes du boycott se sont déroulées dans les années 80. Il y a eu quelques actions pion­nières du boycott dans les années 70, mais le boycott le plus important a été dans les années 80, ça a pris entre 25 et 30 ans pour que les Sud-​​africains voient une réaction. Nous avons vu une réaction beaucoup plus impor­tante dans les prin­cipaux syn­dicats en 4 à 5 ans. Donc ça marche.

Nous espérons que la société civile partout dans le monde rejoindra la cam­pagne BDS comme la cam­pagne la plus efficace poli­ti­quement et mora­lement et par des moyens à notre portée pour qu’Israël rende des comptes, pour en finir avec l’impunité d’Israël, avec l’oppression d’Israël et pour donner une chance quel­conque à un espoir de paix dans l’avenir.