Judaïsation des lieux saints de l’Islam : Colère palestinienne

el Watan, samedi 27 février 2010

La Palestine a appelé, jeudi, à la tenue d’une réunion urgente des ministres arabes des wafqs et des affaires reli­gieuses en vue d’examiner la situation à El Qods, El Khalil et à Beït Lehem (Jéru­salem, Hébron et Bethléem)

Comme pour mieux marquer la colère et aussi la résis­tance pales­ti­nienne, le Premier ministre pales­tinien, Salam Fayyad, a accompli hier la prière heb­do­ma­daire à la mosquée du pro­phète Ibrahim à El Khalil (Cis­jor­danie) qu’Israël a décidé d’inclure à son pré­tendu « patri­moine archéo­lo­gique ». M. Fayyad a par­ticipé à la prière du ven­dredi à El Khalil pour pro­tester contre la décision du gou­ver­nement israélien d’inclure les mos­quées du pro­phète Ibrahim El Khalil et de Bilel Ben Rabeh au pré­tendu « patri­moine archéo­lo­gique d’Israël », dans une ten­tative de judaïser les lieux saints musulmans. Des affron­te­ments ont éclaté, jeudi, entre les forces d’occupation israé­liennes et des Pales­ti­niens qui mani­fes­taient à El Khalil contre cette décision [1].

La Palestine a appelé, jeudi, à la tenue d’une réunion urgente des ministres arabes des wafqs et des affaires reli­gieuses en vue d’examiner la situation à El Qods, El Khalil et à Beït Lehem et prendre les mesures qui s’imposent pour pro­téger les sym­boles reli­gieux. Les Pales­ti­niens affirment que ces vio­la­tions contre les sym­boles reli­gieux à El Qods témoignent du rejet, par Israël, des négo­cia­tions et du pro­cessus de paix dans le but d’imposer sa position. De son côté, l’OCI (Orga­ni­sation de la confé­rence isla­mique) demande aux ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales d’intervenir auprès d’Israël pour qu’il arrête ce pro­cessus de judaïsation.

Le diplomate syrien, Bachar Jaâfari, parlant à la presse au nom des ambas­sa­deurs des pays de l’OCI, a condamné la décision d’Israël, la qua­li­fiant d’« agressive, pro­vo­ca­trice et irres­pon­sable » et pré­cisant que le groupe la considère « nulle et non avenue ». Le groupe appelle toutes les ins­ti­tu­tions com­pé­tentes — ONU, Conseil des droits de l’homme, Unesco et Quar­tette pour le Proche-​​Orient — ainsi que les pays dépo­si­taires de la Convention de Genève, à « prendre les mesures urgentes et néces­saires pour contraindre Israël à revenir sur cette décision », a-​​t-​​il dit. Les pays de l’OCI appellent le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale et le secré­taire général de l’ONU, Ban Ki-​​moon, à « assumer leurs res­pon­sa­bi­lités face à cette très sérieuse situation », a ajouté M. Jaâfari.

La ville d’El Khalil est le théâtre de ten­sions per­ma­nentes entre Pales­ti­niens et Israé­liens, en raison de la pré­sence de quelque 600 colons au cœur de la cité, tandis que 6500 autres habitent l’implantation de Kyriat Arba, voisine. La décision israé­lienne a aussi été cri­tiquée par la com­mu­nauté inter­na­tionale, les Etats-​​Unis mettant en garde, jeudi, contre des « actions pro­vo­ca­trices » qui menacent de mettre en péril le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien.

[1] voir aussi Serge Dumont dans le Temps :

La décision de l’Etat hébreu* de s’approprier des lieux saints de Cisjordanie choque

La tension entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne s’accroît dan­ge­reu­sement en Cis­jor­danie. Depuis une semaine, des émeutes éclatent quo­ti­dien­nement à Hébron, à Bethléem et à Naplouse. Des colons cir­culant sur les routes de Cis­jor­danie sont de nouveau visés par des jets de cock­tails Molotov. Quant à Tsahal (l’armée israé­lienne), elle a consi­dé­ra­blement ren­forcé son dis­po­sitif sur le terrain.

