Izdahar

E. Hazan, mardi 4 juillet 2006

Les pri­son­niers ont besoin d’argent : l’ordinaire de la prison est imman­geable, on trouve des cafards dans la soupe. Il faut payer pour manger, payer pour le téléphone…

Chères amies, chers amis,

J’ai ren­contré en Palestine Izdahar J., une femme d’une cin­quan­taine d’ années qui habite un quartier péri­phé­rique de Hébron. Dans la pièce prin­cipale de son logement, quatre por­traits sont réunis sur une grande photo : les quatre membres de la famille qui sont en prison.

Son mari, âgé de 65 ans, est l’un des leaders du Front popu­laire pour la libé­ration de la Palestine à Hébron. Il est car­diaque, actuel­lement hos­pi­talisé à la prison d ’Ash­kelon. Izdahar pense qu’on le lui rendra quand il sera mort.

Deux de ses fils, âgés de 20 et 21 ans, ont été condamnés à 7 ans de prison il y a 3 ans. L’un est détenu à Nafha et l’autre à Beer­sheva, dans le Néguev. Les soldats sont venus les chercher à 4h du matin, ils ont fait exploser la porte et ont tout cassé dans la maison, les ordi­na­teurs, la télé­vision, les meubles…

Ils reviennent depuis pério­di­quement ravager le logement de cette famille devenue une cible du seul fait que le père appar­tient au FPLP. Un troi­sième fils, étudiant de 23 ans, a été arrêté il y a deux mois et placé en détention admi­nis­trative pour une durée indé­ter­minée. Il est à la prison d’Ofer, près de Ramallah. Le fils restant, âgé de 14 ans, fait fonction de chef de la maison.

Chaque semaine, quand Izdahar va voir l’un de ses quatre pri­son­niers, elle se lève à 3h du matin pour prendre le car de la Croix-​​Rouge et elle est de retour à minuit. Elle est fouillée à chaque visite et ne peut voir les siens qu’à travers une vitre, les entendre que dans un microphone.

Les pri­son­niers ont besoin d’argent : l’ordinaire de la prison est imman­geable, on trouve des cafards dans la soupe. Il faut payer pour manger, payer pour le télé­phone… D’habitude, Izdahar envoyait à chacun d’eux 1000 shekels par mois. (un peu moins de 200 euros) Mais depuis quatre mois, depuis le boycott du gou­ver­nement élu, les familles de pri­son­niers ne reçoivent plus le « salaire » qui leur était versé par l’Autorité pales­ti­nienne. Izdahar n’a plus un sou, elle vit avec l’argent qu’on lui prête dans le quartier.

Les trois pri­son­niers de la famille qui sont passés en jugement ont été condamnés non seulement à des années de prison mais à des amendes très élevées, de l’ordre de 10 000 shekels chacun. Si ces sommes ne sont pas payées, ils ne seront pas libérés à la fin de leur peine.

Je propose que nous nous associons pour aider financièrement cette femme.

Certes, elle ne repré­sente qu’un cas (quatre, si l’on veut) sur les 10 000 pri­son­niers pales­ti­niens détenus par Israël, mais notre geste lui rendra confiance et lui mon­trera qu’elle n’est pas tout à fait seule au monde avec le fils qui lui reste.