L’Oréal, pour maquiller l’apartheid israélien

La campagne palestinienne BDS, vendredi 26 décembre 2008

La cam­pagne pales­ti­nienne BDS (Boycott, Dés­in­ves­tis­sement, Sanc­tions) appelle au boycott de l’Oréal

En cette période de fêtes, le Comité National Pales­tinien BDS [1] en appelle aux consciences des citoyens du monde et demande à ceux-​​ci de boy­cotter tous les pro­duits du géant français des cos­mé­tiques L’Oréal [2], en raison de sa pro­fonde et intensive impli­cation dans les rela­tions d’affaires avec Israël. Ceci en dépit de la pour­suite et de l’amplification de la colo­ni­sation, et en dépit des poli­tiques d’apartheid menées à l’encontre du peuple palestinien.

Les « œuvres » de l’Oréal en Israël datent du milieu des années 90, et sont en partie motivées par des consi­dé­ra­tions poli­tiques. Depuis lors, L’Oréal Israël, la filiale du groupe en Israël, exploite une usine située dans la ville israé­lienne de Migdal Ha’emek, en basse Galilée. La colonie de Migdal Ha’emek a été établie en 1952 sur des terres appar­tenant au village pales­tinien, eth­ni­quement nettoyé, de Al Mujaydil. Village dont les habi­tants ori­ginels se voient tou­jours niés le droit au retour dans leurs maisons. Comme presque toutes les colonies juives construites en lieux et places des vil­lages pales­ti­niens de Galilée, dans l’Etat d’Israël, Migdal Ha’emek pra­tique la dis­cri­mi­nation envers les citoyens pales­ti­niens d’Israël, leur déniant le droit d’acheter, louer ou sim­plement vivre dans cette ville, sous le pré­texte qu’ils sont « Non-​​Juifs ».

L’Oréal Israël fabrique une ligne de pro­duits uti­lisant des minéraux de la Mer Morte, bap­tisée « Natural Sea Beauty », qui est exportée vers 22 pays. Il faut noter qu’un tiers des rives occi­den­tales de la Mer Morte se situe en Cis­jor­danie occupée par Israël. Alors que l’ensemble des rivages et des res­sources de la Mer Morte sont sys­té­ma­ti­quement interdits aux Pales­ti­niens par l’occupation mili­taire israé­lienne et les pra­tiques d’apartheid, Israël exploite la Mer Morte pour le tou­risme inter­na­tional, l’extraction minière, et pour soigner son image.

Les acti­vités de l’Oréal en Israël ne se limitent pas, cependant, à L’Oréal Israël. Pendant que les uni­ver­si­taires et étudiants pales­ti­niens, dans les ter­ri­toires occupés et en Israël, sont sys­té­ma­ti­quement empêchés, de par les check­points de l’occupation et bien d’autres mesures répres­sives, de pour­suivre leurs acti­vités et leurs recherches nor­ma­lement, L’Oréal récom­pensa en juillet 2008 d’un prix de 100 000 dollars, pour « l’ensemble de sa car­rière », un scien­ti­fique de l’Israël Weizmann Ins­titute of Science. L’Institut Weizmann, depuis sa fon­dation, a été un centre majeur de recherches secrètes, de déve­lop­pement du nucléaire, des armes chi­miques et bio­lo­giques, au service de l’armée israé­lienne avec laquelle elle entretint des liens très étroits. Il s’agit donc de l’une, parmi beaucoup d’autres, de ces ins­ti­tu­tions aca­dé­miques en Israël qui sont com­plices des vio­la­tions de la loi inter­na­tionale et des droits humains des Pales­ti­niens. Et qui sont visées par l’appel au boycott aca­dé­mique du PACBI (Pales­tinian Cam­paign for the Aca­demic and Cultural Boycott of Israël).

Le pré­sident de L’Oréal Israël est Gad Propper, par ailleurs pré­sident fon­dateur de la Chambre de Com­merce Israël-U.E., également très investi dans la pro­motion du com­merce entre Israël et l’Australie et la Nouvelle-​​Zélande. La France a reconnu le rôle important joué par les acti­vités israé­liennes de L’Oréal dans le déve­lop­pement global du groupe, en honorant au début de ce mois Propper de la dis­tinction civile la plus impor­tante du pays, la Légion d’Honneur. « Cette dis­tinction reconnaît la contri­bution de Propper à la success story » du groupe L’Oréal, ainsi que le rap­porte le Jeru­salem Post.

En 1994, L’Oréal acheta 30 % des parts de la com­pagnie de Propper, Inter­beauty, à partir de laquelle fut créée L’Oréal Israël. Depuis, Israël est devenu le siège com­mercial de L’Oréal pour l’ensemble du Moyen-​​Orient.

