Jérusalem : une ville sainte au cœur du conflit

PARC, Delphine Thizy, vendredi 24 juin 2005

Jérusalem /

« Jéru­salem est sans doute l’une des plus fas­ci­nantes villes du monde, de même que la plus sainte, la plus belle et sans doute la plus dis­putée », c’est ainsi que le célèbre guide de voyage, Lonely Planet, pré­sente la ville. Aujourd’hui Jéru­salem est encore au cœur du conflit israélo-​​palestinien.

« Jéru­salem est sans doute l’une des plus fas­ci­nantes villes du monde, de même que la plus sainte, la plus belle et sans doute la plus dis­putée », c’est ainsi que le célèbre guide de voyage, Lonely Planet, pré­sente la ville. Sainte la ville l’est, et même tri­plement puisqu’elle est la ville sainte du judaïsme (avec la pré­sence du mur des Lamen­ta­tions, vestige selon la tra­dition juive du Temple de Salomon, détruit par les romains), de l’islam (Al-​​Qods est la troi­sième ville sainte après La Mecque et Médine, le pro­phète aurait fait son ascension depuis ce qui constitue aujourd’hui l’esplanade des mos­quées) et du chris­tia­nisme (Jésus Christ y aurait vécu ses der­niers jours, sa mort et sa résur­rection). Fas­ci­nante elle l’est par son mélange de cultures, par son archi­tecture, par les per­sonnes que l’on peut y ren­contrer. Mais plus que tout cela, et sans doute à cause même de tout cela, Jéru­salem est aussi une des villes les plus dis­putées. Ce phé­nomène n’est pas nouveau puisqu’il a été à la base des Croi­sades euro­péennes pour reprendre la sou­ve­raineté sur les lieux saints du chris­tia­nisme. Aujourd’hui Jéru­salem est encore au cœur du conflit israélo-​​palestinien.

Bref rappel historique

Dès 1920, sous mandat bri­tan­nique, Jéru­salem est déjà en proie à des conflits entre juifs et arabes. Avec la création d’Israël par une réso­lution de l’Assemblée Générale des Nations Unies en novembre 1947, la question du devenir de Jéru­salem est posée. Le projet onusien prévoit que la totalité de Jéru­salem et de ses environs (jusqu’à Bethléem) soit placée sous autorité inter­na­tionale, pour per­mettre le libre accès de chaque religion à ses lieux saints. Mais dans le projet sio­niste, elle doit devenir la capitale de l’Etat juif. Les forces sio­nistes ont pris par la force l’ouest de Jéru­salem et vont occuper cette partie de la ville dont ils font la capitale sym­bo­lique de l’état. Lors de la guerre de 1948 contre les pays arabe, Israël s’empare de 85% de Jéru­salem (la partie ouest de la ville ainsi que les vil­lages envi­ron­nants). 4% de la ville ont été consi­dérés comme un no man’s land, où se sont établis les bureaux des Nations Unies. Entre 64 000 et 80 000 pales­ti­niens ont été chassés des quar­tiers ouest de Jéru­salem, et la plupart des vil­lages envi­ron­nants ont été vidés de leur popu­lation ou tota­lement détruits. La zone Est (6km²) est placée sous contrôle jor­danien, et l’ouest (68km²) sous occu­pation israé­lienne dans les accords de cessez-​​le-​​feu de 1949. En 1959, Israël décide uni­la­té­ra­lement que Jéru­salem Ouest n’est plus un ter­ri­toire occupé mais fait partie inté­grante de l’état d’Israël et est déclaré capitale. La com­mu­nauté inter­na­tionale n’a jusqu’à présent jamais reconnu cette annexion. Après la guerre de 1967, Israël occupe la totalité de la bande de Gaza et de la Cis­jor­danie et redé­finit les fron­tières de Jéru­salem qui com­prennent à présent toute la partie est ainsi que les vil­lages envi­ron­nants ce qui cor­respond dès lors à 108km² (soit 28% de la Cis­jor­danie). La réso­lution 2253 des Nations Unies demandait à Israël de revenir sur toutes les dis­po­si­tions pouvant altérer le statut de Jéru­salem. Ce qu’Israël n’a à ce jour pas fait.

