Israël rase une maison palestinienne habitée à Jérusalem

Jeffrey Heller, mardi 13 juillet 2010

Israël a rasé une maison habitée par des Pales­ti­niens à Jérusalem-​​Est, mettant fin ainsi à un mora­toire de facto sur les des­truc­tions de loge­ments arabes dans la ville sainte décrété en novembre sous la pression des Etats-​​Unis.

Un pho­to­graphe de Reuters a vu une famille pales­ti­nienne chargée de ses biens quitter son habi­tation du quartier de Beït Hanina avant qu’une pel­le­teuse israé­lienne n’entre en action pour abattre le bâtiment.

Selon la muni­ci­palité de Jéru­salem, le logement de la famille Rabadji, com­posée d’un couple et de ses cinq enfants, avait été bâti sans permis de construire, un document quasi impos­sible à obtenir pour les Arabes de Jérusalem-​​Est.

Quelques ins­tants plus tôt, un autre engin de travaux publics avait démoli les fon­da­tions de deux habi­ta­tions arabes inachevées dans le quartier d’Issaouia ainsi qu’une partie d’un atelier. Une forte pré­sence poli­cière a permis d’éviter tout incident.

Le Premier ministre israélien Ben­jamin Neta­na­nyahu est intervenu il y a quelques mois pour faire annuler un projet immo­bilier muni­cipal qui inquiétait la com­mu­nauté inter­na­tionale sur le site de 20 loge­ments pales­ti­niens, dans une autre partie de Jérusalem-​​Est.

Comment réagiront les USA ?

La démo­lition du logement habité de Beït Hanina sus­citera pro­ba­blement une nou­velle vague de pro­tes­ta­tions inter­na­tio­nales contre la poli­tique d’expropriation des Pales­ti­niens habitant la partie orientale de Jéru­salem cap­turée et annexée par Israël à la faveur du conflit de 1967.

Il y a à peine une semaine, à Washington, Neta­nyahu s’était efforcé de rac­com­moder ses rela­tions avec le pré­sident amé­ricain Barack Obama, hypo­thé­quées par la pour­suite de la poli­tique israé­lienne de colo­ni­sation en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​Est.

Le chef du gou­ver­nement israélien avait promis au loca­taire de la Maison blanche des "mesures concrètes" pour établir rapi­dement avec les Pales­ti­niens un climat de confiance favo­risant le passage du dia­logue indirect engagé en mai sous l’égide de Washington à des pour­parlers face à face.

Interrogé au sujet des nou­velles démo­li­tions entre­prises par Israël, Yasser Abed Rabbo, pré­sident du comité exé­cutif de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP), a rappelé que les Etats-​​Unis s’étaient engagés à empêcher "tout nouvel acte de pro­vo­cation à Jéru­salem" [1].

Les Pales­ti­niens, a-​​t-​​il ajouté, veulent désormais savoir "comment les Amé­ri­cains agiront, parce que l’on assiste à une escalade depuis la visite de Neta­nyahu à Washington".

L’émissaire d’Obama au Proche-​​Orient, l’ancien sénateur George Mit­chell, qui est attendu de nouveau cette semaine dans la région, avait publi­quement invité Israël à s’abstenir de détruire les habi­ta­tions pales­ti­niennes édifiées sans permis de construire.

Marc Delteil, pour le service français, édité par Jean-​​Loup Fiévet

[1] Ahmad Qorei, ancien premier ministre pales­tinien, actuel­lement chargé de la question de Jéru­salem, vient de déclarer que cette question était "une bnombe à retardement".