L’Etat hébreu* a créé une télé­vision sur YouTube et une task force pour nourrir les blogs

Serge Dumont, samedi 9 janvier 2010

Lan­cement d’une chaîne de télé­vision dif­fusée sur YouTube et entiè­rement consacrée à Israë, l’un des piliers de la nou­velle poli­tique israé­lienne visant à investir les nou­veaux médias afin de redorer l’image de ce pays ternie par la pour­suite de l’occupation d’une partie de la Cis­jor­danie ainsi que par le blocus de la bande de Gaza.

« Un évé­nement extra­or­di­naire ». L’entourage du pré­sident israélien Shimon Peres ne man­quait pas de mots pour qua­lifier le lan­cement, il y a un mois, d’une chaîne de télé­vision dif­fusée sur YouTube et entiè­rement consacrée à Israël. Certes, malgré la pré­sence du pré­sident exé­cutif de YouTube Chad Harley, l’événement n’a pas recueilli beaucoup d’écho à l’étranger. Pourtant, il est l’un des piliers de la nou­velle poli­tique israé­lienne visant à investir les nou­veaux médias afin de redorer l’image de ce pays ternie par la pour­suite de l’occupation d’une partie de la Cis­jor­danie ainsi que par le blocus de la bande de Gaza.

En effet, peu après la fin de l’opération « Plomb durci » (l’invasion de la bande de Gaza en janvier dernier), Tzipi Livni, alors ministre des Affaires étran­gères dans le gou­ver­nement d’Ehoud Olmert, a rapi­dement pris conscience de l’ampleur de la vague de pro­tes­ta­tions sou­levée par la des­truction massive des infra­struc­tures civiles pales­ti­niennes. Elle a alors autorisé son dépar­tement à recruter des jeunes fans d’informatique pra­ti­quant par­fai­tement une ou plu­sieurs langues étran­gères afin de répondre aux cri­tiques qui fusaient dans les blogs ainsi que dans le courrie r élec­tro­nique des grands journaux euro­péens et amé­ri­cains. Système d’alarme automatique

Au départ, cette task force était prin­ci­pa­lement com­posée d’étudiants, de soldats démo­bi­lisés et de volon­taires dis­po­nibles à toute heure du jour et de la nuit pour la « Cause ». Mais lorsque Avigdor Lie­berman a succédé à Livni, les crédits alloués pour cette opé­ration (140 000 euros) ont été aug­mentés et des pro­fes­sionnels de la com­mu­ni­cation recrutés.

Ceux-​​ci n’opèrent évi­demment plus au hasard. Ils dis­posent d’un système d’alerte qui les avertit auto­ma­ti­quement chaque fois qu’un article ou qu’un message anti-​​israélien est diffusé. Lorsqu’elle ne riposte pas en inondant le site repéré de mes­sages indignés, la « task force » inter­vient en posant des ques­tions faus­sement inno­centes ou en envoyant des textes argumentés.

Durant l’opération « Plomb durci », Tsahal (l’armée israé­lienne) avait éga­lement ouvert un canal sur YouTube afin de dif­fuser des séquences de bom­bar­dement de « cibles ter­ro­ristes ». Selon son porte-​​parole, plus de 8,5 mil­lions d’internautes auraient visionné au moins une vidéo. Encou­ragée par ce qu’elle considère comme « un grand succès », l’armée a décidé de pro­longer l’expérience en créant une unité spé­ciale de « hasbara » (le terme hébraïque pour « expli­cation ») chargée d’opérer sur « YouTube », où elle anime un blog spécial, ainsi que sur Facebook et sur Twitter.

En tête de la liste de ses inter­ven­tions figurent le Hamas, le ter­ro­risme isla­mique, ainsi que le rapport d’enquête de la com­mission Gold­stone sur la guerre à Gaza. Mais c’es t éga­lement par le biais de Twitter – et non plus grâce à un com­mu­niqué de presse clas­sique – que l’état-major a, le 4 novembre, annoncé l’arraisonnement au large de Chypre d’un cargo trans­portant des armes ira­niennes à des­ti­nation du Hezbollah.