Israël se prépare à refouler les par­ti­ci­pants à la mission " Bien­venue en Palestine "

Benjamin Barthe, vendredi 13 avril 2012

Un an après une pre­mière ten­tative ratée, 1500 mili­tants pro­pa­les­tinens pro­jettent d’atterrir dimanche à Tel Aviv pour se rendre en Cisjordanie.

Le conflit israélo-​​palestinien va-​​t-​​il s’inviter dans une cam­pagne pré­si­den­tielle fran­çaise jusque-​​là her­mé­tique aux ques­tions inter­na­tio­nales ? Dimanche 15 avril, 1 500 mili­tants pro­pa­les­ti­niens venus de pays euro­péens, des Etats-​​Unis et du Canada, dont environ 500 Français, ten­teront de rejoindre la Cis­jor­danie, via l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv, où des cen­taines de poli­ciers seront déployés pour refouler ce qu’Israël voit comme des " agitateurs ".

Faisant fi des mises en garde du Quai d’Orsay, qui redoute des " inci­dents " et " décon­seille " aux res­sor­tis­sants français de prendre part à ce voyage, les orga­ni­sa­teurs de cette mission, bap­tisée " Bien­venue en Palestine ", espèrent inter­peller les can­didats sur les dif­fi­cultés de cir­cu­lation dont pâtissent les Pales­ti­niens et les sym­pa­thi­sants de leur cause.

En 2011, la pre­mière édition de cette opé­ration avait suscité un gros battage média­tique. Sous la pression d’Israël et des auto­rités fran­çaises, la plupart des com­pa­gnies aériennes sur les­quelles les mili­tants avaient prévu de voyager, s’étaient opposées à leur embar­quement, à l’aéroport Roissy-​​Charles-​​de-​​Gaulle. Quelques dizaines d’autres par­ti­ci­pants avaient néan­moins réussi à s’envoler pour Tel Aviv. Ils avaient été arrêtés à leur atter­rissage puis expulsés, au motif que leur seule intention était de réa­liser un coup média­tique et de troubler l’ordre public.

" Bien­venue en Palestine n’est pas une opé­ration coup-​​de-​​poing, pré­vient Olivia Zémor, pré­si­dente de l’association CAPJPO-​​Europalestine et coor­di­na­trice, côté français, de cette ini­tiative inter­na­tionale. Une fois arrivés à Ben Gourion, nous ferons la queue comme tout le monde devant le guichet des pas­se­ports. Des bus nous atten­dront à la sortie de l’aéroport pour nous conduire direc­tement en Cis­jor­danie. En revanche, nous ne men­tirons pas sur l’objet de notre visite, comme doivent le faire la plupart des mili­tants qui débarquent à Tel Aviv. Nous dirons haut et fort que la Palestine existe et que nous y allons. C’est cela qui gêne Israël. "

Pour les étrangers désireux de se rendre en Cis­jor­danie, l’aéroport de Tel Aviv est un passage quasi obligé. L’autre solution, beaucoup moins pra­tique, consiste à atterrir en Jor­danie et à tra­verser le poste-​​frontière d’Allenby, sur le Jourdain, qui est sous le contrôle d’Israël.

Aéroports inutilisables

Deux aéro­ports sont implantés dans les ter­ri­toires occupés, à Rafah, dans la bande de Gaza, et à Kalandya, en lisière de Jéru­salem. Mais le premier, mis en service en 1998, a été rendu inuti­li­sable par l’armée israé­lienne, au début de la seconde Intifada, en 2001.

Quant au second, bâti à l’époque du mandat bri­tan­nique en Palestine, il a été occupé en même temps que la Cis­jor­danie, durant la guerre de 1967, et ne fonc­tionne plus depuis la fin des années 1990. Faute d’être autorisé par Israël à remettre en état l’aéroport de Rafah, désormais sous la tutelle du Hamas, maître de la bande de Gaza, l’Autorité pales­ti­nienne ambi­tionne d’en construire un nouveau dans la région de Jéricho. Mais là encore, la bureau­cratie mili­taire israé­lienne s’oppose à ce projet.

Une fois sur place, les membres de la mission sont censés par­ti­ciper à la pose de la pre­mière pierre d’une école inter­na­tionale, à Beit Jala, près de Bethléem. Le maire de cette ville et le gou­verneur de la région ont envoyé des lettres de bien­venue aux participants.

Jusqu’à présent, sur l’ensemble des can­didats à la pré­si­den­tielle sol­li­cités par " Bien­venue en Palestine ", seule Nathalie Arthaud, de Lutte Ouvrière, a mani­festé offi­ciel­lement son soutien. Un membre de la cam­pagne de François Bayrou, avait ini­tia­lement salué cette " belle ini­tiative ", dans un mail envoyé aux orga­ni­sa­teurs. Il écrivait qu’" il est into­lé­rable que des projets paci­fiques soient bloqués de la sorte, avec l’accord du gou­ver­nement français ". Mais Jean-​​François Martins, le res­pon­sable de la com­mu­ni­cation du can­didat MoDem a désavoué son geste, le qua­li­fiant d’" excès de zèle ".

En Israël, où la tension monte à l’approche de l’arrivée des pro­pa­les­ti­niens, les avis divergent sur la réaction à apporter à cette mission et sur l’opportunité d’un refou­lement musclé sous l’oeil des caméras. Le mou­vement Gush Shalom, dirigé par Uri Avnery, vétéran du camp de la paix et ancien député à la Knesset, a qua­lifié le déploiement sécu­ri­taire à Ben Gourion de " gas­pillage de l’argent des contribuables ".