Jérusalem ; Elucubrations

Dr Hicham Mourad, jeudi 1er juillet 2010

Dans un document pré­senté au gou­ver­nement en sep­tembre 2008, l’ l’Autorité de Déve­lop­pement de Jéru­salem annonçait que l’objectif était de créer une « série de parcs entourant la Vieille ville » dans le but de « ren­forcer Jéru­salem comme capitale d’Israël ».

Dans un nouveau défi aux ten­ta­tives de relancer des négo­cia­tions de paix, au point mort depuis de longs mois, la muni­ci­palité israé­lienne de Jéru­salem vient d’approuver un projet contro­versé dans le secteur oriental de la ville, qui prévoit la des­truction de 22 habi­ta­tions pales­ti­niennes et la construction de 1 000 autres loge­ments dédiés aux colons israé­liens. Le projet dit du « Jardin du roi » en hébreu (une réfé­rence aux jardins du roi Salomon) doit être construit sur un terrain de 22 hec­tares dans le quartier arabe de Silwan, où des familles de colons juifs se sont ins­tallées au milieu de 12 000 Palestiniens.

Pour jus­tifier sa décision, la muni­ci­palité avance que les habi­ta­tions pales­ti­niennes concernées ont été construites sans auto­ri­sation israé­lienne. Or, il est pra­ti­quement impos­sible pour les habi­tants pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est d’obtenir des auto­rités israé­liennes de permis de construction ou d’agrandissement de leurs habitations.

En mars dernier, sous la pression de la com­mu­nauté inter­na­tionale, notamment des Etats-​​Unis, le premier ministre israélien Benyamin Neta­nyahu avait obtenu que le maire de la ville, Nir Barakat, gèle le projet de construction du « Jardin du roi », pour éviter des troubles dans la Ville sainte et de nou­velles fric­tions avec Washington au sujet de la construction à Jérusalem-​​Est, occupé et annexé depuis 1967. En mars, l’annonce de la construction de 1 600 loge­ments dans un quartier juif de Jérusalem-​​Est avait pro­voqué une grave crise diplo­ma­tique avec Washington, au moment où le vice-​​président Joe Biden effec­tuait une visite en Israël. Malgré cet enga­gement israélien, la com­mission de pla­ni­fi­cation urbaine de la muni­ci­palité avait donné la semaine der­nière son feu vert au réamé­na­gement de Silwan.

Réagissant aux cri­tiques de Washington sur le projet, Benyamin Neta­nyahu s’est empressé de publier un com­mu­niqué expli­quant qu’il n’avait pas le pouvoir d’intervenir dans la gestion de la muni­ci­palité ! Or, la construction du projet a été confiée à l’Autorité de Déve­lop­pement de Jéru­salem (ADJ), qui relève de l’Etat et de la muni­ci­palité. De son côté, le porte-​​parole israélien de Jéru­salem a insisté sur le fait que le projet avait pour objectif « d’améliorer la qualité de vie » (sic) à Silwan.

Ces élucu­bra­tions israé­liennes ne tiennent évidemment pas debout et sont trahies par des docu­ments offi­ciels. Dans un document pré­senté au gou­ver­nement en sep­tembre 2008, l’ADJ annonçait que l’objectif était de créer une « série de parcs entourant la Vieille ville » dans le but de « ren­forcer Jéru­salem comme capitale d’Israël ». Pour l’ONG israé­lienne anti­co­lo­ni­sation Ir Amim (la ville des peuples), le projet s’inscrit dans le cadre d’un vaste plan de judaï­sation de Jérusalem-​​Est, considéré par la com­mu­nauté inter­na­tionale comme un ter­ri­toire occupé, avec la création de neuf parcs bibliques autour de la Vieille ville, de nature à la vider de ses habi­tants pales­ti­niens et à la couper du reste de la Cis­jor­danie. Ce pro­gramme démontre la volonté de l’Etat hébreu de ren­forcer sa mainmise sur Jérusalem-​​Est au risque d’anéantir toute chance de paix, les Pales­ti­niens aspirant à en faire la capitale de leur futur Etat.