Jérusalem et la paix

Morsi Attalla, vendredi 7 mars 2008

Il semble clair qu’Israël ne veut pas renoncer à la poli­tique de ter­gi­ver­sation qui constitue un coup fatal à tous les efforts sérieux visant à accé­lérer tout mou­vement sur la voie de l’instauration d’une paix réelle. C’est-à-dire sur la voie de la sécurité et de la sta­bilité de toutes les parties, et avant tout le côté israélien et le côté palestinien.

Il n’y a pas de preuves plus fla­grantes sur cette ter­gi­ver­sation que les décla­ra­tions faites par le premier ministre israélien Olmert au rabbin extré­miste Ovadia Youssef et dans les­quelles il dit qu’il n’effectuera aucune négo­ciation secrète avec Abou-​​Mazen à propos de Jéru­salem et que celui-​​ci lui a promis de reporter les dis­cus­sions à propos de Jéru­salem. En même temps, la ministre israé­lienne des Affaires étran­gères, Tzipi Levni, a envoyé un message au membre de la muni­ci­palité de Jéru­salem Nir Barakat où elle a écrit : « Israël a promis pendant la sommet d’Annapolis d’étudier tous les dos­siers impor­tants sans exception ». Puis elle continue : « Mais sachez que rien n’est décidé tant que les choses sont encore en négo­ciation. Et même si nous arrivons à un accord à propos de toutes les ques­tions, y compris les fron­tières et les réfugiés, sans se mettre d’accord sur Jéru­salem, tout accord ne vaudra pas plus que l’encre avec laquelle il a été écrit ».

Il va de soi que tous ceux qui ont suivi pendant de longues années les événe­ments et les évolu­tions de la cause pales­ti­nienne diront comme moi que les décla­ra­tions faites par Olmert et Levni reflètent une ter­gi­ver­sation claire pour pré­parer le monde entier à accepter l’éventualité d’échouer à par­venir à une paix qui ne serait pas satis­fai­sante pour Israël, en par­ti­culier en ce qui concerne Jérusalem.

Pour être plus clair, il faut dire qu’il n’est pas logique qu’il y ait des négo­cia­tions sérieuses autour de la déter­mi­nation des fron­tières sans aborder la question de Jéru­salem qui influencera cer­tai­nement le destin des blocs colo­niaux à l’intérieur et à l’extérieur des murs de Jéru­salem. C’est à la lumière du dossier de Jéru­salem qu’il est pos­sible de conclure un accord d’échange de ter­ri­toires entre l’Etat hébreu et l’Etat pales­tinien pour com­penser les ter­ri­toires qui ont été usurpés des fron­tières du 4 juin 1967 par Israël. La plupart de ces ter­ri­toires se trouvent dans le cercle de Jéru­salem en tant que gros blocs coloniaux.

Les Israé­liens savent mieux que qui­conque que la raison essen­tielle de l’échec de Camp David II entre l’ex-président pales­tinien Yasser Arafat et l’ex-premier ministre israélien Ehud Barak, sous le par­rainage de l’ex-président amé­ricain Bill Clinton, a été l’insistance de Barak à reporter les dis­cus­sions autour de Jéru­salem jusqu’à la fin des négo­cia­tions. Ce qui signi­fiait perdre l’occasion de pro­céder à un échange entre la flexi­bilité pales­ti­nienne en ce qui concerne les pré­pa­ratifs et la date de retour des réfugiés, en contre­partie de la recon­nais­sance de la part d’Israël de la sen­si­bilité de la position de Jéru­salem dans n’importe quel accord, non seulement pour les Pales­ti­niens, mais pour les Arabes, les musulmans et les chrétiens.

Le pro­blème est que Olmert tremble face aux menaces du parti Shass de dis­soudre le gou­ver­nement s’il s’aventurait à dis­cuter de la question de Jéru­salem. Olmert craint aussi énor­mément l’escalade de l’extrémisme reli­gieux guidé par le grand rabbin Yona Metzger qui a eu l’audace de dire que les Arabes qui arrivent à la mosquée Al-​​Aqsa doivent recon­naître que Jéru­salem est aux Israé­liens seulement puisque, comme il le prétend, les musulmans pos­sèdent La Mecque et Médine et n’ont pas besoin d’un troi­sième lieu sacré. L’insolence du rabbin a atteint son apogée quand il a proposé dans un entretien avec la revue The Jewish News de créer un Etat pales­tinien dans le Sinaï et d’y trans­férer les habi­tants de Gaza.