Israël tue à Gaza, une fois de plus en toute impunité

Françoise Diehlmann, mardi 13 juin 2006

Ven­dredi 9 juin 2006. Un jour pas comme les autres. Le monde entier vibre en attendant le début de la coupe du monde de football. On sait combien le foot est important pour les peuples des pays du sud. Le "Mundial" les aide à « oublier », ne serait-​​ce qu’un peu pendant tout un mois, les drames de la vie, de la misère, d’un conflit, d’une occupation

… si bien sûr les va-​​t-​​en guerre et les occu­pants de ce monde le per­mettent. L’occupant israélien, lui, ne le permet pas et frappe !

Il frappe fort ce 9 juin 2006. Le ven­dredi est férié en Palestine. Le seul endroit où l’air est quelque peu res­pi­rable dans Gaza exsangue, c’est en bordure de mer. Les enfants y jouent, leurs mères à leurs côtés. La plage est touchée par une série de raids meur­triers israé­liens tuant des femmes et des enfants et faisant de nom­breux blessés. Israël veut « faire une enquête », « regrette que des inno­cents aient été touchés ». Après cet acte ter­ro­riste, c’est avec cynisme qu’Israël veut faire vivre le dicton : « je net­toyais mon arme et le coup est parti tout seul ».

Des voix se sont élevées contre les bom­bar­de­ments de l’armée d’occupation israé­lienne à Gaza, mais combien ? Ce ne sont pas les foules. Ce manque d’ampleur ne peut taire d’autres voix, celles qui mini­misent, qui placent ce crime au niveau de l’erreur. La France, quant à elle, dénonce les moyens dis­pro­por­tionnés aux­quels a recours la 4ème armée du monde, mais sans condamner Israël pour autant.

Cette nou­velle action meur­trière, d’autant plus cho­quante que les prin­ci­pales vic­times sont des enfants jouant sur une plage, plonge davantage encore les Gazaouis dans les ténèbres. Oui, la Palestine est à bout ! Et Gaza encore plus ! Mais pas à genoux ! Occu­pation, bar­rages, bou­clages, murs, assas­sinats ciblés, incur­sions, annexions, colo­ni­sation, F16, blindés, chars, sang, famine, et bien d’autres mots guère plus encou­ra­geants montrent le véri­table visage d’Israël que la com­mu­nauté inter­na­tionale laisse se placer au-​​dessus du droit en toute impunité. Mais, en revanche, elle sait punir le peuple pales­tinien en arrêtant l’aide à l’Autorité pales­ti­nienne, parce que le résultat du vote d’une élection démo­cra­tique qu’elle a tant réclamée ne cor­respond pas à ses vœux.

Le peuple pales­tinien, en votant pour le Hamas, s’est exprimé avant tout contre le clien­té­lisme du Fatah et pour l’amélioration des condi­tions de vie. Quelle autre alter­native avait-​​il ?

Les Pales­ti­niens ont donné une majorité Hamas au par­lement, tout en restant très attachés à leur Pré­sident défunt, élu démo­cra­ti­quement, Yasser Arafat, qui incarne la résis­tance pales­ti­nienne, l’identité nationale pales­ti­nienne et les acquis de l’OLP. Les Pales­ti­niens ne sou­haitent pas que ces acquis soient remis en cause. Aussi, sont-​​ils dans leur grande majorité pour la Paix, pour un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967, à côté de l’Etat d’Israël malgré les pires humi­lia­tions que ce dernier leur fait subir, avec Jéru­salem Est comme capitale. S’ils reprochent au Fatah de n’avoir pas su mener les négo­cia­tions, ils en approuvent le choix. Les diri­geants du Hamas savent tout cela mais ne veulent pas en entendre parler. Le Pré­sident Mahmoud Abbas, lui aussi élu démo­cra­ti­quement, et par ailleurs chef de l’OLP, connaît l’attachement de son peuple à ces valeurs. D’où la décision de réfé­rendum sur la recon­nais­sance implicite de l’Etat d’Israël. Ce réfé­rendum part des pro­po­si­tions de pri­son­niers, qu’ils soient du Fatah, du Hamas, du FPLP ou du FDLP, avec comme symbole de la résis­tance Marwan Bar­ghouti, lui aussi, ancré dans le cœur des Palestiniens.

Bon nombre de pri­son­niers can­didats Fatah ou Hamas aux muni­ci­pales et aux légis­la­tives ont été élus. Voter pour eux était pour les Pales­ti­niens leur façon de résister. En général, il sort souvent de l’univers car­céral poli­tique des idées, des réflexions voire des stra­tégies inté­res­santes, que le plus commun des mortels parfois a du mal à s’imaginer ! Voir Mandela !

