L’Iran, Israël et le nucléaire

Abdallah Al-​​Achaal, lundi 25 mai 2009

Pourquoi l’Iran et son dossier nucléaire constitueraient-​​ils un danger pour Israël ?

Quand le shah d’iran était étroi­tement allié aux Etats-​​Unis, tout en n’étant pas en même temps ennemi de l’Union sovié­tique, on lui a permis d’entamer un pro­gramme nucléaire. Puis, la Révo­lution isla­mique s’est déclenchée, défiant l’Iran du Shah et ses alliés. Washington en a alors fait son ennemi, malgré tous les mes­sages envoyés par Téhéran, mais le rap­pro­chement n’a jamais eu lieu à cause de la domi­nation israé­lienne sur la prise de décision amé­ri­caine. Et c’est ainsi que le dossier nucléaire de l’Iran a été dévoilé en 2003, et depuis, il figure parmi les prio­rités diplo­ma­tiques mon­diales. Pendant quelque temps, cet intérêt a connu un recul relatif pour devenir aujourd’hui, durant le mandat de Neta­nyahu, son grand pro­blème. Aujourd’hui en Israël, des cen­taines de sites élec­tro­niques parlent du danger iranien. Or, la question est : Pourquoi l’Iran et son dossier nucléaire constitueraient-​​ils un danger pour Israël ?

Il est évident que tous les Etats ont la liberté d’obtenir les sources de forces qu’ils désirent, sauf si elles sont inter­na­tio­na­lement inter­dites. Mais dans le cas de l’Iran, le dossier a pris des dimen­sions graves pour plu­sieurs raisons. Pre­miè­rement, l’Iran est devenu une des parties du conflit arabo-​​israélien, en sou­tenant la résis­tance liba­naise et pales­ti­nienne, ainsi que la Syrie qui constitue le lien entre l’Iran et la résis­tance. C’est ainsi que l’Iran peut entraver les plans d’Israël visant à anéantir la résis­tance ou à conclure des accords de règlement avec les gou­ver­ne­ments dans la région. C’est ainsi que les peuples arabes consi­dèrent l’Iran comme l’axe du bien et les Etats-​​Unis et Israël celui du mal. La seconde raison est que la force de l’Iran est en hausse continue, malgré le blocus qui lui est imposé et les ten­ta­tives de le détruire. C’est ainsi qu’il est devenu un des prin­cipaux joueurs régionaux menaçant le projet sio­niste, contre lequel la résis­tance a lutté avec son soutien. Israël a estimé que sans la résis­tance, l’influence de l’Iran sera moins impor­tante et que sans l’Iran, la résis­tance sera plus faible.

La troi­sième raison est que la pos­session de l’Iran de l’arme nucléaire fait qu’Israël n’est [1] plus l’unique Etat nucléaire dans la région. De plus, l’Iran constitue ainsi un véri­table défi au projet israélien de s’emparer de la Palestine et de dominer la région. Si Israël était un Etat comme les autres, la force de l’Iran n’aurait constitué aucune menace pour lui. Ceci signifie que l’Iran menace le projet sio­niste et non Israël même, et tant qu’il est impos­sible de séparer Israël de son projet, le danger iranien est dirigé d’une cer­taine façon contre Israël avec tout ce qu’il représente.

La qua­trième raison est que l’Iran est un Etat reli­gieux qui lutte contre Israël. De plus, pour l’Iran, Israël est un projet colonial qui devait dis­pa­raître avec la fin du colo­nia­lisme. Sa pré­sence jusqu’aujourd’hui va donc à l’encontre des prin­cipes poli­tiques universels.

C’est ainsi que pour Israël, l’élimination de l’Iran de l’équation de la force tra­di­tion­nelle et nucléaire est devenue une question de vie ou de mort. Cette vision stra­té­gique a été imposée à Washington, qui sait que l’Iran est un obs­tacle qu’il faut à tout prix sup­primer par des moyens poli­tiques. Dans tous les cas, même si l’Iran devient un Etat nucléaire, il ne déclen­chera pas une guerre contre les Etats-​​Unis et Israël. Mais cette situation lui permet de devenir membre du club nucléaire et d’influencer les comptes relatifs à la force. Ceci signifie que l’Etat pos­sédant le nucléaire agit avec force dans les dos­siers nucléaires, se basant sur la force nucléaire comme réfé­rence défi­nitive. Ceci s’applique également aux poli­tiques ira­niennes dans la région du Golfe arabe et avec tous les Etats arabes.

Or, le fait qu’il soit un Etat nucléaire n’importe pas beaucoup à Washington, mais ce sont son rôle joué en Iraq et les menaces qu’il constitue pour les sources de pétrole dans la région du Golfe, et ce en plus de son rôle en Afgha­nistan. Du fait, il constitue une menace directe aux intérêts amé­ri­cains, dans les cir­cons­tances actuelles et avec le recul de la force amé­ri­caine. C’est ce point là qui inquiète le plus Israël qui tente à tout prix de gagner du temps, estimant qu’il sera impos­sible de toucher à l’Iran s’il possède l’arme nucléaire.

Cette analyse nous mène à 3 déduc­tions. La pre­mière est qu’il y a une grande dis­tance entre les 2 posi­tions amé­ri­caine et israé­lienne en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien. En effet, Washington veut s’engager dans un dia­logue avec Téhéran pour réa­liser cer­tains objectifs, dont l’interruption du projet nucléaire. Quant à Israël, il veut détruire l’Iran et son projet, et imposer le projet sio­niste sans aucun par­te­nariat ni conces­sions. C’est de là que nous arrivons à la deuxième déduction : c’est dans l’objectif de réa­liser son projet qu’Israël insiste sur l’idée du danger iranien, pré­tendant qu’il est le plus capable de s’engager dans un affron­tement mili­taire avec Téhéran, mais avec le soutien et la béné­diction de Washington.

La troi­sième déduction est que Téhéran est tout à fait conscient de ces réa­lités. C’est pour cela qu’il tente de trans­former ces cartes en gains poli­tiques par le biais du dia­logue. Plus les inquié­tudes israé­liennes aug­mentent, plus Téhéran tente d’élever le plafond de ces posi­tions et de gérer ces inquié­tudes de façon logique avec Washington. Or, il faut se rap­peler que le danger iranien est réel, mais contre Israël seulement à cause de l’occupation. Il s’agit donc d’un conflit entre deux projets.

Enfin, il faut dire que l’exagération israé­lienne concernant le danger iranien atteint de nom­breux objectifs comme : éloigner l’attention du monde entier des crimes israé­liens, mono­po­liser le peuple hébreu et toutes les com­mu­nautés juives, les mettant en garde contre un second holo­causte, comme le dit Pérès. De plus, Israël veut continuer à occuper l’attention inter­na­tionale, à jus­tifier ces crimes et à nuire à l’Iran, tant qu’il n’acceptera pas les règles du jeu imposées par Tel-​​Aviv.

Il se peut que le lien fait par les Amé­ri­cains et les Israé­liens entre le pro­blème pales­tinien et le dossier nucléaire soit un indice les incitant à faire pression sur l’Iran, à contribuer à son iso­lement. Or, cette méthode implique une mani­pu­lation immorale des sen­ti­ments des Arabes qui aspirent à la paix en Palestine. Washington veut donc les pousser à s’engager dans le combat israélo-​​iranien. Les Arabes doivent donc insister pour avoir une position indé­pen­dante, pro­té­geant leurs intérêts.

[1] l’Iran à ce jour n’est pas doté de l’arme nucléaire. Le condi­tionnel s’impose donc ici