L’ONU met en garde contre des dommages économiques « irréparables » à Gaza

L’Orient le Jour, samedi 15 décembre 2007

Après l’OMS et la Banque mon­diale, les Nations unies ont tiré hier la son­nette d’alarme sur la situation écono­mique des ter­ri­toires pales­ti­niens. Le blocus imposé par Israël sur la bande de Gaza, depuis la prise de contrôle du Hamas en juin, risque de porter à l’économie de ce ter­ri­toire pales­tinien des « dom­mages irré­pa­rables », a mis en garde l’ONU, a deux jours de l’ouverture de la confé­rence de Paris.

« L’isolement de la bande de Gaza, qui dure depuis six mois, fait planer sur l’économie locale la menace d’un dommage irré­pa­rable et rend sa popu­lation encore plus tri­bu­taire de l’aide exté­rieure », s’alarme le Bureau de coor­di­nation des affaires huma­ni­taires de l’ONU. « Le bas niveau des stocks ali­men­taires, la hausse des prix, l’augmentation du chômage et la perte des revenus ont des effet dévas­ta­teurs », ajoute le rapport. Selon cet office de l’ONU, « si le bou­clage n’est pas allégé, il faudra encore aug­menter de façon sub­stan­tielle les aides déjà fournies à 80 % de la popu­lation » de la bande de Gaza.

Le rapport fait état de faillites de dizaines de petites sociétés dues prin­ci­pa­lement à l’effondrement du secteur de la construction, des projets d’un montant de 370 mil­lions de dollars ayant été annulés. Le Centre pales­tinien de com­merce (Pal­trade), dont les chiffres servent de réfé­rence à la Banque mon­diale, a indiqué fin octobre que « 95 % des projets de construction (à Gaza) ont été inter­rompus en raison de l’absence de maté­riaux de construction ». Les pertes du secteur indus­triel de Gaza (meubles, vête­ments, nour­riture et pro­duits de construction), dont la pro­duction est aux trois quarts des­tinée à l’exportation vers Israël et la Cis­jor­danie se sont élevées pour le seul mois de sep­tembre à 110 mil­lions de dollars, selon cette source. L’agriculture de la bande de Gaza, autre secteur majeur pour l’emploi, pourrait perdre le produit destiné à l’exportation de toute une saison, soit 13 mil­lions de dollars, tou­jours selon Paltrade.

Ce cri d’alarme inter­vient cinq jours après que l’Organisation mon­diale de la santé (OMS) eut tiré la son­nette d’alarme sur la situation sani­taire dans la bande de Gaza. L’OMS s’est surtout inquiétée des res­tric­tions imposées par Israël sur les four­ni­tures de car­bu­rants qui affectent les hôpitaux ainsi que les limi­ta­tions d’accès aux soins en Israël pour les malades graves. Selon les chiffres de l’OMS, 23 % des demandes de soins en Israël faites en octobre ont été refusées, contre 17 % en sep­tembre et 10 % en juin.

Jeudi, la Banque mon­diale a, pour sa part, indiqué que le succès du plan de déve­lop­pement écono­mique pour les ter­ri­toires pales­ti­niens dépend lar­gement de la levée des limi­ta­tions à la cir­cu­lation imposées par Israël. Ces conclu­sions sont ras­sem­blées dans un rapport qui sera pré­senté lundi aux 90 délé­ga­tions qui par­ti­cipent à une confé­rence inter­na­tionale à Paris des­tinée à appuyer les dif­fi­ciles dis­cus­sions de paix engagées à Anna­polis, en sou­tenant finan­ciè­rement l’émergence d’un État pales­tinien. Le secré­taire général de l’ONU Ban Ki-​​moon, la secré­taire d’État amé­ri­caine Condo­leezza Rice, le ministre russe des Affaires étran­gères Sergueï Lavrov sont attendus pour cette ren­contre autour du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas. Israël doit envoyer sa ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni à cette conférence.

L’Autorité pales­ti­nienne attend quelque 5,6 mil­liards de dollars sur trois ans (20082010) pour financer un plan destiné à sou­tenir son budget et lancer des projets des­tinés à amé­liorer la vie quo­ti­dienne des Pales­ti­niens. Les sommes recueillies devront aller aux Pales­ti­niens de Cis­jor­danie, contrôlée par l’Autorité pales­ti­nienne, mais aussi à ceux de la bande de Gaza, dominée par le Hamas. Des garanties ont été prises pour que les sommes des­tinées à Gaza ne servent pas à financer l’organisation radicale anti-​​israélienne, assure-​​t-​​on côté français comme palestinien.