Israël prépare une opération militaire d’envergure à Gaza, avertit Barak

L’Orient Le Jour, vendredi 28 septembre 2007

Alors que la bande de Gaza, privée des banques israé­liennes, est menacée de para­lysie écono­mique, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a averti hier qu’Israël prépare une vaste offensive militaire

contre les acti­vistes pales­ti­niens qui tirent des roquettes sur l’État hébreu à partir du ter­ri­toire pales­tinien. Faisant suivre la parole par l’acte, l’armée israé­lienne a mené hier soir une série d’attaques dans Gaza, tuant neuf Palestiniens.

« Nous nous rap­pro­chons d’une opé­ration d’envergure dans la bande de Gaza à la suite des tirs de roquettes Qassam. Il faut affaiblir le régime du Hamas et son emprise sur Gaza », a affirmé hier le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, à la radio mili­taire israé­lienne. « Cette opé­ration n’est pas simple, à la fois à cause des forces qu’elle devrait impliquer et des limites de temps qui seraient fixées aux com­bat­tants », a-​​t-​​il ajouté. Une opé­ration mili­taire à Gaza pourrait aussi avoir un coût diplo­ma­tique, à quelques semaines de la confé­rence inter­na­tionale sur le Proche-​​Orient. Selon une source mili­taire, sept roquettes et une ving­taine d’obus de mortier ont été tirés hier à partir de la bande de Gaza contre Israël, sans faire ni blessé ni dégâts.

Presque aus­sitôt après les propos de M. Barak, l’armée israé­lienne a lancé un raid aérien et opéré une incursion dans Gaza. Cinq acti­vistes pales­ti­niens ont été tués dans le raid et quatre autres per­sonnes, trois civils et un membre des Comités de résis­tance popu­laire, ont trouvé la mort lorsqu’un obus de char a frappé une maison de Beit Hanoun. Les cinq acti­vistes tués à Gaza ville appar­te­naient à l’Armée de l’islam, un petit groupe qui avait reven­diqué l’enlèvement cette année du jour­na­liste bri­tan­nique Alan Johnston, a confirmé un membre du groupe dans un appel télé­pho­nique à l’AFP. Un des chefs du groupe, Ahmad al-​​Mazloum, alias Khattab al-​​Maqdissi, qui faisait aussi office de porte-​​parole, est parmi les tués. Ce mou­vement a également signé, conjoin­tement avec la branche armée du Hamas et les Comités de résis­tance popu­laire, l’enlèvement du caporal israélien Gilad Shalit, capturé le 25 juin 2006 sur le sol israélien. Lors des opé­ra­tions d’hier, quatre pas­sants, dont un enfant, ont également été griè­vement blessés.

En Cis­jor­danie, une cache d’explosifs et de roquettes soup­çonnée d’appartenir au Hamas a été décou­verte hier dans la localité de Beit Jala, limi­trophe de Jéru­salem, a indiqué une source sécu­ri­taire pales­ti­nienne, ajoutant : « Les roquettes étaient prêtes à être lancées. » Mardi soir, l’armée israé­lienne avait décidé de boucler jusqu’à nouvel ordre le ter­ri­toire pales­tinien, à l’occasion de la fête juive de Soucot (des Taber­nacles). Cette fête a com­mencé hier soir et s’achèvera le 3 octobre.

D’autre part, la décision de la banque Hapoalim, prin­cipal établis­sement ban­caire privé israélien, de rompre ses liens avec la bande de Gaza risque d’y pro­voquer la para­lysie écono­mique totale si son exemple est suivi par d’autres. « Cette décision nous pose un énorme pro­blème car nous ne pourrons plus trans­férer de fonds à Gaza », a affirmé hier à l’AFP Achraf al-​​Ajrami, ministre pales­tinien des Pri­son­niers, des Sports et de la Jeu­nesse. « Il sera très dif­ficile de payer les salaires des employés et des fonc­tion­naires, seul Israël étant habilité à trans­férer des shekels », la monnaie israé­lienne qui a cours dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, a-​​t-​​il ajouté. Il a mis en garde contre « la détresse de la popu­lation » de ce ter­ri­toire pauvre et sur­peuplé, estimant qu’elle serait exploitée par le Hamas. « La mesure (de la banque Hapoalim) s’inscrit dans le cadre des pres­sions exercées contre la bande de Gaza et de son siège injuste », a de son côté indiqué Ahmad Youssef, conseiller d’Ismaïl Haniyeh, Premier ministre issu du Hamas et limogé par le pré­sident Mahmoud Abbas. La banque Hapoalim a annoncé mardi qu’elle mettait un terme à ses rela­tions avec les établis­se­ments ban­caires de Gaza, après la décision du gou­ver­nement israélien de déclarer le ter­ri­toire pales­tinien « entité hostile ». Sa concur­rente, la banque Dis­count, a laissé entendre qu’elle pourrait lui emboîter le pas.

Tou­tefois, l’État israélien envisage de se sub­stituer aux banques privées qui cessent leurs tran­sac­tions avec les établis­se­ments finan­ciers de Gaza. Pour éviter l’asphyxie moné­taire de Gaza, la Banque d’Israël et le ministère des Finances ont donc proposé cette semaine à la Banque postale, établis­sement public, de se sub­stituer aux bailleurs de fonds privés défaillants, indique-​​t-​​on de source auto­risée. Avi Hochman, patron de la poste, qui com­prend notamment la Banque postale, a déclaré étudier les aspects juri­diques, logis­tiques et opé­ra­tionnels de la pro­po­sition, mais il s’est dit prêt à l’accepter.