L’ONU ne voit plus d’État palestinien viable

Le Figaro, lundi 4 juin 2007

À l’occasion du 40e anni­ver­saire de la conquête des Ter­ri­toires pales­ti­niens par Israël, l’Office de coor­di­nation de l’ONU pour les affaires huma­ni­taires (Ocha) publie un rapport mettant en doute la pos­si­bilité d’une solution à deux États.

QUA­RANTE ans d’occupation des Ter­ri­toires pales­ti­niens ont-​​ils eu raison de la pers­pective de deux États vivants côte à côte, en paix, au Proche-​​Orient ?

L’ONU juge impos­sible l’émergence d’un État pales­tinien viable en l’état actuel des choses.

Selon un rapport de l’Ocha, l’Agence de coor­di­nation huma­ni­taire des Nations unies, à paraître la semaine pro­chaine, les colonies construites par Israël en Cis­jor­danie, les res­tric­tions de cir­cu­lation imposées aux Pales­ti­niens qu’elles engendrent et la pré­sence de zones mili­taires ont tota­lement morcelé la Cisjordanie.

Pré­sentées d’abord comme un impé­ratif sécu­ri­taire, puis comme une arme de négo­ciation par l’ancien premier ministre Ariel Sharon, les colonies ont en réalité conduit à l’engloutissement de la Cis­jor­danie par Israël. Le rapport de l’Ocha note qu’un accord israélo-​​palestinien pourrait en théorie per­mettre encore de déman­teler des colonies en Cis­jor­danie, comme ce fut le cas dans la bande de Gaza, évacuée par l’armée et les colons en 2005. Mais l’échelle n’est pas du tout la même. « Le nombre de colons en Cis­jor­danie continue de croître au rythme de 5,5 % par an, alors que 450 000 colons y habitent déjà », sou­ligne le rapport.

La crois­sance de la popu­lation israé­lienne dans les Ter­ri­toires est trois fois supé­rieure au déve­lop­pement de la popu­lation au sein de l’État hébreu. L’Ocha rap­pelle que les colonies sont illé­gales au regard du droit international.

Les Ter­ri­toires pales­ti­niens comptent 161 colonies juives et 96 implan­ta­tions sau­vages. Des bar­rages inter­disent l’accès des Pales­ti­niens aux routes qui des­servent les colonies. Celles-​​ci se sont trans­formées en des cor­ridors, réservés aux colons et reliant les implan­ta­tions au ter­ri­toire israélien. « Les Pales­ti­niens sont désormais obligés de se déplacer d’une enclave à l’autre en uti­lisant un réseau de bar­rages mili­taires, de routes et de tunnels qui leur sont réservés », relève le document. Les auto­rités israé­liennes peuvent fermer ces points d’accès à volonté. Cela com­promet la conti­guïté ter­ri­to­riale de l’État pales­tinien, prévue dans la feuille de route, le dernier plan de paix inter­na­tional resté lettre morte.

La feuille de route est caduque

Si l’on addi­tionne les zones mili­taires israé­liennes, les colonies, les réserves natu­relles, les routes et les terres gri­gnotées par la construction de la bar­rière de sépa­ration israé­lienne, il ne reste pas plus de 60 % de la Cis­jor­danie aux Pales­ti­niens, selon les calculs de l’Ocha. De sur­croît, celle-​​ci est mor­celée en neuf poches. « Le déve­lop­pement des colonies et des infra­struc­tures israé­liennes empêche le déve­lop­pement d’une économie pales­ti­nienne jusqu’alors dyna­mique en Cis­jor­danie », écrit l’Ocha.

Et pourtant, les chan­cel­leries occi­den­tales conti­nuent de défendre l’application d’une feuille de route devenue caduque. Israël n’évoque ce document que pour rap­peler les obli­ga­tions sécu­ri­taires pales­ti­niennes qu’il stipule. Un sondage publié récemment en Israël montre que cette année, pour la pre­mière fois depuis les accords d’autonomie conclus à Oslo en 1993, une majorité d’Israéliens ne croit plus au principe de la terre contre la paix, per­mettant la création d’un État pales­tinien viable. « Si la situation actuelle perdure, déplore David Shearer, directeur de l’Ocha dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, toute ten­tative de créer un État pales­tinien aboutira à la nais­sance d’un État croupion voué à l’échec ».

P. S.-.P