"Israël pourrait attaquer l’Iran" (J. Fischer)

Alain Gresh, lundi 9 juin 2008

[Le texte de Fischer] est important dans la mesure où il a d’excellentes connexions en Israël et que les bruits d’une opé­ration mili­taire contre l’Iran, qu’elle soit amé­ri­caine ou israé­lienne, se font de nouveau entendre.

Le quo­tidien libanais anglo­phone The Daily Star publie le 30 mai une tribune de Joschka Fischer inti­tulée « As things look, Israel may well attack Iran soon ». Fischer est l’ancien ministre allemand des affaires étran­gères, membre du parti des Verts et sûrement l’un des « faucons » euro­péens en ce qui concerne l’Iran. Son texte est important dans la mesure où il a d’excellentes connexions en Israël et que les bruits d’une opé­ration mili­taire contre l’Iran, qu’elle soit amé­ri­caine ou israé­lienne, se font de nouveau entendre.

« Résultat d’une mau­vaise poli­tique amé­ri­caine, la menace d’une autre confron­tation mili­taire plane comme un nuage noir sur le Proche-​​Orient. Les ennemis des Etats-​​Unis ont été ren­forcés et l’Iran (…) a été poussé vers l’hégémonie régionale. L’Iran n’aurait sûrement pas pu atteindre un tel statut seul et en un temps aussi bref. »

« Le pro­gramme nucléaire iranien est le facteur décisif dans cette équation, car il menace l’équilibre stra­té­gique de la région. Que l’Iran, un pays dont le pré­sident n’est jamais fatigué d’appeler à la des­truction d’Israël, et qui menace le nord et le sud de ce pays par le soutien massif qu’il apporte aux guerres menées par ses alliés du Hamas et du Hez­bollah, puisse avoir un jour des mis­siles avec des têtes nucléaires est le pire cau­chemar pour la sécurité d’Israël. La poli­tique ne se fonde pas seulement sur les faits, mais aussi sur les per­cep­tions. Que cette per­ception (israé­lienne) soit exacte n’est pas la question, car de toute façon cette per­ception débouche sur des décisions. »

(…)

« Qui­conque suit la presse israé­lienne durant les célé­bra­tions de l’anniversaire et suit de près ce qui se dit à Jéru­salem n’a pas besoin d’être un pro­phète pour com­prendre que les choses arrivent à maturité (are coming to a head). »

« Prenez en considération les points suivants :»

« Pre­miè­rement, “arrêtons la poli­tique d’apaisement” est une demande qu’exprime tout le spectre poli­tique en Israël, et cette demande se réfère au danger que repré­sente l’Iran. »

« Deuxiè­mement, alors qu’Israël célèbre (son soixan­tième anni­ver­saire), le ministre de la défense Ehud Barak a affirmé qu’une confron­tation mor­telle était une pos­si­bilité réelle. »

« Troi­siè­mement, le com­mandant des forces aériennes israé­liennes, qui est sur le départ, a déclaré que ses forces étaient capables de n’importe quelle mission, quelle que soit sa dif­fi­culté, pour pro­téger la sécurité du pays. La des­truction des ins­tal­la­tions nucléaires syriennes l’année der­nière et l’absence de réaction qu’elle a sus­citée dans la com­mu­nauté inter­na­tionale ont été perçues comme un exemple qui pourrait se répéter dans une action contre l’Iran. »

« Qua­triè­mement, la liste de demandes d’armes faites aux Etats-​​Unis, dis­cutée avec le pré­sident amé­ricain, est centrée sur l’amélioration des capa­cités d’attaque et de pré­cision des forces aériennes israéliennes. »

« Cin­quiè­mement, les ini­tia­tives diplo­ma­tiques et les sanc­tions de l’ONU contre l’Iran sont sans effets. »

« Et, sixiè­mement, avec la proximité de la fin de la pré­si­dence Bush et les incer­ti­tudes sur la poli­tique de son suc­cesseur, la fenêtre de tir pour une action israé­lienne est en train de se refermer. »

(…)

« Ces deux der­niers fac­teurs occupent une place par­ti­cu­lière. Alors que les ser­vices de ren­sei­gnement mili­taires israé­liens affirment que l’Iran devrait franchir la ligne rouge sur la route du nucléaire (mili­taire) entre 2010 et 2015 au plus tôt, le sen­timent général en Israël est que la fenêtre de tir pour une attaque est main­tenant, durant les der­niers mois de la pré­si­dence Bush. »

« Bien que l’on recon­naisse en Israël qu’une attaque contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes entraî­nerait des risques graves et dif­fi­ciles à évaluer, le choix entre l’acceptation d’une bombe ira­nienne et celui de sa des­truction mili­taire, avec tous les risques que cela implique, est clair. Israël ne restera pas passif et n’attendra pas que les choses se déve­loppent dans la direction (de la construction d’une bombe). »