L’Autorité pales­ti­nienne Abbas-​​Fayad : un coup d’Etat pour la stra­tégie néoconservatrice ?

Michel Warshawski, dimanche 19 août 2007

La stra­tégie néo­con­ser­va­trice qui a pour objectif d’imposer l’hégémonie US sur l’ensemble du monde s’étend sur plu­sieurs phases.

La pre­mière est de tenter et d’imposer un gou­ver­nement dévoué aux intérêts de Washington, à travers une com­bi­naison de pres­sions écono­miques, diplo­ma­tiques et mili­taires. Ces guerres et cam­pagnes sont conduites sous la ban­nière de la « démo­cra­ti­sation » mais, rapi­dement, ces pré­ten­tions démo­cra­tiques sont rem­placées par de purs coups d’Etats qui n’essaient pas de cacher leur unique objectif : imposer un gou­ver­nement fidèle aux Etats-​​Unis d’Amérique.

Dans la plupart des cas, cette phase se termine par un échec fla­grant, et les USA passent à la seconde : désta­bi­li­sation sauvage, poli­tique de chaos et même déman­tè­lement de l’Etat, comme nous le voyons en Afgha­nistan et en Iraq, et d’une manière moins radicale, également au Liban, après le fiasco de l’attaque israé­lienne il y a exac­tement un an.

En raison d’un rapport des forces favo­rable à Washington, le mou­vement national pales­tinien est à l’évidence le labo­ra­toire de cette stra­tégie USA/​Israël, et il est par consé­quent néces­saire d’analyser la chro­no­logie de l’offensive néo­con­ser­va­trice dans cette arène.

Cette offensive était déjà pla­nifiée vers la fin des années 1980 par un groupe de réflexion com­prenant un nombre rela­ti­vement res­treint de néocons israé­liens et US qui opé­raient en totale sym­biose, sous la direction de Ben­jamin Neta­nyahu et de ses proches conseillers amé­ri­cains. L’objectif de cette stra­tégie était de reprendre les réa­li­sa­tions (limitées) du mou­vement national pales­tinien, tant au niveau de la recon­nais­sance que de l’autonomie poli­tique. La stra­tégie de « recon­quête » a été lancée quand le pro­cessus de déco­lo­ni­sation - dans les ter­ri­toires occupés pales­ti­niens - sem­blait être à son maximum. Cependant, en réalité, le pro­cessus d’Oslo qui incarnait cette très par­tielle déco­lo­ni­sation a été mis en œuvre au même moment où le monde passait de la longue vague de déco­lo­ni­sation (19451990) à une autre période de re-​​colonisation. Le pro­cessus d’Oslo était le tout dernier moment de l’ère de déco­lo­ni­sation, mais sa fai­blesse struc­tu­relle et son échec rapide montrent bien qu’il était déjà trop tard : la « recon­quête globale » était déjà sur les rails.

Après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, Neta­nyahu (Premier ministre israélien de 1996 à 1998) a lancé une cam­pagne inter­na­tionale pour délé­gi­timer le mou­vement national pales­tinien et son diri­geant, Yasser Arafat, (la « cam­pagne du ter­ro­risme »), puis Ehud Barak (Premier ministre en 1999 et 2000) a saboté le pro­cessus poli­tique négocié puis engagé la recon­quête mili­taire, laquelle sera menée à son terme de la plus vio­lente et san­glante façon par Ariel Sharon (Premier ministre de 2000 à 2004).

C’est seulement après avoir réussi dans la des­truction du mou­vement national pales­tinien et de ses ins­ti­tu­tions dans les ter­ri­toires occupés pales­ti­niens que la direction israé­lienne a essayé d’imposer une direction pales­ti­nienne qui serait dévouée à ses intérêts et à ses plans, avec Mahmud Abbas (Abu Mazen) à sa tête. Les liens his­to­riques forts d’Abu Mazen avec le mou­vement national pales­tinien (il a été l’un des fon­da­teurs du Fatah) et sa per­son­nalité faible fai­saient qu’il était peu sûr comme réel col­la­bo­rateur, malgré sa ten­dance à faire d’énormes com­promis (qui souvent ont frisé la pure col­la­bo­ration). De fait, au début il a refusé de suivre les conseils (les ordres) israélo-​​américains pour pro­voquer une guerre civile, et il a essayé de trouver un com­promis entre affaiblir la capacité de résis­tance des Pales­ti­niens et main­tenir l’intégrité de la société pales­ti­nienne et du mou­vement national.

En raison des hési­ta­tions d’Abu Mazen, Washington a décidé alors de passer à la phase 2, et de jouer la carte du coup d’Etat par le biais de son homme de main à la direction pales­ti­nienne, l’ancien chef de la Sécurité pré­ventive à Gaza, Mohammad Dahlan. La ten­tative de coup d’Etat par Dahlan a été, cependant, un total fiasco : en moins de 6 jours, il a été défait par les milices du Hamas, qui étaient sou­tenues par la grande majorité de la popu­lation de la bande de Gaza. Dahlan et ses bandes ont été obligés de fuir de la bande de Gaza qui s’est trouvée immé­dia­tement punie par un état de siège ren­forcé, qui menace ainsi toute une popu­lation de famine.

L’échec de Dahlan a contraint Washington à faire plus de pres­sions sur Abbas, lequel a main­tenant acquiescé pour col­la­borer aux repré­sailles contre les habi­tants de Gaza et à la répression contre les mili­tants et les ins­ti­tu­tions du Hamas en Cis­jor­danie. Mahmoud Abbas est en train de perdre ce qui lui restait de légi­timité, en acceptant d’instaurer un gou­ver­nement d’urgence contre le gou­ver­nement d’union nationale démo­cra­ti­quement élu par le par­lement pales­tinien, en acceptant les armes et l’argent de Washington pour com­battre le mou­vement poli­tique le plus important à Gaza comme en Cis­jor­danie, en jouant le jeu des Israé­liens d’une libé­ration sélective des pri­son­niers poli­tiques, mais par-​​dessus tout, en coopérant avec le plan de sépa­ration entre un « Hamastan » à Gaza et un « Fatahstan » présumé en Cisjordanie.

Il pourrait y laisser sa vie aussi : la popu­lation pales­ti­nienne garde un sen­timent patrio­tique fort et n’aime cer­tai­nement pas les col­la­bo­ra­teurs. Actuel­lement, Abu Mazen est perçu par beaucoup comme tel.