Pas étonnant que ce réfé­rendum soit rejeté à la fois par Israël car il vient per­turber les plans du 1er ministre israélien concernant la question des fron­tières et l’annexion des colonies et par les diri­geants du Hamas, parti qui, il faut le rap­peler, a pignon sur rue grâce à Israël..

Un réfé­rendum ne met pas en cause une élection, mais des ques­tions stra­té­giques et d’importance vitale néces­sitent l’avis d’un peuple. Le débat démo­cra­tique qui carac­térise un réfé­rendum, à condition que celui-​​ci ne prenne pas le caractère d’un plé­biscite, peut conduire un peuple à s’emparer du sujet. Tout cela n’est pas propre à la Palestine. Mais outre la Palestine occupée, quel autre pays arabe de la région organise des réfé­rendums et des élec­tions démocratiques ?

Le mas­sacre de l’armée israé­lienne à Gaza coïncide pra­ti­quement avec la pro­cla­mation du réfé­rendum. Ce n’est donc pas un hasard. Avec cet acte meur­trier, Israël pro­voque le Hamas. La réaction ne s’est pas fait attendre : Les Bri­gades Ezzedine Al-​​Qassam ont fait savoir qu’elles « déci­deront du moment opportun et du lieu pour riposter avec force aux attaques cri­mi­nelles d’Israël". Bref, il pourrait s’agir de la reprise des attentats-​​suicides, aux­quels d’ailleurs s’opposent la majorité des Pales­ti­niens. Du grain à moudre pour Israël et pour tous ceux qui sont pour l’impunité d’Israël ! Les medias s’emparent déjà des décla­ra­tions de la branche armée du Hamas. Plus question du mas­sacre de l’armée israé­lienne à Gaza. Oublié. Envolé. Pschitt ! et ce, malgré l’image bou­le­ver­sante - que les télé­vi­sions du monde ont passé en boucle - de cette petite fille pleurant de douleur le mas­sacre de sa famille.

Pendant ce temps, au nom de l’autodéfense israé­lienne, Bush a décidé de se taire, la main sur le cœur sans doute, priant à coup sûr. Le cou­pable, Israël, agit en toute impunité. Le peuple pales­tinien, victime, est puni, humilié.

Le mas­sacre de Gaza ? Des dégâts col­la­téraux diront les va-​​t-​​en guerre israé­liens et de la Maison-​​Blanche. D’ailleurs que repré­sente un Pales­tinien à leurs yeux ? Mieux vaut donner l’image d’un peuple barbare, afin que Mon­sieur Olmert puisse réa­liser au plus vite ses plans d’annexion et qu’on n’en parle plus. A quoi bon montrer l’image d’un peuple capable d’organiser des élec­tions démo­cra­tiques dans son pays occupé, à quoi bon res­pecter son vote, à quoi bon admettre que ce soit-​​disant peuple d’assassins soit attaché aux acquis de l’OLP, qu’un réfé­rendum, dont la tenue est condamnée par Israël et les diri­geants du Hamas, vien­drait confirmer. Olmert le Conquérant verrait ses futures conquêtes partir en fumée et M. Bush ne pourrait plus brandir la ban­nière de l’autodéfense. Comme cela ne suffit pas, les USA, Israël et l’Union euro­péenne affament les Pales­ti­niens et en font une arme politique.

Ils savent que les Palestiniens, même à bout, ne plieront pas.

Plus que jamais, le peuple palestinien a besoin de notre solidarité.

Bien sûr, il faut inten­sifier nos actions et trouver des formes nou­velles, mais il est indis­pen­sable aussi :

D’éviter une éven­tuelle démo­bi­li­sation dans nos rangs, dans le mou­vement de soli­darité en général, que pourrait sus­citer la situation actuelle. Pour cela, il est important de faire res­sortir les contra­dic­tions ainsi que les inter­ro­ga­tions que chacun et chacune pour­raient avoir, pour qu’elles soient débattues démo­cra­ti­quement jusqu’au bout. Le contraire qui consis­terait à les placer au rang de tabou, serait pré­ci­sément source de démobilisation ;

D’Elargir le mou­vement de soli­darité. Cela signifie aller par exemple vers celles et ceux qui signent des appels condamnant l’arrêt de l’aide de l’Union euro­péenne à l’Autorité pales­ti­nienne, appels avec les­quels nous avons des diver­gences, car ils ne men­tionnent pas l’occupation israé­lienne. Souvent ces per­sonnes signent pour la pre­mière fois ces appels, fières, à juste titre de leur premier enga­gement pour la Palestine. C’est à nous ensuite de les informer.

L’élargissement du mou­vement de soli­darité est d’autant plus urgent qu’il faut peser sur la com­mu­nauté inter­na­tionale, notamment l’Europe, pour qu’Israël cesse ses crimes, ses assas­sinats ciblés et ne soit plus exempt de sanc­tions, pour que le peuple pales­tinien ne soit plus « un peuple sous embargo ».