Une épuration démographique

Israël sou­haitant péren­niser sa pré­sence à Jéru­salem, une poli­tique de dis­cri­mi­nation a été mise en place pour aug­menter le nombre de juifs et diminuer le nombre de pales­ti­niens vivant dans la ville. L’objectif étant de mettre en place une situation démo­gra­phique et géo­gra­phique rendant impos­sible toute action contre la sou­ve­raineté d’Israël sur Jéru­salem. Plu­sieurs mesures ont été mises en place, la pre­mière étant une poli­tique démo­gra­phique dis­cri­mi­na­toire. Pourtant cette poli­tique est contraire à la qua­trième convention de Genève, relative à la pro­tection des popu­la­tions civiles en temps de guerre, qui interdit toute modi­fi­cation de la com­po­sition démo­gra­phique des ter­ri­toires occupés par la force. Suite à l’annexion de 1967, un recen­sement a été mené par Israël qui a alors accordé un statut de résident per­manent aux per­sonnes résidant dans les zones annexées. Ce statut est le même que celui accordé aux étrangers venant habiter dans le pays. Les citoyens de Jérusalem-​​Est sont donc traités de la même manière que les immi­grants. La natio­nalité israé­lienne leur était également acces­sible à condition de faire allé­geance à l’Etat d’Israël, de prouver qu’ils n’étaient citoyens d’aucun autre pays, et de montrer cer­taines connais­sances en hébreu. Pour des raisons poli­tiques évidentes, très peu de pales­ti­niens ont fait cette demande. Ce statut de résident per­manent leur donne des droits aux­quels les pales­ti­niens de la Cis­jor­danie n’ont pas accès. Le premier droit garanti est celui de vivre et de tra­vailler en Israël sans avoir besoin de permis spécial. Ils jouissent aussi d’un accès à la sécurité sociale et médicale à travers l’Institut national d’assurance (NII). Ils ont aussi le droit de voter pour les élec­tions locales, mais pas pour les élec­tions au par­lement de la Knesset. Depuis 1967, les citoyens israé­liens ou rési­dents per­ma­nents pou­vaient obtenir un statut légal de rési­dence pour leur époux des ter­ri­toires occupés. En mai 2002, le gou­ver­nement a mis un mora­toire sur cette uni­fi­cation des familles, et le 31 juillet 2003, une décision du gou­ver­nement inter­disait aux per­sonnes mariées avec des pales­ti­niens de vivre avec eux en Israël, de la même manière la rési­dence per­ma­nente n’était plus accordée aux enfants rési­dents de Jérusalem-​​Est nés dans les ter­ri­toires occupés. Ce statut valable un an a été pro­longé jusqu’en 2005.

Au-​​delà d’une simple loi sur le papier, et d’un statut dis­cri­minant et raciste, cette décision constitue un véri­table drame pour beaucoup de familles. Deux alter­na­tives s’offrent à elles : vivre dans l’illégalité en Israël avec la peur constante d’être renvoyé en Palestine ou en prison, vivre dans les ter­ri­toires, et perdre ainsi leur pro­priété et leur droit de rési­dence. Si l’époux est israélien, et qu’il n’a pas de permis spécial il lui est également interdit de vivre dans les Ter­ri­toires. La seule solution est d’obtenir un permis spécial de la part de l’administration civile, ce qui s’avère très dif­ficile et pré­caire car les permis peuvent être annulés à tous moments. Ces familles sont donc déchirées, et doivent vivent dans la peur ou le déchi­rement. La construction du mur dans la zone de Jéru­salem vient aggraver la situation puisqu’une fois fini celui-​​ci viendra enté­riner la sépa­ration de ces familles puisque le passage des check-​​point leur sera impos­sible. En attendant ils prennent des risques pour passer à travers les bar­rières temporaires.

