L’amertume de Mahmoud Abbas

T. Hocine, dimanche 27 avril 2008

« Si le mandat du pré­sident Bush s’achève sans accord, nous nous retrou­verons dans une impasse extrê­mement dif­ficile et nous, les Pales­ti­niens, exa­mi­nerons les mesures que nous pren­drions si cela devait être le cas », a déclaré le pré­sident palestinien.

Cette fois, le pré­sident pales­tinien dévoile l’échec des trac­ta­tions actuelles et il le dit avec beaucoup d’amertume, lui qui continue à croire aux vertus de la négo­ciation, entrant pour cela en oppo­sition avec d’autres forces pales­ti­niennes, en appelant au désar­mement de l’Intifadha.

Mahmoud Abbas n’était pas contre le sou­lè­vement qu’il encou­ra­geait, mais il était contre la mort de Pales­ti­niens, car l’occupant n’avait que cela à faire pour rétablir son ordre. Est-​​ce pour autant la fin de tous les espoirs ? Tirant les conclu­sions de sa récente tournée inter­na­tionale qui s’est conclue par une ren­contre avec le pré­sident amé­ricain, George W. Bush, le pré­sident Mahmoud Abbas pré­férait, hier, la mise en garde contre le risque d’une « impasse extrê­mement dif­ficile » au Proche-​​Orient, si un accord israélo-​​palestinien n’était pas conclu avant la fin du mandat du pré­sident amé­ricain en janvier 2009.

A son tour donc de fixer une échéance et il en a le droit, car le moment venu, lui aussi doit tirer les conclu­sions de la voie qu’il a choisie et pour laquelle, il a été élu au poste de pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne. « Si le mandat du pré­sident Bush s’achève sans accord, nous nous retrou­verons dans une impasse extrê­mement dif­ficile et nous, les Pales­ti­niens, exa­mi­nerons les mesures que nous pren­drions si cela devait être le cas », a déclaré M. Abbas à bord de l’avion le ramenant de Washington qui a fait escale à Glasgow (Ecosse). Il a affirmé que M. Bush, qui l’a reçu jeudi dernier à la Maison-​​Blanche, « réalise par­fai­tement que le temps qui reste est court, mais il garde espoir de pouvoir réa­liser quelque chose ». « La conviction qu’il (M. Bush) affiche est qu’il existe une chance que nous devons saisir », a-​​t-​​il ajouté. M. Abbas a appelé les Etats-​​Unis « à user de leur poids pour faire appliquer la feuille de route et réa­liser la vision (du pré­sident) Bush des deux Etats. »

Il a aussi affirmé que ses dis­cus­sions avec le Pré­sident amé­ricain avaient été « très pro­fondes et très claires et que lui aussi a fait connaître clai­rement ses posi­tions ». « On ne peut nul­lement dire que ces dis­cus­sions furent un échec », a-​​t-​​il assuré. M. Abbas a aussi affirmé qu’un « important écart » sépare les posi­tions pales­ti­niennes de celles d’Israël dans les dis­cus­sions en cours. « Tous les dos­siers en dis­cussion sont dif­fi­ciles. Il existe trois obs­tacles prin­cipaux que nous avons expliqués au pré­sident Bush, à savoir la pour­suite de la colo­ni­sation israé­lienne, le maintien des bar­rages rou­tiers et la question des fron­tières, car nous exi­geons que toute solution soit basée sur les fron­tières de 1967 », a-​​t-​​il expliqué.

M. Abbas n’a tou­tefois pas exclu « de légères modi­fi­ca­tions fron­ta­lières des deux côtés », dans le cadre d’un éventuel accord. « Mais de telles modi­fi­ca­tions doivent être les plus mineures pos­sibles », a-​​t-​​il tou­tefois ajouté. Il a, par ailleurs, répété qu’il ren­con­trerait de nouveau George W. Bush le 17 mai en Egypte, affirmant ne pas savoir si d’autres diri­geants de la région seraient pré­sents à cette ren­contre. « C’est l’Egypte, le pays hôte, qui décide », a-​​t-​​il sou­ligné. M. Abbas a également affirmé avoir évoqué avec les res­pon­sables amé­ri­cains la tenue d’une nou­velle confé­rence de paix à Moscou. « Les Amé­ri­cains exa­minent cette question et se consultent avec les Russes pour en fixer l’ordre du jour et la date », a-​​t-​​il précisé. A cette activité, s’ajoute celle de la secré­taire d’Etat amé­ri­caine, Condo­leezza Rice, qui se rendra du 1er au 5 mai, notamment à Israël et en Cis­jor­danie, pour dis­cuter des efforts de paix au Moyen-​​Orient, a annoncé ven­dredi le dépar­tement d’Etat. A Londres, elle par­ti­cipera à une réunion du Quar­tette pour dis­cuter de l’évolution des négo­cia­tions de paix depuis décembre, a précisé le porte-​​parole du dépar­tement d’Etat, Sean McCormack. Elle assistera aussi à une réunion d’un comité ad hoc chargé de l’aide à apporter aux Pales­ti­niens, afin d’encourager les dona­teurs à concré­tiser leurs enga­ge­ments pris en décembre à Paris, a-​​t-​​il ajouté.

Toute cette activité arrivera-​​t-​​elle à convaincre les Pales­ti­niens que l’espoir est permis ? Dif­ficile de le croire, surtout lorsque l’on sait que le Quar­tette, qui avait lui-​​même élaboré une feuille de route pré­voyant la création d’un Etat pales­tinien, s’est avéré inca­pable de tenir ses enga­ge­ments. L’Etat pales­tinien, selon lui, devait être créé en 2005.