L’AFPS soutient de longue date la campagne BDS, qui reste à amplifier…

Jean Claude Lefort, mardi 13 octobre 2009

La cam­pagne « Boycott Dés­in­ves­tis­sement Sanc­tions » (BDS) contre la poli­tique israé­lienne connaît un nouvel essor en France et bien au-​​delà.

De quoi s’agit-il ? De faire en sorte que citoyens, asso­cia­tions et élus forment une chaîne soli­daire pour qu’il soit mis enfin un terme à l’impunité insup­por­table dont béné­ficie l’Etat d’Israël. Contre vents et marées, cet Etat continue de manière inlas­sable autant que sys­té­ma­tique à violer le droit inter­na­tional en pour­suivant sa poli­tique d’occupation, d’annexion et de colo­ni­sation sans limite des ter­ri­toires pales­ti­niens. Cette poli­tique ruine tout espoir de paix dans cette région du monde par­ti­cu­liè­rement instable.

Cette impunité est la cause prin­cipale du pro­lon­gement du conflit israélo-​​palestinien qui dure depuis plus de qua­rante ans sans que le droit inter­na­tional - défini par l’ONU dans sa Charte et sans lequel il n’y aurait que loi de la jungle - ne soit activé pour y mettre fin. Elle en constitue une vio­lation grave. Cela pousse à une fuite en avant des poli­tiques israé­liennes, on le voit aujourd’hui, vers des posi­tions et des actions de plus en plus extrêmes.

De deux choses l’une : ou on veut la paix sur la base du droit connu et reconnu dans les réso­lu­tions des Nations unies ou bien on cherche par toutes sortes de sub­ter­fuges à en repousser l’avènement.

Un exemple récent confirme ce propos. Le rapport du juge Gold­stone, au nom de l’ONU, sur l’offensive contre Gaza constitue à une mise en cause sévère de l’attitude des diri­geants israé­liens durant l’opération « Plomb durci », menée en fin d’année der­nière. Or voilà que les recom­man­da­tions qu’il pré­conise sont reportées, pour examen, à dans plu­sieurs mois. Pis : Israël exerce un véri­table chantage sur l’Autorité pales­ti­nienne pour que celle-​​ci renonce à mettre le rapport Gold­stone à l’ordre du jour. Il y est pourtant question de crimes de guerre. Par quelques basses manœuvres diplo­ma­tiques, lamen­ta­blement acceptées par l’Autorité, la question de la péna­li­sation de ces actes est reportée. Le crédit de l’ONU en sort de nouveau atteint, et les par­tisans de la guerre revigorés.

Peut-​​on laisser les choses se pour­suivent de la sorte ? Il en va des droits de tout un peuple et, au-​​delà, d’une conception des rela­tions inter­na­tio­nales qui ne peut avoir le moindre agrément de qui­conque est res­pon­sable. Un pays, quelque qu’il soit, ne peut pas faire ce que bon semble en vio­lation constante de la justice et du droit.

C’est l’objectif de la cam­pagne BDS dans laquelle l’AFPS a pris et prend toute sa place : ce que les Etats ne veulent pas faire, il convient que les peuples les y contraignent. Ils ont le doit pour eux, à l’inverse des diri­geants qui le violent.

Prenons deux exemples :

1. Tout d’abord, la construction du tramway à Jéru­salem – qui relie Jérusalem-​​Ouest aux colonies juives de Jérusalem-​​Est - et qui constitue une vio­lation patente et grave aux Conven­tions de Genève. Deux grandes entre­prises fran­çaises en sont partie pre­nante : Alstom et Veolia. L’AFPS a entrepris un procès contre ces firmes, car le droit inter­na­tional sur­plombe le droit des affaires. L’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) s’est jointe à cette pro­cédure. Ce procès qui a été engagé en février 2007 se poursuit non sans une défense farouche des entre­prises concernées. Paral­lè­lement, nous avons informé et mobilisé l’opinion. Tant et si bien que Veolia s’apprête à se retirer du tramway, sinon s’est déjà retiré…

2. Second exemple : les pro­duits des colonies. L’Accord d’association entre l’Union euro­péenne et Israël, entré en vigueur en 2000, prévoit expres­sément en maints articles que les pro­duits israé­liens intro­duits en Europe, libres de droit de douane, ne peuvent en aucun cas pro­venir des colonies, ins­tallées illé­ga­lement sur des terres pales­ti­niennes volées et annexées. Il ne s’agit en aucun cas de ter­ri­toires israé­liens. Pourtant à flot continu, et sans que rien ne se passe du côté des auto­rités pourtant garantes du respect des accords, des fruits, des légumes, des fleurs et autres denrées pénètrent le marché européen. C’est du vol pur et simple en même temps qu’une recon­nais­sance de facto de la colo­ni­sation dont on demande par ailleurs l’arrêt. Est-​​il accep­table d’encourager pareille poli­tique qui s’apparente à un viol, qui tue dans l’œuf tout espoir de paix et qui spolie les Pales­ti­niens ? Les gou­ver­nants euro­péens se refusant à faire res­pecter le droit, il est légitime que les peuples s’en mêlent et disent : « Stop ! ». Il est donc légitime d’appeler à boy­cotter les pro­duits soi disant « made in Israël » dont on ne peut vérifier la pro­ve­nance, mais qui sont en réalité pour beaucoup « made in Palestine ». De même il est conforme au droit et à la paix de refuser, dans le même esprit, que l’énorme société israé­lienne Agrexco, impor­ta­trice de ces pro­duits pales­ti­niens sous label israélien, s’installe à Sète ni nulle part ailleurs en France et en Europe.

Ou bien encore, comme récemment, de nous opposer à la pré­sence, aux « Fêtes des Ven­danges » orga­nisées par la Ville de Paris, de la société « Soda Club » ins­tallée dans la plus grande colonie israé­lienne. Notre action mul­ti­forme et ras­sem­bleuse a permis que la Ville renonce à cette pré­sence ! Ce n’est pas rien, comme n’est pas rien d’avoir obtenu de la société « Nou­velles Fron­tières » qu’elle modifie son cata­logue qui, dans des séjours étiquetés « Israël », propose les visites de Bethléem, de Jérusalem-​​Est, de la Vallée du Jourdain colo­nisée, etc. tout en ignorant la Palestine.

La cam­pagne BDS n’est donc « rien d’autre » que le droit mis en action par l’action citoyenne. Elle est concrète et acces­sible à tous, à condition de bien expliquer les choses - en par­ti­culier que ce n’est pas Israël et son peuple en tant que tels qui sont en cause, mais les poli­tiques israé­liennes. Elle vise à inter­peller aussi les élus et les pou­voirs publics afin que les uns et les autres agissent enfin et qu’un terme soit mis à l’impunité dont béné­ficie cet Etat, seul au monde à être en ce cas. Sans être « la » solution unique au pro­blème israélo-​​palestinien, la cam­pagne BDS en constitue un aspect majeur. Et désormais incon­tour­nable. Elle doit trouver un débouché poli­tique aussi. Car ceux qui gou­vernent nous mentent. A cause d’eux, tou­jours pas de paix au Proche-​​Orient et tou­jours plus de sang et de larmes.

La cam­pagne BDS, à laquelle souscrit un grand nombre d’associations et d’organisations natio­nales, n’est la pro­priété de per­sonne. Elle vise à ras­sembler. Elle est donc à la dis­po­sition de tous celles et ceux qui se demandent comment agir pour la paix. Car nous avons besoin du plus grand nombre pour gagner. C’est une « offre d’action » concrète face à l’inertie constatée des « puis­sants ». A tous de s’en saisir en faisant valoir l’efficacité et donc l’esprit de ras­sem­blement : c’est une condition absolue de son succès.

Jean-​​Claude Lefort

Président de l’AFPS

Le 10 octobre 2009