Jérusalem, pomme de discorde

Rania Adel, dimanche 7 septembre 2008

Un nouveau sommet Abbass/​Olmert n’a pas permis d’aplanir les diver­gences qui restent de taille.

Pales­ti­niens et Israé­liens sont tou­jours inca­pables de s’entendre. Leur dernier sommet du dimanche dernier (31 août) s’est achevé sur un nouveau fiasco. « Les diver­gences sur les ques­tions de fond sont encore très pro­noncées », a déclaré dimanche un proche col­la­bo­rateur du pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass, Yasser Abd-​​Rabbo, ajoutant qu’il était « pré­maturé de parler d’un document ». « Le facteur temps est important, mais ou nous avons un accord sur toutes les ques­tions ou nous n’avons pas d’accord », a sou­ligné de son côté le négo­ciateur pales­tinien Saëb Ereqat à Ramallah. Même constat chez les res­pon­sables israé­liens. « Il y a tou­jours un fossé consi­dé­rable entre les deux parties », a reconnu Mark Regev, porte-​​parole du premier ministre israélien Ehud Olmert. « Il n’est pas réa­liste de s’attendre à un accord rapide. Nous n’allons pas résoudre l’ensemble des pro­blèmes du conflit (israélo-​​palestinien) en deux ou trois semaines », a-​​t-​​il dit à l’issue de la ren­contre dimanche entre le premier ministre israélien et le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne. Des décla­ra­tions qui sou­lignent l’ampleur des divergences.

Avec aussi peu d’avancées tan­gibles et le contrôle de la bande de Gaza par le Hamas, la date butoir pour fina­liser un accord de paix, à savoir janvier 2009, quand le pré­sident George W. Bush quittera la Maison Blanche, est désormais consi­dérée comme irréa­liste. En effet, le pro­blème réside dans le fait que le premier ministre israélien Ehud Olmert a proposé lors du sommet de dimanche un accord de paix d’ici la fin de l’année qui exclurait la question de Jéru­salem. La partie pales­ti­nienne a immé­dia­tement rejeté tout accord qui repous­serait à plus tard un règlement sur Jéru­salem. Israël a annexé la partie orientale de la ville après son occu­pation en juin 1967, alors que les Pales­ti­niens veulent en faire la capitale d’un futur Etat. Quelque 250 000 Pales­ti­niens vivent dans la partie orientale où 200 000 Israé­liens se sont ins­tallés depuis 1967 dans une dou­zaine de quar­tiers de colo­ni­sation. Le statut de Jérusalem-​​Est, notamment le sort de la vieille ville qui abrite les lieux saints juifs, chré­tiens et musulmans, a déjà fait achopper les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes à plu­sieurs reprises.

« Les deux parties sont dési­reuses de par­venir à un accord global d’ici la fin 2008 et croient que c’est pos­sible », a déclaré à l’issue de la ren­contre un haut res­pon­sable israélien qui a requis l’anonymat. « Mais puisqu’il est impos­sible de trouver un règlement sur la question de Jéru­salem dans ce délai, elles doivent s’entendre pour repousser un accord sur cette question et convenir d’un méca­nisme et d’un calen­drier pour Jéru­salem », a-​​t-​​il ajouté. Chose inad­mis­sible pour les Pales­ti­niens. « Sans Jérusalem-​​Est comme capitale d’un Etat pales­tinien, quel serait le sens d’un accord ? », a répliqué M. Ereqat. « Nous ne serons pas partie pre­nante d’un accord inté­ri­maire ou d’un accord partiel ou d’un accord qui repous­serait à plus tard Jéru­salem », a sou­ligné M. Ereqat lors d’une confé­rence de presse à Ramallah, en Cis­jor­danie. Il a réaf­firmé la demande d’un gel de la colo­ni­sation par Israël, bien qu’elle n’ait guère été suivie d’effet, tout en annonçant que les « négo­cia­tions conti­nue­raient » le temps qu’il fau­drait pour par­venir à un règlement « qui met­trait un terme à l’occupation » israélienne.

Horizon brouillé pour les négociations

Cette nou­velle ren­contre s’est déroulée durant près de deux heures à la rési­dence offi­cielle de M. Olmert à Jérusalem-​​Ouest avec la par­ti­ci­pation des chefs des équipes de négo­cia­teurs : Tzipi Livni, la ministre israé­lienne des Affaires étran­gères, et Ahmad Qoreï du côté pales­tinien. Selon le porte-​​parole du gou­ver­nement israélien Mark Regev, la pro­chaine démission de M. Olmert, impliqué dans une série d’affaires de cor­ruption, « n’a pas d’incidence sur les dis­cus­sions ». Mais comment pourrait-​​on croire à cette décla­ration alors qu’on s’attend à des suc­ces­seurs plus intran­si­geants ? Ehud Olmert doit démis­sionner après les pri­maires au sein du Kadima, son parti, prévues le 17 sep­tembre et qui doivent per­mettre de désigner son suc­cesseur. Il devrait tou­tefois continuer d’exercer le pouvoir pendant plu­sieurs mois, le temps qu’un nouveau gou­ver­nement soit formé ou que des élec­tions anti­cipées soient organisées.

Selon la radio publique, M. Olmert sou­haite par­venir à un accord-​​cadre qu’il pourrait pré­senter en com­pagnie de M. Abbass à la Maison Blanche le mois pro­chain, quitte à laisser dans le flou les points les plus liti­gieux qui sont loin d’être réglés. Le 12 août, le quo­tidien Haaretz avait indiqué que M. Olmert avait proposé au pré­sident pales­tinien un projet d’accord pré­voyant un retrait de 93 % de la Cis­jor­danie. Cette offre n’a pas été confirmée offi­ciel­lement. Les Pales­ti­niens, en revanche, réclament un accord le plus explicite possible.

Le pré­sident amé­ricain George W. Bush et la secré­taire d’Etat Condo­leezza Rice pressent les deux parties de par­venir à un accord d’ici la fin de l’année, comme convenu à la confé­rence d’Annapolis aux Etats-​​Unis l’an dernier. Après le départ d’Olmert, l’avancée des négo­cia­tions dépendra en large partie de son suc­cesseur, à condition que celui-​​ci par­vienne à former une nou­velle coa­lition gou­ver­ne­mentale. Les deux pré­ten­dants sont l’ancien chef d’état-major Shaul Mofaz, actuel ministre des Trans­ports, et la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni, qui mène actuel­lement les pour­parlers de paix. Tou­tefois, Mme Livni, favorite selon les son­dages pour suc­céder à M. Olmert, a pour sa part exprimé ses réserves sur la conclusion rapide d’un accord. A l’issue du Conseil des ministres dimanche, la ministre des Affaires étran­gères Mme Livni a plaidé pour que M. Olmert ne prenne aucune décision à la hâte. « Le facteur temps ne doit pas nous forcer à com­mettre deux graves erreurs : tenter de combler les diver­gences d’une façon qui conduirait à l’explosion, ou accepter des com­promis sur des sujets essen­tiels pour Israël uni­quement pour obtenir des résultats », a-​​t-​​elle déclaré dans un communiqué .