L’activisme diplomatique israélien et les risques de guerre

R. Kissous, mardi 24 juin 2008

Depuis peu on constate un activisme sans précédent des autorités israéliennes .

Des pour­parlers de paix sont engagés avec la Syrie avec la médiation de la Turquie. Pour en confirmer la pro­gression (réelle ou vir­tuelle ?) une ren­contre directe, his­to­rique, est même prévue à Paris entre Olmert et Assad. En dis­cussion, le retrait du Golan. Israël deman­derait notamment en échange une dis­tan­ciation de la Syrie d’avec le Hez­bollah libanais et l’Iran, ce que contestent les auto­rités syriennes. Peut-​​on ima­giner un instant qu’Israël aban­donne le Golan (hypo­thèse, c’est encore très loin d’être fait …) en échange de … rien ?

La der­nière ten­tative des auto­rités liba­naises pour affaiblir le Hez­bollah ayant été un échec, son affai­blis­sement éventuel passe par la « neu­tra­li­sation » de la Syrie. Dans une interview accordée au Chicago Tribune, le vice-​​ministre des Affaires étran­gères syrien, Faissal al-​​Miqdad, a déclaré : « la Syrie a rappelé au Hamas et au Hez­bollah que nous n’étions pas sur la même position que l’Iran. L’Iran croit en la des­truction d’Israël tandis que la Syrie croit aux négo­cia­tions avec Israël ».

Une trêve est conclue avec le Hamas à Gaza alors qu’il y a peu de temps il n’était pas question d’engager la moindre dis­cussion à ce sujet. De plus, si « tout va bien », les dis­cus­sions sur l’échange de pri­son­niers pour­raient avancer rapi­dement et le point de passage à Rafah s’ouvrir davantage, etc.

On peut penser que les auto­rités israé­liennes ont été obligées d’accepter cette trêve, ce qui est un succès du Hamas. Certes, mais pourquoi Israël l’accepte-t-il maintenant ?

Avec le Hez­bollah, les pour­parlers pour des échanges de pri­son­niers pro­gressent aussi. Et, selon Haaretz, les USA ont demandé à Israël de faire preuve de bonne volonté en se retirant des fermes de Sheba, dernier ter­ri­toire libanais encore occupé par Israël.

On pourrait se féli­citer de tous ces progrès. Ne serait-​​ce pas la preuve qu’Israël cherche enfin à s’intégrer dans la région, à pacifier ses rela­tions avec tous ses voisins ? Si c’était vrai il y aurait alors un grand oublié, la Palestine. Or c’est la question cen­trale sans laquelle aucune paix durable n’est pos­sible dans la région. Déjà on pré­vient que la trêve à Gaza risque de ne pas durer. Il n’y a pas de trêve en Cis­jor­danie où les colonies conti­nuent de se développer.

Ce qui n’a nul­lement empêché les ministres des Affaires étran­gères euro­péens de voter à l’unanimité, le 16 juin 2008, la quasi-​​intégration d’Israël dans l’Union européenne.

Selon cer­tains obser­va­teurs, cet acti­visme serait dû à la volonté de Olmert de faire oublier ses impli­ca­tions dans des affaires de cor­ruption. Pour d’autres, Olmert cherche ainsi à mettre au second plan le « pro­cessus de paix » avec les Pales­ti­niens puisque, comme tout le monde s’y attend, il n’aboutira à rien de signi­fi­catif et en tous cas pas à la création d’un Etat pales­tinien conforme au droit international.

Il y a une autre expli­cation qui, bizar­rement, n’est pas mise en relation avec tous ces efforts diplo­ma­tiques : Israël sou­haite « pacifier » ses fron­tières nord et sud pour créer une situation plus propice au lan­cement d’une agression aérienne contre l’Iran et ses ins­tal­la­tions d’enrichissement d’uranium.

Alors qu’Israël est la seule puis­sance nucléaire dans la région, l’establishment israélien ne peut accepter de voir un autre Etat lui dis­puter la supré­matie régionale. L’alliance stra­té­gique de l’Etat israélien avec les USA a pour condition la capacité israé­lienne à demeurer clai­rement la prin­cipale puis­sance mili­taire de cette région de plus en plus stra­té­gique pour ses res­sources énergétiques.

A ces pré­pa­ratifs poli­tiques s’ajoutent des manœuvres impor­tantes de l’aviation israé­lienne en Médi­ter­ranée. Le signal est donné. Alors que Georges Bush, fervent inter­ven­tion­niste, n’est encore là que pour quelques mois, on ne sait pas quelle sera la position de son suc­cesseur. Dans ces condi­tions les auto­rités israé­liennes peuvent être très tentées de mener leur aventure dans les tout pro­chains mois.

S’attaquer mili­tai­rement à l’Iran jettera le monde entier dans une crise politico-​​économique consi­dé­rable avec une riposte ira­nienne et une flambée des cours du pétrole et du gaz qui impli­queront tous les pays. Les consé­quences en seront gravissimes.

Le pire n’est pas toujours sûr. Mais il n’est malheureusement pas exclu.