L’Unesco adopte une résolution édulcorée sur la Palestine

Nouvel Obs avec Reuters, jeudi 22 octobre 2015

Israël s’est félicité mercredi de la pression exercée par les Etats-Unis, qui ont selon l’Etat hébreu permis de tuer dans l’oeuf une modification du statut du mur des Lamentations de Jérusalem dans une résolution adoptée à l’Unesco.

L’adoption de ce texte intervient dans un contexte de vives tensions israélo-palestiniennes alimentées par la question sensible de l’accès aux lieux saints.

Le paragraphe qui aurait modifié le statut du mur des Lamentations, lieu saint juif, en affirmant que la place Buraq, devant laquelle il se situe, faisait partie intégrante de la mosquée Al Aqsa, lieu saint de l’islam, a été retiré du texte dans la nuit de mardi à mercredi, selon des diplomates.

La résolution, proposée par l’Algérie, le Koweït, le Maroc, la Tunisie, les Emirats arabes unis et l’Egypte, a été adoptée par 26 voix pour, 6 contre et 25 abstentions par le conseil exécutif de l’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture réuni mercredi à Paris.

Les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont notamment voté contre, la France s’est abstenue.

L’abandon du paragraphe portant sur le mur des Lamentations est le résultat de "l’immense pression exercée par les Etats-Unis", a estimé le ministre israélien de l’Intérieur, Silvan Shalom, à des journalistes à Paris.

"Nous regrettons que l’ensemble des pays européens ne s’y soient pas opposés", a-t-il ajouté. "La France (...) s’est abstenue, je ne sais pas pourquoi."

"L’Unesco est une organisation très hostile envers Israël, ce n’est pas la première fois qu’ils font ça. Ils peuvent même décider que la terre est plate, ils ont une majorité automatique, tous les votes sont contre Israël".

Signe d’inquiétude

Le texte de la résolution finale n’était pas disponible dans l’immédiat.

Selon des diplomates palestiniens et israéliens, il réaffirme que les deux sites palestiniens du Tombeau des Patriarches à Hébron et de la mosquée à Bethléem font partie intégrante de la Palestine.

Il "regrette" également le refus d’Israël de se conformer à une décision précédente qui l’appelait à retirer les deux sites de la liste du patrimoine national israélien.

L’organisation onusienne condamne par ailleurs les "mesures illégales limitant la liberté de culte et l’accès des musulmans au site sacré" de la mosquée d’Al Aqsa, à Jérusalem.

L’ambassadeur adjoint de la Palestine à l’Unesco, Mounir Anastas, a jugé le vote de mercredi "très important".

"Il fallait que la communauté internationale, l’Unesco, envoie un signe d’inquiétude sur la situation et joue un rôle plus concret", a-t-il dit. "On avait très peu de temps pour faire davantage de tractations, c’est la raison pour laquelle le paragraphe (sur le mur des Lamentations NDLR), a été enlevé."

La question de lieux saints est une source régulière de tensions entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Les rumeurs - démenties par Israël - d’une éventuelle restriction de l’accès à l’esplanade des mosquées à Jérusalem est à l’origine de la récente flambée de violences qui a coûté la vie à une cinquantaine de personnes en quelques semaines.

Dans ce contexte déjà tendu, la perspective d’une modification du statut du mur des Lamentations a suscité ces derniers jours l’indignation des autorités israéliennes et un appel à la prudence de la directrice générale de l’Unesco.

La vieille ville de Jérusalem et ses remparts sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, dont la Palestine est devenue membre à part entière en 2011, une étape considérée comme majeure vers sa reconnaissance en tant qu’Etat.