Jénine, une ville où les femmes sont fortes

Doris Norrito, lundi 1er septembre 2008

A Jénine, des Pales­ti­niennes répondent aux pré­oc­cu­pa­tions des femmes confrontées aux pro­blèmes qui se posent pour élever leurs enfants et se pré­parer à avoir un emploi, quand il n’y a plus d’homme à la maison pour sub­venir aux besoins.

Si vous ne vous déplacez pas en Cis­jor­danie, vous n’avez aucun moyen de com­prendre les dif­fi­cultés quo­ti­diennes que ren­contrent les gens ordi­naires qui doivent vivre chaque jour sans savoir ce que la journée va leur apporter.

Y aura-​​t-​​il un couvrre-​​feu, un nouveau check-​​point, du retard pour aller au travail ? Chacun-​​e se demande : « est ce que je vais être arrêté-​​e, subir des heures d’interrogatoire, être tué-​​e peut-être ? »C’est avec ces ques­tions que com­mence la journée pour les Pales­ti­niens. Quant aux Pales­ti­niennes, elles ont des pré­oc­cu­pa­tions qui exigent des réponses immédiates.

L’Union générale des Femmes pales­ti­niennes (UGFP) répond aux pré­oc­cu­pa­tions des femmes confrontées à ces pro­blèmes et tra­vaille à trouver des actions immé­diates de façon non violente.

J’ai eu l’occasion de ren­contrer ce dyna­mique groupe de femmes quand notre groupe (Siraj [1]) est venu à Jénine samedi 2 août 2008. Notre bus nous as amenés au Centre des Femmes pour y ren­contrer des membres de l’UGFP et échanger de façon infor­melle avec elles. L’Union, non poli­tique, est membre de l’OLP mais accueille des femmes d’autres partis. Les femmes aident les femmes, le but étant de déve­lopper le rôle des femmes au niveau national.

Le soutien aux femmes empri­sonnées, l’aide psy­cho­lo­gique pour celles dont le mari est en prison ou a été tué et qui doivent élever seules leurs enfants, sont des pré­oc­cu­pa­tions majeures. Un autre objectif est de récolter des signa­tures pour pro­tester contre l’occupation et la construction du Mur de sépa­ration. L’éducation sociale, pour que les femmes prennent conscience de leurs droits et de leurs devoirs, est un élément essentiel du pro­gramme qui propose aux femmes une for­mation en infor­ma­tique et leur procure des infor­ma­tions pra­tiques, sur la for­mation de coopé­ra­tives agri­coles par exemple.

Les femmes sont confrontées à des pro­blèmes quand leurs maris, qui sub­ve­naient aux besoins finan­ciers de la famille, sont en prison. La plupart des Pales­ti­niens sont passés en prison et des femmes aussi . Bien que les chiffres changent tous les jours, on estime qu’il reste environ 11 000 Palestinien-​​ne-​​s aujourd’hui dans les prisons israé­liennes. Cer­tains sont incar­cérés depuis de nom­breuses années.

Chaque jour les citoyens de Jénine risquent la détention ou l’emprisonnement, Une femme explique que parfois les enfants sont traînés en prison pour avoir fait les bra­vaches, jeté des pierres ou été au mauvais endroit au mauvais moment . « C’est un souci permanent ».

L’UGFP s’interroge sur ce que les femmes peuvent faire pour sur­monter une situation où elles se retrouvent seules avec une jeune famille à élever. Comment uti­liser les com­pé­tences, quelles nou­velles com­pé­tences sont néces­saires pour continuer ?

L’Union est une coopé­ration de femmes. Cer­taines sont com­pé­tentes en agri­culture, d’autres en arti­sanat, d’autres ont une bonne éducation et des diplômes élevés et peuvent enseigner aux autres. Toutes voient leurs talents utilisés.

Tamam Qnawei est la pré­si­dente de l’Union à Jénine. Elle décrit ce qui s’est passé pendant la deuxième Intifada en 2002 et les chan­ge­ments qui ont entraîné la situation actuelle.

A Jénine, la répression a été par­ti­cu­liè­rement vio­lente. “ Les Israé­liens ont tué des enfants, des mères et des hommes,” dit Tamam, “mais nous sommes forts et ils n’ont pas tué notre esprit”. Elle dit que la résis­tance qui a com­mencé en 1967 est une résis­tance popu­laire paci­fique. Mais la deuxième Intifada, qui a com­mencé en 2000, a pris une nature poli­tique plus vio­lente. La visite de Sharon à la Mosquée Al-​​Aqsa a déclenché des émeutes et toute une série de représailles.

La réponse israé­lienne a été par­ti­cu­liè­rement brutale à Jénine. Des (avions)F-16 ont démoli des quar­tiers entiers. Tous les bâti­ments ont été fermés, l’intérieur mis à sac et détruit. Les hommes ont été abattus devant les femmes et les enfants. “A voir leurs pères et leurs frères tués sous leurs yeux, les enfants ont com­mencé à com­prendre comment agir ”, dit Tamam , “les hommes étaient empri­sonnés et leurs femmes n’avaient pas le droit de leur rendre visite​.Ca a entraîné des représailles.”

“Aujourd’hui la pau­vreté et le chômage sont très répandus, et il y le mur, pas de pos­si­bilité de se déplacer, alors moins de femmes peuvent venir à l’Union.”

Les visi­teurs membres de Siraj vou­laient savoir quel message les femmes de l’Union vou­laient trans­mettre aux Etats-​​Unis. Alors Tamara a répondu : “Nous voulons vivre en sécurité, nous déplacer librement, donner une éducation à nos enfants. Nous voulons une vie saine, une vie décente avec une bonne situation écono­mique -pas une économie qui dépend d’Israël. .”

Amneh Darymeh, qui enseigne à l’Université libre de Jéru­salem (Al-​​Quds Open Uni­versity) nous a dit : “Nous voulons que le monde écoute notre point de vue, que ce ne soit pas seulement un côté ». Elle a ajouté qu’il est important de connaître les sources des finan­ce­ments et quelles sont les condi­tions posées pour les obtenir .

Les femmes de l’Union affirment avoir la conviction qu’un jour elles pourront créer une ville qui répond aux besoins des femmes avec des magasins qui vendent de tout, des connec­tions Internet, des biblio­thèques, une station de télé­vision et une banque qui prête de l’argent aux femmes.

“Israël devrait nous donner une chance de vivre avec l’aide de tous les gens qui aiment la paix,” a ajouté Amneh.