Israël se prépare à des élections anticipées

Frédérique Misslin, mercredi 29 octobre 2008

L’instabilité du système poli­tique israélien se confirme. Des élec­tions géné­rales devraient être convo­quées en février pro­chain puisque Tzipi Livni n’a pas réussi à mettre sur pied une coa­lition qui lui per­mette de diriger le pays. L’Etat hébreu entre en cam­pagne élec­torale dans un contexte de crise écono­mique mon­diale, l’annonce d’un scrutin légis­latif anticipé signe également la fin du pro­cessus de dia­logue entamé avec les Pales­ti­niens il y a un an, à Annapolis.

« Je n’ai pas peur des élec­tions », Tzipi Livni a tiré la conclusion de plu­sieurs semaines de trac­ta­tions sté­riles. La diri­geante du parti Kadima, désignée Premier ministre il y a un mois, avait pour mission de former un gou­ver­nement d’union. Elle a échoué, un fait rarissime. Le dernier scé­nario de ce type avait eu lieu en 1990. A l’époque, c’est l’actuel pré­sident Shimon Peres qui, pour les tra­vaillistes, n’avait pas réussi à ras­sembler autour de son pro­gramme. L’échec de Tzipi Livni met surtout en lumière la dif­fi­culté à gérer le système poli­tique israélien, un système par­le­men­taire reposant sur un vote à la pro­por­tion­nelle quasi-​​absolue.

Cette confi­gu­ration a permis au parti ultra-​​religieux Shas qui dispose de 12 sièges seulement au Par­lement de jouer les arbitres et de faire monter les enchères. Le mou­vement séfarade est habitué des mar­chan­dages, il réclamait en échange de sa par­ti­ci­pation au gou­ver­nement un enga­gement écrit de Tzipi Livni à ne mener aucune négo­ciation avec les Pales­ti­niens sur la question de Jérusalem-​​Est (occupée et annexée par les Israé­liens depuis 1967). Le Shas voulait également une forte aug­men­tation des allo­ca­tions fami­liales. Le parti avait déjà obtenu cette année 100 mil­lions de dollars pour financer par exemple des écoles reli­gieuses mais, quand il a exigé une aug­men­tation de 30% soit 260 mil­lions de dollars, Tzipi Livni a arrêté toute dis­cussion. « Les négo­cia­tions menaient à des exi­gences exor­bi­tantes tant au niveau écono­mique que poli­tique. Il y a un prix que je ne suis pas dis­posée à payer », a mar­telée la diri­geante de Kadima.

Que va-​​t-​​il se passer maintenant ?

« Dans les pro­chains jours, Israël va entamer une cam­pagne élec­torale cru­ciale », a déclaré le pré­sident Shimon Peres à l’ouverture de la session d’hiver de la Knesset, ce lundi. En pleine crise finan­cière inter­na­tionale et juste avant la pré­si­den­tielle amé­ri­caine, Israël entre donc dans une période d’incertitude poli­tique. En attendant, c’est un gou­ver­nement de tran­sition qui assurera la gestion des affaires cou­rantes, un gou­ver­nement tou­jours dirigé par un Premier ministre soup­çonné de cor­ruption à savoir Ehud Olmert. Son cabinet ne sera pas à prendre des déci­sions cru­ciales pour l’avenir du pays et le Premier ministre aura sans doute du mal à faire adopter la loi de finances 2009.

Paral­lè­lement, Kadima, en tant que parti majo­ri­taire à la Knesset, va déposer un texte de loi sug­gérant l’autodissolution du Par­lement. Offi­ciel­lement, pendant une période de trois semaines, n’importe quel député peut tenter à son tour de former une coa­lition mais ce scé­nario semble plus qu’improbable. Qui pourrait réussir aujourd’hui à ras­sembler alors que Tzipi Livni a échoué et lorsqu’on sait que son prin­cipal rival Ben­jamin Neta­nyahu n’a pas de mandat par­le­men­taire. Selon la légis­lation israé­lienne, à moins que les députés ne par­viennent à s’entendre dans les trois pro­chaines semaines sur une date de scrutin, le Par­lement devra s’auto-dissoudre et les élec­tions se tien­dront 90 jours plus tard, c’est-à-dire pro­ba­blement à la mi-​​février 2009.

La campagne a déjà démarré

Tzipi livni s’engage dans la course certes avec l’image de son échec mais elle espère trans­former ce han­dicap en avantage puisqu’elle n’a rien cédé aux reli­gieux. Dif­ficile de dire si cette stra­tégie lui sera pro­fi­table. Les der­niers son­dages réa­lisés en Israël contre­disent en effet les pré­cé­dentes enquêtes d’opinion. Kadima pourrait ainsi décrocher 29 des 120 sièges de la Knesset contre 26 pour le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu. Ces chiffres témoignent de la popu­larité per­sis­tante de Tzipi Livni qui soigne son image de « femme de prin­cipes ». Elle reste la mieux placée pour barrer la route à Ben­jamin Neta­nyahu qui l’accuse de vouloir brader « la Judée Samarie » (les colonies de Cis­jor­danie) et de vouloir par­tager Jéru­salem avec les Pales­ti­niens en faisant le jeu des « gauchistes ».

En face donc, le Likoud est déjà entré en cam­pagne sou­li­gnant que le parti a démontré son prag­ma­tisme par le passé et affirmant qu’il va s’attacher à pré­server les intérêts en matière de sécurité mais aussi à veiller sur « son héritage national ». Un dis­cours ancré à droite et sus­cep­tible de séduire l’électorat des colons. Ben­jamin Neta­nyahu est convaincu de l’emporter, a promis un gou­ver­nement d’union.

Quand aux tra­vaillistes membres de la coa­lition sor­tante, ils appa­raissent comme les grands per­dants de cette valse poli­tique. Ils affirment être les seuls à pouvoir apporter aux Israé­liens la paix et la sécurité mais les son­dages leur pré­disent une chute ver­ti­gi­neuse. Le parti d’Ehud Barak pas­serait ainsi de 19 à 11 sièges au Parlement.

La fin d’Annapolis

Quelle que soit l’issue des pro­chaines élec­tions israé­liennes, l’instabilité du système poli­tique israélien est chro­nique. Le Par­lement compte 120 sièges et tout gou­ver­nement doit avoir au moins 61 députés de son côté pour agir. Les coa­li­tions peuvent être diverses. Le pro­fesseur Dan Ben David, qui enseigne l’économie à l’université de Tel Aviv, constate : « Alors qu’Israël est confronté à la menace ira­nienne et à la crise finan­cière mon­diale, les trac­ta­tions de ces der­nières semaines ont tourné autour de la défense d’intérêt sec­to­riels ». Pour Kadima, un échec aux pro­chaines élec­tions signerait la fin de l’aventure pour ce tout jeune parti cen­triste qui ras­semble d’anciens tra­vaillistes et membres du Likoud. En février pro­chain, les cartes seront donc redis­tri­buées : l’Etat hébreu aura un nouveau Premier ministre, les Amé­ri­cains un nouveau pré­sident… restent les Pales­ti­niens. Pour la plupart des com­men­ta­teurs, l’annonce d’élections anti­cipées en Israël signe surtout l’arrêt de mort du pro­cessus d’Annapolis qui avait été lancé par George Bush il y a un an.