Les motivations politiques des investissements de l’Oréal en Israël

En 1995, L’Oréal accepta de payer 1,4 million de dollars au gou­ver­nement état­sunien pour s’acquitter de l’accusation de coopé­ration avec la Ligue Arabe por­teuse d’un appel officiel au boycott d’Israël. Le groupe était accusé d’avoir fourni, dans les années 80, des infor­ma­tions rela­tives aux liens de ses filiales état­su­niennes avec Israël, au désormais inactif Bureau du Boycott de la Ligue Arabe. Le groupe nia que cela ait contrevenu aux lois état­su­niennes conçues afin de pré­venir toute coopé­ration des firmes nord-​​américaines avec l’Appel arabe officiel au boycott d’Israël. Et lança alors une cam­pagne pour apaiser les cri­tiques sio­nistes en chantant sur tous les toits son désir d’investir en Israël.

A la suite de cet arran­gement, l’actuel Pré­sident de L’Oréal, Lindsay Owen-​​Jones, s’excusa des agis­se­ments du groupe, dans une lettre au lobby pro-​​israélien Anti Defa­mation League (ADL), basé aux Etats-​​Unis.

Selon l’ADL, Owen-​​Jones remercia le lobby pro-​​israélien « pour son soutien aux affaires de L’Oréal et à ses acti­vités au service de la com­mu­nauté en Israël », et assura l’ADL que « sa vision du long terme était un encou­ra­gement pour L’Oréal et les autres entre­prises déjà pré­sentes en Israël, pour déve­lopper encore davantage leurs investissements ».

L’une des marques les plus connues de L’Oréal, The Body Shop, s’enorgueillit de cer­taines valeurs : « Nous avons tou­jours défendu la cause des plus fra­giles et des défa­vo­risés, et nous pour­suivons notre cam­pagne pour la défense de la justice sociale et des droits humains. » Cependant, la maison mère, guidée par des moti­va­tions poli­tiques et la recherche du profit, par son impli­cation pro­fonde dans l’apartheid israélien, fait preuve d’un dédain fla­grant envers les droits humains des Pales­ti­niens et dessert les causes de justice et de paix.

On ne doit pas continuer le business as usual avec un Etat qui a non seulement pra­tiqué l’apartheid et le colo­nia­lisme envers les popu­la­tions autoch­tones depuis des décennies, mais qui aussi, aujourd’hui, commet de graves et conti­nuels crimes de guerres décrits comme un « prélude au génocide » par Richard Falk, un éminent pro­fesseur de droit inter­na­tional à Prin­ceton, et rap­porteur spécial de l’ONU pour les droits humains dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés.

Au vu de tout ceci, il apparaît que les inves­tis­se­ments consi­dé­rables de L’Oréal en Israël relèvent, pour le moins, de la com­plicité d’atteintes graves aux droits humains. Cela doit bien cesser un jour.

[1] Le Comité National Pales­tinien BDS com­prend : Council of National and Islamic Forces in Palestine ; General Union of Pales­tinian Workers ; Pales­tinian General Fede­ration of Trade Unions ; Pales­tinian Non-​​​​Governmental Orga­ni­za­tions’ Network (PNGO) ; Fede­ration of Inde­pendent Trade Unions ; Union of Arab Com­munity Based Asso­cia­tions (ITTIJAH) ; Union of Pales­tinian Cha­ri­table Orga­ni­za­tions ; Global Palestine Right of Return Coa­lition ; Occupied Palestine and Golan Heights Advocacy Ini­tiative (OPGAI) ; General Union of Pales­tinian Women ; Pales­tinian Farmers Union (PFU) ; Grass­roots Pales­tinian Anti-​​​​Apartheid Wall Cam­paign (STW) ; Pales­tinian Cam­paign for the Aca­demic and Cultural Boycott of Israel (PACBI) ; National Com­mittee to Com­me­morate the Nakba ; Civic Coa­lition for the Defense of Pales­tinian Rights in Jeru­salem (CCDPRJ) ; Coa­lition for Jeru­salem ; and Pales­tinian Eco­nomic Monitor.

[2] Marques appar­tenant au groupe L’Oréal, tel qu’il est indiqué sur le site du groupe : L’Oréal Israël (dis­tribué en Aus­tralie), L’Oréal Paris, Garnier, May­belline New York, Soft­sheen, Carson, CCB Paris.

Pour de plus amples détails sur les marques dis­tri­buées par le groupe qui, jadis, finançait la Cagoule  –  orga­ni­sation ter­ro­riste d’extrême-droite, fas­ciste et anti­sémite des années 30, on se référera à la page wiki­pédia le concernant : http://​fr​.wiki​pedia​.org/​w​i​k​i​/​Narta