Au-​​delà des raisons de sécurité invo­quées par Israël, il est évident qu’il s’agit là d’une poli­tique visant à pré­venir une future aug­men­tation de la part de la popu­lation arabe en Israël afin de pré­server le caractère juif de l’état. De nom­breux recours ont été déposés devant la Haute Cour contre cette situation, mais celle-​​ci a remis son jugement à plus tard jusqu’à ce que la Knesset établisse le statut défi­nitif. En attendant, ces familles sont dans la souf­france, ce qui fait naître la haine, notamment chez les jeunes géné­ra­tions. D’autres moyens sont uti­lisés pour par­venir à cette épuration. Entre décembre 1995 et Mars 1999, le statut de résident per­manent a été révoqué pour tous ceux qui avaient déménagé en-​​dehors des limites de la ville. Les pales­ti­niens inca­pables de fournir des docu­ments prouvant qu’ils vivaient et conti­nuaient à vivre à Jéru­salem se sont vu retirer leur carte de résident et ont été expro­priés de leur maison et ont perdu leurs droits sociaux. Jusqu’à 1995, nul règlement ne sti­pulait qu’il était interdit de résider à l’extérieur de Jéru­salem, à la condition de revenir pour renou­veler son statut auprès du ministère de l’intérieur. Seul un non renou­vel­lement du permis de séjour pendant sept ans pouvait pro­voquer la révo­cation du statut de résident. Le ministère de l’intérieur a donc changé sa poli­tique sans en aviser la popu­lation. Ce sont plus de 3000 indi­vidus qui ont ainsi été privés de leur natio­nalité. Depuis cette date, les habi­tants de Jéru­salem doivent pouvoir jus­tifier de leur rési­dence par un nombre important de docu­ments. Ceci pro­voque de gros pro­blèmes, car il est très dif­ficile de construire aujourd’hui dans la zone de Jéru­salem, et les familles ne peuvent pas tou­jours résider dans la ville compte tenu du faible espace dont elles dis­posent et du coût de la vie élevé. C’est alors un dilemme dif­ficile entre la volonté de conserver son statut et la volonté d’améliorer ses condi­tions de vie.

Des violations récurrentes du droit à la propriété

L’article 17 de la Décla­ration Uni­ver­selle des droits de l’Homme signée par Israël stipule que « Nul ne peut être arbi­trai­rement privé de sa pro­priété ». La décla­ration prévoit même à son article 2 qu’ « il ne sera fait aucune dis­tinction fondée sur le statut poli­tique, juri­dique ou inter­na­tional du pays ou du ter­ri­toire dont une per­sonne est res­sor­tis­sante, que ce pays ou ter­ri­toire soit indé­pendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limi­tation quel­conque de sou­ve­raineté ». Une fois encore Israël ne res­pecte pas la légalité inter­na­tionale. En 1967, Israël a annexé 70ha de terres, et a pra­tiqué à l’expropriation des pro­prié­taires arabes sur un tiers de ces terres (24ha). Sur ces zones vidées de leurs habi­tants arabes, ce sont 46 978 maisons qui ont été construites pour les rési­dents juifs entre 1967 et 2001. Dans le même temps le gou­ver­nement israélien a réduit la pos­si­bilité pour les pales­ti­niens des environs de Jéru­salem de pro­céder à de nou­velles construc­tions. Les terres pales­ti­niennes ont parfois été déclarées zones pay­sa­gères, c’est-à-dire inter­dites de construction (cela concerne 40% des terres de Jéru­salem Est), seuls 5ha sont aujourd’hui construc­tibles. Cette situation de fait contribue à une concen­tration de la popu­lation arabe qui ne dispose que de 11,9 m² par per­sonne contre 23,8 m² pour les juifs de Jéru­salem. Ces res­tric­tions ont également obligé les pales­ti­niens à construire leurs maisons sans auto­ri­sation préalable.

La tragédie de Silwan, Al Bustan

En novembre 2004, Uri Shi­treet envoyait une lettre au chef du dépar­tement des permis de construire pour affirmer que les environs du village de Silwan, le quartier de Al Bustan serait un site culturel et his­to­rique important pour Israël. Ce quartier situé près de la mosquée Al-​​Aqsa dans la vieille ville de Jéru­salem Est serait en effet le site sur lequel le roi David aurait construit son royaume. Cette lettre recom­mandait le « dépla­cement » des maisons pales­ti­niennes. L’objectif était de construire un parc archéo­lo­gique en plein cœur du quartier arabe. Mais de nom­breuses orga­ni­sa­tions dénoncent au contraire la création d’une autre île juive dans Jéru­salem Est s’appuyant sur les projets de nou­velles colonies dans les vil­lages pales­ti­niens de Tur, de Silwan, de Ras al Amud et de Jebel Mukabir, ainsi que l’extension des colonies exis­tantes du Mont Scopus, de Wadi Joz et de Sheikh Jarrah. En effet ce projet semble entrer dans la conti­nuité d’une poli­tique de judaï­sation de Jéru­salem, à travers les implan­ta­tions de colons israé­liens, la confis­cation des terres et la démo­lition des maisons pales­ti­niennes. Ces projets vont à l’encontre de la qua­trième convention de Genève, mais aussi de la feuille de route du Quartet qui demandait la fin des « actions qui minent la confiance comme la confiscation/​démolition des maisons/​ pro­priétés pales­ti­niennes ». Le pré­sident amé­ricain Bush a pour sa part affirmé qu’Israël ne devait pas entre­prendre des actions qui « por­te­raient pré­judice au négo­ciation du statut final de Jérusalem ».

