Israël refuse toute avancée vers une paix négociée

Monique Etienne, mardi 29 avril 2008

La semaine passée a été marquée par l’annonce de nou­velles offres de dia­logue venant de la Syrie et du Hamas suite aux démarches cou­ra­geuses entre­prises par Jimmy Carter, et une fois de plus, par l’intransigeance d’Israël -rejetant en bloc toute avancée.

Selon le journal syrien Al Watan, proche du pouvoir, le Premier ministre israélien serait prêt à accepter un retrait du plateau du Golan en échange de la paix avec la Syrie. Une infor­mation confirmée par Damas et démentie par Ehud Olmert qui déclarait le 24 avril qu’Israël ne ren­drait jamais le Golan. Pourtant, l’ambassadeur d’Israël à Ankara évoquait le 27 avril de pos­sibles étapes de négo­cia­tions avec la Syrie par l’entremise de la Turquie.

Après sa ren­contre avec le repré­sentant du Hamas à Damas, Khaled Mechaal, on apprenait lors d’une confé­rence de presse de J.Carter que le Hamas serait prêt à accepter un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967 si les Pales­ti­niens l’approuvaient et qu’il accep­terait le droit d’Israël à vivre en paix comme proche voisin si un accord était conclu. Autre avancée, le Hamas serait disposé à accepter une paix négociée entre l’Autorité pales­ti­nienne et le gou­ver­nement israélien à l’une des condi­tions sui­vantes : que les Pales­ti­niens l’approuvent par réfé­rendum, ou bien que cette paix soit validée par un nouveau Conseil légis­latif pales­tinien qui aurait été consacré par la voie des urnes. Ces nou­velles décla­ra­tions démontrent que le Hamas peut faire preuve de prag­ma­tisme poli­tique et confirment que la voie mili­taire n’est plus son choix stra­té­gique exclusif.

On constate également l’échec du boycott de cette for­mation par Israël, les Etats-​​Unis et l’Union euro­péenne. Que celle-​​ci soit capable de pro­poser une trêve en dépit de la guerre à outrance qu’Israël lui a déclarée, démontre que le Hamas peut évoluer s’il a en face de lui des inter­lo­cu­teurs effi­caces et désireux de par­venir à une paix négociée.

Quelle a été la réponse du Premier ministre, Ehud Olmert, à ces pro­po­si­tions d’ouverture du Hamas ? Un rejet très net du « cessez le feu », doublé d’un refus réitéré de toute dis­cussion avec cette orga­ni­sation « ter­ro­riste ». Cela en dépit du fait que cette pro­po­sition ait été plutôt bien accueillie en Israël, cer­tains ne voyant pas d’un mauvais œil une trêve qui per­met­trait que les fes­ti­vités du 60ème anni­ver­saire se déroulent dans le calme ; trêve qui serait d’ailleurs de courte durée. Si l’on en croit la rumeur, après les Fêtes, Israël réglerait mili­tai­rement ses comptes avec les orga­ni­sa­tions armées de Gaza.

Mais Ehud Olmert, qui est remonté dans les son­dages depuis les opé­ra­tions meur­trières à Gaza, doit penser qu’il n’a aucun intérêt à négocier avec le Hamas. Il opte clai­rement pour la pour­suite de sa poli­tique guer­rière et sans concession. En témoignent le rapport du PCHR sur la répression et la pour­suite de la colo­ni­sation : 100 loge­ments sup­plé­men­taires sont prévus pour agrandir les blocs de colonies auprès de Salfit. Les res­tric­tions de dépla­ce­ments sont non seulement main­tenues mais ont été ren­forcées pendant les Pâques juives. Du 17 au 23 avril, 15 Pales­ti­niens ont été tués et 36 blessés -dont trois mineurs en Cis­jor­danie ; 72 ont été arrêtés dont 13 enfants. Au cours de ce week-​​end de nou­veaux raids de l’aviation israé­lienne ont été menés à Gaza tuant une ado­les­cente, également à Jénin et à Qalqilya.

Les pers­pec­tives d’une solution négociée s’éloignent chaque jour un peu plus. De retour de Washington où il a ren­contré Georges Bush et Condo­leeza Rice, Mahmoud Abbas ne cachait ni son amertume ni sa colère dévoilant l’échec des négo­cia­tions et le risque d’une impasse dra­ma­tique si le mandat de Bush s’achevait sans un accord en bonne et due forme. Il a réaf­firmé son refus d’une nou­velle décla­ration de prin­cipes, exi­geant que les Amé­ri­cains appliquent la pre­mière phase de la Feuille de route qui traite de la ces­sation de l’expansion des colonies israé­liennes, sou­li­gnant qu’il sou­haitait que Washington exerce une pression sur Israël dans ce domaine. A aucun moment, a-​​t-​​il ajouté, n‘a été évoquée par ses inter­lo­cu­teurs, la création de l’Etat pales­tinien sur les fron­tières de 1967. Pour la pre­mière fois, le Pré­sident pales­tinien a menacé de réexa­miner, en cas d’impasse, sa stra­tégie de négociation.

Dans un débat avec Leïa Shahid, publié dans l’Humanité du 26 avril, Régis Debray pense qu’il est temps pour l’Autorité pales­ti­nienne de lever l’écran de fumée et de dire clai­rement aux puis­sances du Quar­tette : « On cesse de jouer. (….) Nous n’acceptons pas votre attitude de Tar­tuffe. Vous parlez de pers­pec­tives qui n’ont plus de réalité. Vous exhortez les Israé­liens à prendre des mesures, ils disent "oui" de la tête et font exac­tement le contraire. Vous n’en prenez jamais acte. Nous consi­dérons que vous êtes co-​​responsables d’une vio­lation quo­ti­dienne de la loi inter­na­tionale. Nous ne vous consi­dérons pas comme une ins­tance de super­vision neutre. Vous avez pris le parti d’un État qui, pour des raisons qui lui sont propres et peuvent d’ailleurs s’expliquer, s’estime au-​​dessus des lois. »

C’est la vraie question : mettre les USA et surtout l’Europe devant leurs res­pon­sa­bi­lités…. A la veille de la Pré­si­dence fran­çaise de l’Union euro­péenne, l’Europe va-​​t-​​elle enfin se montrer capable d’exister ?