Israël s’installe dans la violence

Face aux attaques de Palestiniens, le pouvoir répond par des tirs sans sommation et le bouclage de villes.

Nissim Behar, Libération, dimanche 13 décembre 2015

Manifestation de Palestiniens à l’entrée de Bethlehem, le 8 décembre. Photo Musa Al-Shaer. AFP

Les réseaux sociaux palestiniens et les médias liés au Hamas ont exulté après le mitraillage, mercredi soir, sur une route de Cisjordanie occupée, de la voiture qui transportait Shaoul Nir (62 ans), son épouse, et d’autres membres de sa famille. Certes, aucun de ces colons n’a été tué mais Nir – le conducteur du véhicule — est considéré par les Palestiniens comme une « cible de prestige » puisqu’il fut, au début des années 1980, l’un des dirigeants du réseau terroriste qui perpétrait des attentats anti-palestiniens sanglants.

Condamné à la perpétuité avec trois complices pour avoir attaqué à l’arme automatique le collège islamique d’Hébron en 1983 (3 morts, 33 blessés), le colon avait été relâché après sept ans de détention.

Aussi spectaculaire soit-il, le mitraillage de sa voiture, sur laquelle23 impacts ont été comptabilisés, n’est pas un fait isolé. Depuis environ un mois, trois attaques à l’arme automatique ont également eu lieu. Et les tentatives d’attentat à l’arme blanche se poursuivent au rythme de deux ou trois par jour. Surtout à Hébron et à l’entrée de la colonie voisine de Kyriat Arba.

Mardi, de violents incidents ont d’ailleurs éclaté entre la population palestinienne et les colons de « l’enclave juive » de la ville après l’un des leurs a été poignardé au cou.

« Des gens de la rue veulent continuer à en découdre »

« Il y a deux mois à peine, les services de sécurité israéliens prédisaient que les violences ne dureraient pas longtemps. Qu’elle se calmeraient à l’arrivée de l’hiver : ils avaient tout faux », estime le spécialiste des questions palestiniennes Ohad Hemo. « Même si nous n’avons pas atteint le même niveau de violence que durant la deuxième intifada (2000-2005), on sent que des gens de la rue veulent continuer à en découdre. A leur manière et sans demander l’avis de qui que ce soit à Ramallah. Ceux qui lancent des attaques au couteau, au ciseau, et même parfois au marteau ou à la hâche contre des soldats, des policiers et des colons sont d’autant plus déterminés que la plupart d’entre eux seront abattus en pleine rue, sans procès, avant même d’avoir réussi à mener bien la mission qu’ils s’étaient assignée. » Et de poursuivre : « La plupart d’entre eux savent qu’ils ne reviendront pas vivants. Ce sont des kamikazes dans tous les sens du terme. »

Depuis le 1er octobre,date officielle et arbitraire du début de ce cycle de violence les attentats - au couteau dans les deux tiers des cas- ont fait 116 morts palestiniens, dont un Arabe israélien, 17 Israéliens ainsi qu’un Américain et un Erythréen. Et ce après une nouvelle journée de violences vendredi où un palestinien a été tué dans une tentative d’attentat à la voiture bélier et deux autres dans des heurts avec les soldats israélien.

Multiplication des arrestations nocturnes

Insensiblement, Tsahal (l’armée israélienne) et les services de sécurité appliquent des mesures de plus en plus dures pour tenter – sans effet jusqu’à présent — d’enrayer ce que Benyamin Netanyahou et les autres responsables de l’Etat hébreu persistent à présenter comme une simple « vague de terreur ». A l’autorisation donnée aux soldats et policiers de tirer sans sommation se sont ajoutés la multiplication des arrestations nocturnes de « suspects de terrorisme » dans les villages palestiniens, la réinstallation de barrages sur les routes, la fermeture de radios palestiniennes d’Hébron accusées d’« inciter à la haine antijuive » et le bouclage de zones peuplées.

Dans la foulée du mitraillage de la voiture de Shaoul Nir, les forces israéliennes ont ainsi bouclé la ville palestinienne de Tulkarem, le camp de réfugiés de Nour el Shams, ainsi que trois villages. Plusieurs check points par lesquels transitent les travailleurs de la zone employés en Israël ont également été fermés. Près de 200 000 Palestiniens sont donc bouclés chez eux à la grande satisfaction du « Yecha », le puissant lobby des colons qui développe une campagne exigeant l’interdiction des voitures palestiniennes sur la plupart des routes de Cisjordanie.