Les maisons aujourd’hui menacées à Al Bustan ont été construites après le début de l’occupation qui a décrété cette zone, zone pay­sagère ouverte, ce qui inter­disait la construction. En mars 2005, les pre­miers ordres de démo­li­tions ont été délivrés aux rési­dents d’Al Bustan. Ce sont aujourd’hui 88 maisons qui abritent environ mille pales­ti­niens qui sont menacées. Dans le même espace ce sont 50 maisons qui ont été construites par des colons israé­liens, et celles-​​ci n’ont pas encore reçu d’ordre de démo­lition. Les familles se mobi­lisent aujourd’hui pour contrer ce qui constitue la plus grande cam­pagne de des­truction de maison dans Jéru­salem depuis 1967. Sous le soleil, vêtues de longues robes et la tête cou­verte de l’hijab, des femmes accueillent les délé­ga­tions venues sou­tenir leur action. Les hommes répondent aux ques­tions des visi­teurs. Abed montre la maison de sa grand-​​mère, construite par le grand-​​père de celle-​​ci, cette maison date de la période Turque, c’est-à-dire au XIXème siècle. Dans la plupart des pays, cette maison serait pro­tégée comme monument his­to­rique, mais dans le conflit Israélo-​​palestinien, ces consi­dé­ra­tions ne semblent pas être prises en compte.

Le 7 juin 2005, face à la mobi­li­sation locale et inter­na­tionale, le maire de Jéru­salem Ouest, Uri Lupo­lianski, a affirmé dans un com­mu­niqué qu’il avait demandé à l’équipe de pla­ni­fi­cation d’évaluer la « pos­si­bilité » d’une col­la­bo­ration avec les rési­dents. Cependant, le rapport ne vient pas annuler les ordres de démo­lition déjà émis et confirme que les auto­rités israé­liennes cherchent une solution alter­native pour reloger ces per­sonnes. Quelle peut-​​être cette alter­native : l’établissement sur des ter­rains d’où ont été expro­priés les « absents » ou des ter­rains appar­tenant aux Pales­ti­niens de Cis­jor­danie. Dans les deux cas, l’accès à leur pro­priété de Jéru­salem est remis en cause. Le 9 juin dernier, le Comité de défense pour la terre a affirmé qu’aucune ren­contre offi­cielle n’avait eu lieu avec les auto­rités légales repré­sentant les rési­dents d’Al Bustan, alors que le maire se réclamait de telles ren­contres. Le ministère de l’Autorité Pales­ti­nienne pour les ques­tions de Jéru­salem a appelé tous les signa­taires de la qua­trième convention de Genève à déclarer publi­quement leur oppo­sition aux des­truc­tions de maisons dans Jéru­salem Est et ont demandé des mesures pour assurer l’annulation des ordres de démo­lition à Silwan et dans tous les ter­ri­toires occupés, et la recon­nais­sance légales des maisons construites sur des terres qui sont la pro­priétés des Palestiniens.

Pour plus d’information sur les démo­li­tions de maisons, consulter le site de l’association israé­lienne contre la des­truction des maisons : http://​www​.icahd​.org/eng/

