Israël, numéro un mondial des « champions des catastrophes »

La falsification du système de classification de l’OMS en matière d’aide médicale d’urgence ne peut cacher le passif d’Israël et les catastrophes non naturelles qu’il a créées.

Belen Fernandez, Middle East Eye, mardi 22 novembre 2016

Une équipe médicale traite un civil libanais blessé lors d'un raid aérien israélien qui visait le pont de Rmeileh, à Saïda (Liban), le 17 juillet 2006. (AFP)

Ces derniers jours, les médias israéliens se sont donné à cœur joie de rapporter que leur pays a reçu une distinction sans précédent de la part de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’organe des Nations unies chargé de la santé publique. En apparence, cela confirme la position d’Israël en tant que superstar parmi les nations.

Le 13 novembre, le Times of Israel a beuglé le titre « L’ONU classe l’équipe médicale d’urgence de l’Armée de Défense d’Israël au rang de "no 1 mondiale" » Le site Web Ynetnews a emboîté le pas avec le titre « OMS : l’hôpital de campagne israélien désigné comme le meilleur au monde », tandis que la Jewish Telegraphic Agency a opté pour « Les médecins de l’armée israélienne désignés comme les meilleurs au monde dans l’aide en cas de catastrophes ».

Le site de la chaîne de télévision israélienne i24news a annoncé : « L’hôpital de campagne israélien classé meilleur au monde par l’OMS. »

Au-delà de cette fanfare, l’essence de l’histoire est la suivante : en 2013, l’OMS a mis au point un système de classification pour les équipes médicales étrangères qui réagissent aux catastrophes soudaines (par exemple, des tremblements de terre), afin d’assurer la préparation et la qualité des services et de faciliter un déploiement plus organisé du personnel et des équipements en fonction de la situation.

Sous ce nouveau système, les équipes médicales sont divisées en trois catégories : « type 1 », « type 2 » et « type 3 », la dernière catégorie représentant les capacités les plus étendues. Aujourd’hui, alors que les équipes internationales entreprennent le processus de qualification, l’équipe d’intervention d’urgence de l’armée israélienne a été la première à obtenir le statut de « type 3 ».

Curieuse de connaître l’ampleur exacte de l’écart entre la réalité et le sensationnalisme des médias israéliens, j’ai envoyé un e-mail aux représentants des relations médiatiques au siège de l’OMS, à Genève. Voici la réponse que j’ai reçue :

« L’OMS ne classe pas les équipes médicales d’urgence et ne détermine pas laquelle est numéro 1 ou numéro 2 au monde. Quant à la classification de "type 3" pour les équipes médicales d’urgence, l’équipe d’Israël a été la première équipe à être classée dans cette catégorie. D’autres équipes médicales d’urgence pourraient être certifiées "type 3" à l’avenir. »

Voilà pour cette distinction de « numéro un ».

En effet, une récente publication de l’OMS indique qu’« à l’heure actuelle, 75 [équipes médicales d’urgence] issues de 32 pays s’efforcent de respecter les normes minimales exigées par l’OMS. Ce nombre devrait grimper à pas moins de 200 équipes. »

Il s’avère que la source de la rumeur du « classement » semble n’être autre que l’armée israélienne elle-même – à en juger par la couverture effectuée par diverses publications, dont le Jerusalem Post, qui a rapporté que « l’équipe d’intervention médicale d’urgence d’Israël a été reconnue "no 1 mondiale" par les Nations unies et classée en tant que premier hôpital de campagne de type 3, a annoncé ce dimanche l’Armée de Défense d’Israël ».

L’ONU « pas amie avec Israël »

Dans le même temps, plusieurs articles n’ont pas manqué de faire valoir que l’une des raisons pour lesquelles la distinction de l’OMS est une nouvelle si importante est que l’ONU n’est pas amie avec Israël – une perception soutenue par le mythe sioniste éculé de la persécution pratiquée par la cruelle organisation intergouvernementale contre Israël en particulier.

S’alignant parfaitement, le New York Post s’émerveille devant cette « bonne nouvelle inattendue pour Israël émanant des Nations unies ». Mais l’ONU n’a jamais réellement été signe de mauvaises nouvelles pour Israël, qui continue de se livrer littéralement à des meurtres en toute impunité – notamment de civils libanais et palestiniens abrités dans des installations de l’ONU, en plus de membres même du personnel de l’ONU.

D’un point de vue objectif, le fait que l’armée israélienne ait massacré des dizaines de milliers de personnes au cours des dernières décennies – sans parler des bombardements répétés d’hôpitaux et d’autres sites médicaux – devrait catégoriquement disqualifier le pays de toute sorte de louanges dans le domaine des soins de santé.

Le Times of Israel cite le docteur Ian Norton de l’OMS, qui a évoqué l’importance de promouvoir les équipes médicales qui « se comportent de manière éthique sur le terrain ». Mais il n’y a pas vraiment d’éthique lorsque l’on constate que les Israéliens viennent en aide aux victimes de catastrophes naturelles en Haïti, au Népal et au-delà tout en infligeant consciemment des catastrophes non naturelles à d’autres régions.

Des créateurs de catastrophes

Pour l’anecdote, l’auteur de l’article du Times of Israel en question a écrit en octobre un article sur la possibilité imminente d’une classification de « type 3 » attribuée par l’OMS – avec un titre involontairement parfait : « Champions des catastrophes ».

Parmi les catastrophes les plus récentes dont Israël a été le fer de lance, l’opération Bordure protectrice a tué quelque 2 251 Palestiniens dans la bande de Gaza sur une période de 50 jours en 2014. Selon les Nations unies, ce chiffre comprenait 299 femmes et 551 enfants.

Au-delà des campagnes de bombardement dévastatrices et des autres formes ordinaires de massacres militaires de masse, le répertoire magistral d’Israël comprend également des manœuvres à petite échelle très dangereuses pour la santé de certaines populations.

Pour ne retenir que quelques exemples parmi tant d’autres, la tradition consistant à retenir des femmes palestiniennes enceintes aux postes de contrôle de l’armée israélienne n’est guère une réponse éthique à une situation d’urgence – surtout lorsque la mère et/ou le bébé périt. Idem pour les Palestiniennes enceintes abattues aux postes de contrôle. Au bout du compte, la mort n’est pas bonne pour la santé.

Pas plus que le fait d’être mutilé – ou pire – par les bombes à fragmentation israéliennes au Liban, d’être condamné à un stress post-traumatique perpétuel dans la bande de Gaza ou encore de mourir écrasé par un bulldozer en tentant d’empêcher la destruction d’habitations palestiniennes.

La liste des infractions israéliennes se poursuit – d’où l’utilité de renvoyer une image blanchie d’Israël en tant que champion de l’intervention d’urgence plutôt que celle d’une source de situations d’urgence. Et alors même qu’il devrait être plus difficile d’étouffer le nettoyage ethnique, le fait qu’il ne le soit pas constitue une urgence en soi.

Belen Fernandez est l’auteure de The Imperial Messenger : Thomas Friedman at Work (Verso). Elle collabore à la rédaction du magazine Jacobin.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation