Judaïsation forcée de Jérusalem

Salima et Jacqueline - Femmes en noir de Caen, jeudi 4 septembre 2008

Tra­duction d’un tract du comité des habi­tants du quartier de Cheikh Jarrah, à Jéru­salem, en lutte pour faire valoir leurs droits.

La cour suprême israé­lienne a statué le 16÷7÷2008 pour expulser la famille Al Kurd de sa maison de Jéru­salem dans le quartier Sheikh Jarrah. La famille est com­posée du père Mohammad Al Kurd âgé et à moitié paralysé, qui souffre en plus de diabète et de pro­blèmes car­diaques, de la mère Fawzia et de leurs cinq enfants.

La maison de la famille Al Kurd fait partie d’un ensemble de 28 maisons que le gou­ver­nement jor­danien a construites, avec l’aide de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient (UNRWA), pour des familles réfu­giées chassées de leurs maisons en 1948. Ces maisons ont été données et en contre partie les familles devaient renoncer à l’aide ali­men­taire de l’UNRWA. Le gou­ver­nement jor­danien s’était engagé à trans­férer la pro­priété des maisons aux 28 familles après trois années comme indiqué dans l’article 11 de l’accord signé par les familles et le ministère de l’équipement et de l’urbanisme jordanien.

Peu de temps après la guerre des six jours, deux asso­cia­tions, celle des juifs orientaux et celle de la Knesset israé­lienne ont réussi à ins­crire dans le cadastre, à leurs noms, les terres sur les­quelles sont construites les 28 maisons arabes. Une telle ins­cription a été faite en 1972 sans véri­fi­cation aucune de l’authenticité des papiers fournis par les deux associations.

Les deux asso­cia­tions ont alors entamé les pro­cé­dures en 1982 pour récu­pérer les terres. Les familles arabes ont désigné l’avocat Tosya Cohen pour les défendre. L’avocat, sans concer­tation avec les familles, a passé un accord avec les deux asso­cia­tions de colons juifs leur recon­naissant la pro­priété de la terre contre l’attribution aux pro­prié­taires du statut de rési­dants loca­taires pro­tégés comme le stipule la loi. Les familles ont refusé d’accepter cet accord, ont renvoyé l’avocat et refusé de payer le loyer. Suite à ce refus de payer le loyer aux nou­veaux colons, de nom­breuses familles ont reçu l’ordre d’évacuer leurs maisons et parmi elles la famille Al Kurd. Après plu­sieurs procès qui ont duré jusqu’à fin 2006, il a été montré que les asso­cia­tions n’avaient pas droit aux terres en question , sur les­quelles étaient construites les maisons. Le nouvel avocat des familles, Houssni Abu Hussen a déposé deux recours à la direction du dépar­tement du cadastre afin de révoquer l’enregistrement fait en 1972 et de statuer sur les pro­prié­taires réels des terres. Le dépar­tement du cadastre a accepté la pre­mière requête : il a annulé l’enregistrement des terres fait en 1972 qui donnait droit aux asso­cia­tions juives mais a refusé la deuxième requête, pour de raisons poli­tiques. Malgré la décision du cadastre qui a annulé l’enregistrement des terres en faveur des colons, le tri­bunal n’a pas voulu en tenir compte. Les familles se sont alors adressées à la cour suprême. La décision de chasser la famille Al Kurd de sa maison a été basée sur l’accord signé par l’avocat Tosya Cohen et les colons en 1982. La cours israé­lienne a déli­bé­rément négligé les preuves évidentes qui dis­cré­ditent cet accord.

Il est à noter que les deux asso­cia­tions de colons juifs ont promis de trans­férer la pro­priété des terres à une entre­prise de construction appelée Nahlat Shemoun sub­ven­tionnée par des colons juifs qui ont la double natio­nalité amé­ri­caine et israé­lienne. Ils ont déposé un permis de construire à la muni­ci­palité de Jéru­salem qui consiste en la démo­lition des 28 maisons arabes et la construction de 200 unités pour les nou­veaux juifs immi­grants incluant un centre com­mercial. Les 28 familles pales­ti­niennes attendent la sus­pension de l’arrêté d’expulsion et demandent au service du cadastre de res­tituer la terre à ses pro­prié­taires. En 2001 des colons ont occupé une partie de la maison Al Kurd par la force et en col­la­bo­ration avec la police israé­lienne alors que la maison Al Kurd était fermée par décision du tri­bunal pour 4 ans.

Le 25÷2÷2007 il y a eu un arrêté de la cour pour vider la maison de ces colons. A ce jour cet arrêté n’a tou­jours pas été exécuté. Le comité des habi­tants de Cheikh Jarrah, constitué de repré­sen­tants des 28 familles menacées d’expulsion, pour contrer les démarches de colo­ni­sation israé­lienne et pour défendre le droit des familles à leur maisons :
- considère le droit israélien comme un outil docile entre les mains du gou­ver­nement israélien et donc nul juri­di­quement car il basé sur une poli­tique de deux poids et deux mesures et qui est utilisé pour servir les intérêts des colons israé­liens en toute illé­galité et au détriment des droits pales­ti­niens.
- s’indigne contre la décision injuste de la cours suprême israé­lienne qui ordonne l’expulsion de la famille Al Kurd, ce qui peut être un pré­cédent grave pour dépos­séder 27 autres familles de leurs maisons à Cheikh Jarrah.
- met en garde sur le fait que expulser les gens fait partie d’un projet de construction d’une nou­velle colonie constituée de 200 unités.
- demande aux parties impli­quées dans l’accord du projet de construction du quartier Cheikh Jarrah (le gou­ver­nement jor­danien et l’UNRWA) de prendre leurs res­pon­sa­bi­lités his­to­riques pour pro­téger les habi­tants, de faire pression sur le gou­ver­nement israélien pour laisser les gens dans leurs maisons et pour arrêter la décision d’expulsion de la famille Al Kurd.
- Considère qu’il y a urgence à ce que la com­mu­nauté inter­na­tionale, les ins­ti­tu­tions des droits de l’homme, l’ONU et Mr Tonny Blair coor­di­nateur du quartet, fassent pression sur le gou­ver­nement israélien pour qu’il stoppe ses plans de démo­li­tions, de colo­ni­sation et d’expulsion des pales­ti­niens. Nous insistons sur notre droit à nos maisons et notre droit de vivre à Jéru­salem et nous déclarons notre refus total de la décision de ce qu’on appelle le tri­bunal suprême de justice et appelons les forces natio­nales et les popu­la­tions de Jéru­salem en général à se dresser contre l’exécution de la décision injuste de la cour.

Pour plus d’informations :

S’adresser à madame Amal Alqasem

Tel : 00 – 972-​​ 543079715 Email : amalalqasem@hotmail.com

Comité des familles de Cheikh Jarrah


Jérusalem le 21÷7÷2008 Visite de la maison le 10÷8÷2008

Nous montons, sur une petite colline.. un poste de garde, un peu perché, au niveau de la route, à l’intérieur, un policier armé, un autre assis à côté. Nous des­cendons un peu, empruntons des pas­sages, nous sortons de la cours d’une maison occupée par de pales­ti­niens, passons devant une maison sur laquelle trône un drapeau pales­tinien, ren­trons dans une cours… Quelques inter­na­tionaux : français, amé­ri­cains et por­to­ri­cains sont là à dis­cuter, et à manger quelques fruits. Sur les murs, des slogans :… des photos de journaux… La mère Fawzia Al Kurd vient à notre ren­contre… Nous nous pré­sentons…
- fer­meture de la maison en 2001
- Mari malade à l’hôpital
- Colons envahi la maison avec l’aide de la police
- Chaque année une nou­velle famille de colons
- La famille de colons a déposé un pis­tolet (de 10h 30mn à 3h du matin) pour que la famille Al Kurd y touche et que les poli­ciers y trouvent ses empreintes et l’emprisonnent et démo­lissent sa maison. La mère Fawzia a alors interdit à ses enfants de venir à la maison
- La maison annexe occupée par les colons a été laissée ouverte pendant trois jours pour que la famille Al Kurd y rentre et qu’elle soit donc en infraction. Au bout des trois jours Mme Fawzia est allée chercher le gardien pour qu’il ferme la maison. Elle lui a dit « vous avez com­mencé par le pis­tolet et vous continuez avec le vol ? »
- La construction de l’annexe leur a demandée un demie mil­lions de shekels soit ( …. d’euros). Les colons avaient consommé pour 28000 shekels d’électricité et c’est la famille Al Kurd qui a du payer la facture.
- Le fils Al Kurd a vendu sa maison à Beit Hanina (à Jéru­salem) pour payer les fac­tures et les dettes de la maison.
- La femme colon, pour tor­turer psy­chi­quement la famille a mis une photo d’un enfant pales­tinien sur le mur et a mis des cibles avec des cou­leurs rouge vert et bleu (sur les yeux, le coeur, la tête) et a demandé à son fils de tirer sur ces cibles et chaque fois qu’il en attei­gnait une, il avait une récom­pense.
- La maison Al Kurd a été cam­briolée alors que le mari était hospitalisé.