Le mur à Jérusalem : comment le mur morcelle la ville

En Août 2002, le cabinet de sécurité a approuvé la pre­mière étape du tracé du mur qui inclut les sec­tions nord et sud de Jéru­salem. La section nord s’étend sur dix kilo­mètres de la base armée Ofer à l’ouest au check-​​point de Qalandiya à l’est. La section sud du mur également longue de dix kilo­mètres s’étend du tunnel routier à l’ouest de Beit Sahur (qui cor­respond aussi au sud de la colonie de Har Homa) à l’est. Ces deux sec­tions ont été com­plétées en juillet 2003. En août 2003, deux autres sec­tions sur la fron­tière est de la muni­ci­palité de Jéru­salem ont été approuvées pour un total d’environ trente kilo­mètres. Une section de 17 kilo­mètres en bordure du village de Beit Sahur jusqu’au nord à Al-‘Eizariya et une autre section de 14 kilo­mètres qui ira des alen­tours de ‘Anata au check-​​point de Qalandiya au nord. Contrai­rement au reste de la Cis­jor­danie, le mur qui entoure Jéru­salem ne prend pas uni­quement la forme de bar­rières en fer, mais d’un vrai mur en ciment, qui atteint entre six et huit mètres de hauteur. Il cor­respond à une péren­ni­sation de l’annexion de 1967 puisque les ter­ri­toires alors conquis, et dont la com­mu­nauté inter­na­tionale continue d’exiger la res­ti­tution, sont placés dans la partie ouest, c’est-à-dire israé­lienne du mur. La conti­nuité ter­ri­to­riale des construc­tions entre Jéru­salem Est et les vil­lages alen­tours est anéantie par le mur. Pour de nom­breux vil­lages alen­tours qui vivaient grâce aux connec­tions avec Jéru­salem, le mur signifie une asphyxie écono­mique mais aussi sociale. Ainsi de nom­breux enfants se ren­daient dans des écoles de Jéru­salem Est et inver­sement les étudiants de Jéru­salem Est allaient à l’université Al Qods qui est située à Abu Dis. Il n’est donc pas rare aujourd’hui de voir des enfants franchir, à grands risques les zones dans les­quelles le mur n’est pas tota­lement achevé. Pour les familles dont les enfants étudient à l’université, cela constitue un choix dif­ficile : trouver et financer un logement à Abu Dis pour éviter le trajet quo­tidien de plu­sieurs heures entre Jéru­salem et l’université, soumis aux bou­clages des ter­ri­toires, ou mettre fin aux études des jeunes. La situation sani­taire s’en trouve aussi très com­promise puisque les vil­lages alen­tours avaient pour habitude de se rendre dans les hôpitaux de Al-​​Moqassad et de Augusta Vic­toria, tous deux situés à Jéru­salem Est et qui sont rendus inac­ces­sibles par le mur. Il n’y a pas d’hôpitaux proches, et ces vil­lages doivent se rendre à Jéru­salem ou à Jéricho, qui, avec les dif­fé­rents obs­tacles à la liberté de mou­vement, sont situés à plus d’une demi-​​heure de route. Des familles se trouvent également séparées et ne peuvent plus se rendre visite. Le plus tra­gique est la dif­fi­culté pour les pales­ti­niens à enterrer leurs morts avec leur famille, puisqu’il est impos­sible de trans­porter les corps de l’autre côté du mur. Une dis­cri­mi­nation face aux droits sociaux

Les rési­dents per­ma­nents de Jéru­salem par­ti­cipent par leurs coti­sa­tions aux ser­vices sociaux et à l’assurance santé israé­lienne, repré­sentée par le National Insu­rance Insitute (Ins­titut National d’Assurance). Pourtant le NII a décidé récemment de retirer leurs droits aux pales­ti­niens de Jéru­salem, arguant qu’ils ne seraient pas de vrais rési­dents, en s’appuyant notamment sur l’exemple des couples dont l’un des époux est non-​​résident. Le NII a donc exigé l’enquête pour chaque assuré avant de leur accorder à nouveau leurs droits. 70% des per­sonnes ayant subi cette enquête se sont vu déclarés aptes à jouir de la cou­verture sociale israé­lienne. Mais cette enquête est longue et pendant toute sa durée, bien que payant des coti­sa­tions, les pales­ti­niens n’ont pas accès à la pro­tection sociale. Selon la loi, le NII n’a pas la com­pé­tence pour pra­tiquer de telles enquêtes, pour autant il continue à le faire. Il effectue notamment des enquêtes lorsque des parents rési­dents sou­haitent enre­gistrer leurs enfants au fond de santé (Health Fund). Pourtant la loi prévoit que lorsque les parents sont rési­dents, les enfants le sont également et jouissent des mêmes droits. L’ONG Phy­si­cians for Human Rights a estimé que 10 000 enfants rési­dents à Jéru­salem Est ne sont pas cou­verts par l’assurance maladie. Le NII, au lieu de jouer son rôle de pro­motion des poli­tiques sociales et de fournir les mêmes droits à tous, est donc devenu l’instrument de la poli­tique d’épuration eth­nique qui vise à vider Jéru­salem de ses habi­tants en leur retirant les droits pour les­quels ils cotisent.

