« Jérusalem, capitale culturelle arabe » hors les murs

Catherine Monnet et Karim Lebhour, lundi 23 mars 2009

La police israé­lienne empêche, au nom d’une atteinte à la sou­ve­raineté de l’Etat hébreu, toutes les acti­vités prévues autour de l’événement « Jéru­salem, capitale de la culture arabe 2009 », dans les villes de Jéru­salem et de Nazareth.

Ce fes­tival, organisé chaque année dans le cadre du pro­gramme des capi­tales cultu­relles arabes, devait être lancé au début de l’année à Jéru­salem. Reporté à cause de la guerre à Gaza, l’événement a offi­ciel­lement été lancé samedi, mais non sans difficultés.Tous les docu­ments des orga­ni­sa­teurs du fes­tival ont été saisis jeudi soir lors d’un raid sur­prise dans un hôtel de Jérusalem-​​Est. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, depuis l’an 2000, il est interdit à l’Autorité pales­ti­nienne d’organiser des événe­ments en ter­ri­toire israélien.

Les artistes des pays arabes voisins n’ont pas pu se joindre au fes­tival, comme cela se fait tra­di­tion­nel­lement, a regretté Ouda Iman, res­pon­sable du centre culturel d’al-Qods : « Malgré l’accord de paix entre Israël et l’Egypte, même les artistes égyp­tiens n’ont pas accès à Jéru­salem pour fêter al-​​Qods, capitale cultu­relle 2009 ».

Entre les visas refusés et les nom­breuses autres inter­dic­tions, le fes­tival a fina­lement été lancé à 10 km de Jéru­salem, dans la ville de Bethléem, sous contrôle pales­tinien. Jéru­salem, censée être au coeur du fes­tival, n’a pas été célébrée comme prévu, mais pour les Pales­ti­niens il était important de main­tenir l’événement. Selon Ouda Imam, « la résis­tance cultu­relle est une résis­tance impor­tante. Nous, les Pales­ti­niens, nous avons résisté de plu­sieurs manières. Que ce soit par la non-​​violence ou la culture ».

Quelques heures après avoir donné cette interview, Ouda Iman était arrêtée par la police israé­lienne, alors qu’elle tentait, samedi matin, dans la vieille ville, d’organiser un événement avec des enfants, pour le festival.

A Ramallah

Kef­fiehs et cos­tumes tra­di­tionnels, des dan­seurs de Toul­karem ont célébré dans les rues de Ramallah le lan­cement du fes­tival « Jéru­salem 2009, capitale de la culture arabe ».

Jéru­salem n’est qu’à une quin­zaine de kilo­mètres, mais pour ces jeunes Pales­ti­niens, la dis­tance était infran­chis­sable : « La der­nière fois que je suis allé à Jéru­salem, c’était il y a environ dix ans, avant la seconde Intifada. J’avais douze ans. Pour nous, les Pales­ti­niens, il est interdit de nous rendre à Jérusalem ».

Der­rière ce fes­tival culturel, le message était très poli­tique. L’Autorité pales­ti­nienne veut afficher ses reven­di­ca­tions sur la ville sainte comme future capitale d’un Etat pales­tinien. La direc­trice au ministère de la Jeu­nesse et des Sports, à Ramallah, a refusé de consi­dérer le siège de l’Autorité palestinienne [1] comme sa capitale : « Jéru­salem est notre capitale his­to­rique, mais Israël nous empêche d’y aller. Alors pour cette raison, nous tenons ce fes­tival dans d’autres villes, jusqu’au jour où nous pourrons le faire à Jéru­salem. Là, c’est pour montrer au monde que nous avons une capitale, mais que nous ne pouvons pas nous y rendre ».

À Jéru­salem, la police israé­lienne avait reçu l’ordre d’empêcher toute célé­bration dans les quar­tiers arabes, consi­dérant qu’il s’agissait d’une atteinte à la sou­ve­raineté de l’Etat hébreu sur la ville.

[1] Ramallah est le siège admi­nis­tratif de l’ANP, où se trouvent minis­tères et par­lement, en attendant que Jérusalem-​​​​Est -qui n’est pas en ter­ri­toire israélien, mais bel et bien en Cis­jor­danie occupée-​​​​ devienne enfin la capitale de la Palestine, comme la partie occi­dentale pourrait alors devenir la capitale d’Israël -actuel­lement la seule capitale légale d’Israël est Tel Aviv.