Israël relance la construction d’une colonie de Cisjordanie

L’Orient le Jour et Michel Bôle-​​Richard, mardi 11 mars 2008

Israël a annoncé hier (9 mars) la relance de la construction de loge­ments dans une colonie de Cis­jor­danie au risque de nuire aux chances de reprise des négo­cia­tions de paix avec les Pales­ti­niens sus­pendues après une offensive meur­trière israé­lienne à Gaza.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a donné son feu vert à la construction de cen­taines de nou­veaux loge­ments dans la colonie de Givat Zeev, au nord-​​ouest de Jéru­salem, selon le ministère de l’Habitat. « Le ministre de l’Habitat, Zeev Boïm, a donné pour consigne aux res­pon­sables de son ministère de relancer la construction à Givat Zeev, une décision prise après une série de consul­ta­tions avec le Premier ministre », indique un com­mu­niqué. « La relance de la construction est une bonne nou­velle », sou­ligne M. Boïm, du parti cen­triste Kadima de M. Olmert. « La construction de cen­taines d’unités de nou­veaux loge­ments répond à une poli­tique des­tinée à faire face à une demande de loge­ments suite au déve­lop­pement démo­gra­phique de Jéru­salem », poursuit le ministre qui dit vouloir pour­suivre cette politique.

Les Pales­ti­niens ont immé­dia­tement condamné cette décision qui inter­vient au len­demain de l’annonce d’une reprise pro­chaine des négo­cia­tions où le conten­tieux sur les colonies israé­liennes occupe une place cen­trale. « Nous condamnons fer­mement cette décision et consi­dérons qu’avec elle Israël entend démolir le pro­cessus de paix et les efforts en ce sens de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Nous appelons l’Administration amé­ri­caine à faire pression sur Israël pour l’annuler », a déclaré à l’AFP, Saëb Erakat, prin­cipal négo­ciateur pales­tinien. « C’est une décision scan­da­leuse qui va affecter les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens. Ce gou­ver­nement qui s’est engagé à évacuer des colonies ne fait que les ren­forcer », a ren­chéri à l’AFP Yariv Oppen­heimer, directeur du mou­vement anti­co­lo­ni­sation La Paix maintenant.

Des res­pon­sables pales­ti­niens et israé­liens avaient annoncé samedi une reprise pour cette semaine des négo­cia­tions sus­pendues par le pré­sident Mahmoud Abbas à la suite d’une opé­ration mili­taire par­ti­cu­liè­rement meur­trière de l’armée israé­lienne à Gaza. Les pour­parlers, censés toucher aux ques­tions de fond d’un conflit vieux de soixante ans, ont été dif­fi­ci­lement relancés fin novembre lors de la confé­rence inter­na­tionale de paix d’Annapolis (États-​​Unis). Depuis, les négo­cia­tions ont prin­ci­pa­lement achoppé sur la pour­suite de la colo­ni­sation israé­lienne, notamment dans la région de Jérusalem.

Un haut res­pon­sable israélien de la Défense a confirmé à l’AFP l’existence d’un accord passé entre le ministère et les colons en vertu duquel ces der­niers déman­tè­le­raient de leur plein gré 26 colonies sau­vages de Cis­jor­danie, en contre­partie du déve­lop­pement des grands blocs de colonies qu’Israël envisage de conserver dans le cadre d’un accord de paix. « Lors de ren­contres secrètes il y a deux semaines, le ministre de la Défense, Ehud Barak, a autorisé la construction dans les grands blocs de colonies, dans le cadre d’un accord avec les colons sur l’évacuation d’avant-postes construits illé­ga­lement », a indiqué ce res­pon­sable.  [1]


voir aussi l’article du Monde :

Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a donné son feu vert à la construction de 750 loge­ments dans la colonie de Givat Ze’ev, située à une dizaine de kilo­mètres au nord-​​ouest de Jéru­salem. Peuplée de 11 000 habi­tants, cette colonie de Cis­jor­danie est proche de Ramallah.

Le ministre de l’habitat, Zeev Boïm, s’est réjoui de cette décision et a expliqué que "ce projet décidé en 1999" avait été gelé en raison de la seconde Intifada en sep­tembre 2000 et qu’il répondait "au déve­lop­pement démo­gra­phique de Jéru­salem". Mark Regev, porte-​​parole du gou­ver­nement, a fait remarquer que ces nou­velles construc­tions sont "conformes à notre poli­tique consistant à construire dans les prin­cipaux blocs de colonies qui res­teront dans le giron d’Israël lors de la signature d’un accord final" avec les Palestiniens.

Cette décision inter­vient alors que les négo­cia­tions sont sus­pendues depuis une semaine après la mort de plus de 130 per­sonnes dans la bande de Gaza et sont censées reprendre cette semaine après le voyage effectué par Condo­leezza Rice, secré­taire d’Etat amé­ri­caine, les 4 et 5 mars.

"Humiliation"

"C’est une pro­vo­cation d’Israël qui démontre son intention de ren­forcer son occu­pation illégale et la colo­ni­sation du ter­ri­toire pales­tinien", s’est insurgé Saëb Erakat, res­pon­sable des négo­cia­tions au sein de l’Autorité pales­ti­nienne. Ce proche col­la­bo­rateur du pré­sident Mahmoud Abbas a qua­lifié cette décision d’"humiliation" pour ce dernier et de "camouflet au pro­cessus de paix" alors qu’une réunion est prévue, jeudi 13 mars, avec le général William Fraser, émis­saire de George Bush, qui doit mesurer le chemin accompli dans le respect de la "feuille de route", pièce essen­tielle du pro­cessus relancé à Anna­polis (Maryland) le 27 novembre 2007. "Cela démontre à quel point Israël prend au sérieux le mandat du général Fraser et le pro­cessus dans son ensemble", a déploré M. Erakat.

En dépit des appels lancés en faveur du gel de la colo­ni­sation et du déman­tè­lement des colonies sau­vages, les auto­rités israé­liennes consi­dèrent qu’elles sont en droit de continuer de construire dans l’enceinte des blocs de colonies. Elles estiment que leur sort n’est pas négo­ciable et qu’ils seront rat­tachés à l’Etat juif si les négo­cia­tions per­mettent d’aboutir à un accord avec les Palestiniens.

La seule question qui se pose est de savoir ce qui va être défini comme bloc de colonies et quelles seront les com­pen­sa­tions ter­ri­to­riales qui seront obtenues pour le futur Etat pales­tinien. Le sort de Givat Ze’ev, comme de toutes les autres colonies proches de Jéru­salem, est une question sen­sible. "Jérusalem-​​Est est le moteur écono­mique et culturel de la Palestine a rappelé M. Erakat. Il ne saurait y avoir une Palestine viable sans Jérusalem-​​Est comme capitale."  [2]