Le scandale des services publics

Alors que les rési­dents de Jéru­salem Est paient les mêmes impôts que tous les rési­dents de la ville, ils n’ont pas accès aux mêmes ser­vices. C’est là un cas fla­grant de dis­cri­mi­nation eth­nique. Depuis l’annexion de 1967, il est frappant de voir le fossé entre les inves­tis­se­ments opérés dans la partie ouest de la ville, et l’absence d’investissement à l’est. Pas de nou­velles écoles, pas de nou­veaux bâti­ments publics, par de nou­veaux centres de santé pour les pales­ti­niens, pas non plus d’investissement pour la réfection des routes (mis à part dans les quar­tiers de colons juifs), ni pour les sys­tèmes d’égouts et de réseau d’eau. Moins de 10% du budget de la muni­ci­palité étaient alloué aux quar­tiers pales­ti­niens, alors que la popu­lation de ceux-​​ci regroupe un tiers de la popu­lation totale. L’accès aux admi­nis­tra­tions est également rendu dif­ficile pour les pales­ti­niens. Les pro­cé­dures peuvent durer des mois à cause du sous-​​effectif dans les bureaux de Jéru­salem Est. Tous les jours des files d’attente s’agglutinent devant les admi­nis­tra­tions dès la nuit, dans l’espoir de pouvoir entrer et pro­céder à leurs démarches admi­nis­tra­tives. Ils attendent sans pro­tection contre le soleil ou la pluie, souvent direc­tement sur la route, alors que les gardes n’ouvrent la porte que deux à trois fois par jour ne laissant entrer qu’une dou­zaine de per­sonnes. Dans l’attente les pales­ti­niens subissent les humi­lia­tions et les vio­lences des gardes. L’accès aux pro­cé­dures est également rendu dif­ficile par la rédaction de celles-​​ci en hébreu alors que les pales­ti­niens parlent majo­ri­tai­rement l’arabe. Ils dépendent de la bonne volonté des fonc­tion­naires pour leur expliquer les démarches ou doivent dépenser des for­tunes pour faire tra­duire les docu­ments à l’extérieur, et donc faire la queue une seconde fois. L’accès pour les per­sonnes han­di­capées et les pous­settes n’est pas facilité puisqu’il n’y a aucun ascenseur. La pos­si­bilité, accordée aux citoyens de Jéru­salem Ouest, de faire cer­taines démarches par courrier, est interdite aux rési­dents de l’est.

Le 25 sep­tembre 2000, une pétition de l’Association pour les droits civils en Israël et du Centre de Jéru­salem pour les droits sociaux et écono­mique a été déposée devant la Haute Cour de Justice à propos des condi­tions et des régle­men­ta­tions du ministère de l’intérieur. La Haute Cour a ordonné aux repré­sen­tants de l’état de trouver une solution à ce pro­blème. En 2003, une autre pétition a été déposée concernant l’accès aux ser­vices admi­nis­tratifs, et la cour a ordonné l’augmentation du nombre de fonc­tion­naires de 29 à 52 pour les ser­vices du ministère de l’intérieur, et d’augmenter les heures d’ouverture. La cour a également exigé du ministère qu’il déplace ses bureaux dans une nou­velle structure, plus adaptée, dans le com­plexe de Momoniya. Pour autant les files de per­sonnes attendant d’être reçues par l’administration conti­nuent de s’étendre sur le macadam.

Face à cette situation, Jéru­salem se trouve souvent oubliée des grandes mobi­li­sa­tions en faveur de la Palestine. Le gou­ver­nement israélien profite de cette ombre pour étendre sa colo­ni­sation et judaïser la ville. Ils pro­fitent de la situation pour acheter des pro­priétés dans le cœur de la vieille ville (notamment auprès du patriarcat grec orthodoxe) et ainsi judaïser cette partie de la ville. L’accès même au lieu saint, qui fait partie des réso­lu­tions des Nations Unies, est souvent entravée, pour des pré­tendues raisons de sécurité. L’esplanade des mos­quées a été ces der­niers mois le lieu de pro­vo­cation de la part des colons ultra-​​orthodoxes juifs qui ont violé ce lieu saint pour affirmer leur domi­nation sur la ville. La réaction des auto­rités a été d’interdire aux musulmans l’entrée sur l’esplanade, le ven­dredi, jour de la prière. Parce qu’informer, c’est aussi résister, il convient de déve­lopper le lob­bying autour de Jéru­salem afin de ne pas laisser au gou­ver­nement israélien les coudées franches pour mettre fin à tout espoir d’accord sur la ville.