Le caveau des Patriarches

Tout a com­mencé le 20 février, lorsque Benyamin Neta­nyahou a annoncé que d’importants sub­sides seraient dégagés afin de réha­bi­liter une série de lieux saints juifs situés à l’intérieur d’Israël afin de les ins­crire sur une nou­velle liste du patri­moine de son pays. Mais des journaux d’extrême droite associés à des députés natio­na­listes et au « Yesha » (le lobby des colons) ont lancé une cam­pagne dénonçant le fait qu’aucun lieu saint juif de Cis­jor­danie ne figurait sur la liste « alors que la Bible en parle ». Dans la pré­ci­pi­tation, le chef du gou­ver­nement leur a donc promis que le caveau des Patriarches, situé à Hébron (un lieu saint partagé par des juifs et par des musulmans qui y pénètrent par des entrées dif­fé­rentes), ainsi que la tombe de la matriarche biblique Rachel (Bethléem) seraient inclus dans le pro­gramme. « Ce n’est qu’un début », a précisé le premier ministre israélien. « D’au­tres endroits de Judée-​​​​Samarie (ndlr : la Cis­jor­danie) ne seront pas oubliés non plus. »

La décision prise par le gou­ver­nement de l’Etat hébreu a aus­sitôt pro­voqué un tollé à Ramallah, où des mani­fes­ta­tions spon­tanées ont eu lieu dès dimanche. De passage à Bruxelles, le pré­sident de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a estimé que « le fait accompli » d’Israël pourrait pré­ci­piter « une guerre de religion ».

L’indignation des Pales­ti­niens est d’autant plus grande que le quartier de Bethléem où se trouve la tombe de Rachel a été annexé de fait par l’Etat hébreu. Quant au caveau des Patriarches, le plan israélien prévoit la construction d’une route le reliant à Kyriat Arba, la colonie la plus extré­miste de Cis­jor­danie, située à un kilo­mètre de dis­tance. Une voie d’accès qui serait bien sûr réservée aux seuls pèlerins juifs.

Le risque d’embrasement est sérieux, car la rue pales­ti­nienne s’échauffe, le Hamas de la bande de Gaza appelle ses « frères de Cis­jor­danie » à un nouveau sou­lè­vement popu­laire et le Djihad isla­mique menace de reprendre ses cam­pagnes d’attentats sui­cides. Quant à la base du Fatah (le parti de Mahmoud Abbas), elle se prépare elle aussi à des­cendre dans la rue alors que ses diri­geants estiment « que la reprise du pro­cessus de paix n’est plus à l’ordre du jour ».

Une situation tendue qui explique sans doute pourquoi la se­crétaire d’Etat amé­ri­caine, Hillary Clinton, a qua­lifié la décision israé­lienne de « pro­vo­ca­trice ». Et pourquoi le pré­sident de l’Etat hébreu, Shimon Peres, ainsi que Benyamin Neta­nyahou tentent de calmer le jeu en évoquant un « mal­en­tendu ». Du côté de l’Unesco, sa direc­trice générale, Irina Bokova, a exprimé « sa préoccupation ». http://​www​.letemps​.ch/​P​a​g​e​/​U​u​i​d/e8e…

* De l’utilisation des mots :

le terme ’Etat hébreu’ utilisé fré­quemment par les médias est pour le moins mal­en­con­treux. Il tend à accré­diter l’idée -assénée par les auto­rités israé­liennes depuis la création de l’Etat d’Israël- qu’Israël serait un Etat juif (pour les juifs) effaçant d’un mot la réalité his­to­rique, poli­tique et humaine des 20 % de citoyens israé­liens qui sont des Pales­ti­niens ayant échappé aux mas­sacres et à l’expulsion de 47-​​ 48.

De même le titre de l’article source "Crainte d’une guerre de religion en Israël" est-​​​​il par­ti­cu­liè­rement inap­proprié puisque c’est bien de la Palestine occupée qu’il s’agit.(C. Léostic, Afps)